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Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
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Les éditos du Curé-Archiprêtre

 
  Tends ta main au pauvre


 On ne construit rien sans un plan.
 On ne construit pas une vie, ni une société, sans un idéal.
 Au moment d'entrer en Terre Promise, après une longue errance, Dieu donne à son peuple un idéal, ainsi exprimé : « Il n'y aura pas de pauvres chez toi » (Dt 15, 4).

 Cette injonction divine s'inscrit dans le précepte de la remise des dettes. Pour lutter contre l'exploitation des plus pauvres, dénoncée par les prophètes, la Loi impose, tous les sept ans, la libération définitive de toutes leurs dettes.

 Quelques siècles et millénaires plus tard, désireux d'encourager une nouvelle éthique des relations internationales, le Pape François exhorte, dans sa toute dernière encyclique : "Fratelli Tutti", à la remise des dettes au pays les plus pauvres. Pour que « soit garanti le droit fondamental des peuples à leur subsistance et à leur progrès qui est parfois gravement entravé par la pression exercée par la dette extérieure »(126).

 Construire, sous l'égide de la Loi biblique, une société où il n'y aurait plus de pauvres peut paraître parfaitement utopique.

Ainsi que mettre en œuvre le principe de libération des dettes prôné par le Pape. Lui-même le concède : « il s'agit, sans aucun doute, d'une autre logique. Si l'on n'essaie pas d'entrer dans cette logique, mes paroles auront l'air de fantasmes ».

 Mais il croit « possible d'accepter le défi de rêver et de penser à une autre humanité. On peut aspirer à une planète qui assure terre, toit et travail à tous »(127).

 Rêver, penser, aspirer. Ni la Bible ni le Pape ne se bercent d'utopie ! Ils savent que ces rêves, ces belles idées, ces aspirations ne peuvent devenir réalité qu'au prix d'une conversion, personnelle et sociale, à laquelle Dieu appelle avec force :
« Je te donne ce commandement : tu ouvriras ta main toute grande à ton frère, au malheureux et au pauvre » (Dt 15, 11).

 Tout au long de la Bible, on retrouve le même appel en faveur des pauvres.
C'est au Livre de Ben Sira, écrit 200 ans avant le Christ, que le Pape François emprunte le verset qui sert de trame à son message pour la 4em
Journée  Mondiale des Pauvres (*),
célébrée le 3eme Dimanche  du mois de novembre : « Tends ta main au pauvre» (Si 7,32).
 Nous l'avons illustré en page de couverture par la photo de ces deux hommes, dont on devine l'un plus aisé que l'autre, réunis par une accolade.

Tendre la main, c'est bien plus que faire un don, d'argent ou de nourriture, même si cela est souvent premier, nécessaire mais pas toujours suffisant.

Tendre la main, c'est entrer en contact et en communication, tendre à la communion en humanité.
Tendre la main, c'est relever, soutenir, accompagner.

Tendre la main, c'est reprendre le chemin, en arriver à cette accolade pour avancer ensemble vers un avenir rouvert.

Cette communion entre deux hommes, c'est l'union entre deux mondes. Il ne peut y avoir d'avenir pour l'humanité hors d'un tel rapprochement.

« La générosité qui soutient le faible, console l'affligé, apaise les souffrances, restitue la dignité à ceux qui en sont privés, est en fait la condition d'une vie pleinement humaine….. Avoir le regard tourné vers le pauvre est difficile, mais plus que jamais nécessaire pour donner à notre vie personnelle et sociale la bonne direction», écrit le Pape dans son message (3).

 La crise sanitaire présente et ses conséquences économiques peuvent être l'occasion de reprendre le bon sens, de retrouver le sens de la solidarité : « nous avons mûri l'exigence d'une nouvelle fraternité, capable d'entraide et d'estime réciproque. C'est un temps favorable pour reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres, que nous avons une responsabilité vis-à-vis des autres et du monde. Depuis trop longtemps, déjà, nous avons été dans la dégradation morale en nous moquant de l'éthique, de la bonté, de la foi, de l'honnêteté »(7).

 Cette responsabilité vis-à-vis des autres et du monde, nous, chrétiens, nous la portons avec d'autant plus d'acuité que nous reconnaissons les traits de Notre Seigneur dans le visage de tout homme, à commencer par le plus faible. La charité a partie liée avec notre foi.

 « La communauté chrétienne est appelée à s'impliquer dans cette expérience de partage, sachant qu'il ne lui est pas permis de la déléguer à qui que ce soit.....Le cri silencieux des nombreux pauvres doit trouver le peuple de Dieu en première ligne, toujours et partout»(4).

 En même temps qu'elle porte le cri des pauvres aux oreilles de ceux qui les ignorent, l'Eglise le fait monter devant Dieu avec l'aide duquel elle les soutient.

 « La prière à Dieu et la solidarité avec les pauvres et les souffrants sont inséparables. Pour célébrer un culte qui soit agréable au Seigneur, il est nécessaire de reconnaître que toute personne, même la plus indigente et la plus méprisée, porte l'image de Dieu imprimée en elle»(2).

 Tant que l'idéal du Deutéronome pour construire une société humaine selon la foi : « Pas de pauvres chez toi », ne sera pas accompli, « les pauvres sont et seront toujours avec nous pour nous aider à accueillir la présence du Christ dans l'espace du quotidien »(3). Et nous aurons à Lui tendre la main en la tendant à eux.


Père Jean-Paul Soulet

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