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Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
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Les éditos du Curé-Archiprêtre

 
  Vous avez dit : assemblée ?

La description que le livre des Actes des Apôtres fait de la toute première communauté chrétienne, autour des Apôtres, juste après la Pentecôte (Ac 2, 42-47), met l’accent sur la communion fraternelle, « tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis », jusqu’à mettre tout en commun : ils étaient unanimes, étymologiquement « du même esprit ».


Ils formaient ainsi l’Eglise, ce qui veut dire une assemblée convoquée par Dieu et unifiée par son Esprit.

Ils réalisaient dès lors la prière de Jésus au soir de sa vie : « Père, que tous soient UN, comme nous sommes UN… afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). Le témoignage de l’unité féconde la mission de l’Eglise.

Il ne faut cependant pas idéaliser les débuts. À quelques décennies des origines à peine, des fidèles en prenaient déjà à leur aise avec les exigences du témoignage communautaire. L’auteur de l’épître aux Hébreux doit les reprendre : « Ne désertons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude » (He 10, 25). L’admonestation n’est pas moins d’actualité !

Aujourd’hui comme hier, il est toujours nécessaire de reprendre conscience  que la participation à l’assemblée, dominicale essentiellement, n’est pas liée au gré de chacun, mais relève d’une convocation du Seigneur à son peuple. Ainsi, c’est le Christ qui appelle les siens à se rassembler pour se dire et se donner à eux (Parole et Pain de Vie) et tout autant pour se rendre présent et se manifester au monde par eux, par l’assemblée même qu’ils constituent. « Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon Nom, je suis là au milieu d’eux » (Mt 18, 20).

C’est cette présence du Christ  Vivant  au  milieu  de son peuple que nos assemblées ont vocation et mission  de  rendre  visible.

Et cela passe par des façons d’être et de faire bien concrètes. Relevons-en quelques-unes, si vous le permettez.

•   L’exactitude est la politesse des rois », disait un roi (Louis XVIII). Même s’il n’était pas un Père de l’Eglise, nous pouvons garder cette parole comme un apophtegme. Le baptême nous constitue prêtre, prophète… et roi. Alors pourquoi ce manque de politesse si largement répandu, de ne pas être exacts aux offices : arriver en retard et tout autant, partir en avance ? Ce que nous ne ferions pas à un médecin ou à quelque autre personne ou rendez-vous d’importance, nous le faisons au Seigneur et aux rendez-vous qu’il nous fixe, ainsi qu’à nos frères dans le Seigneur. Nous manifestons ainsi clairement que le Seigneur comme son assemblée et le prêtre qui la préside sont à nos yeux de peu d’importance. On gagne à être le moins longtemps possible avec eux !

•   De même pour la sortie de l’Eglise, qui peut ressembler à une fuite. Et à une course poursuite par le prêtre de ses paroissiens qu’il aimerait bien peut-être rencontrer, saluer, mais qu’il voit parfois s’éloigner bien vite devant lui, poussés par on ne sait quelle peur. Et comment construire une communauté, si nous fuyons cette unique occasion d’en rencontrer les membres, même peu ou pas connus, même différents ? Par crainte peut-être d’être « récupérés » ? Occasion délibérément manquée de faire fructifier les talents déposés en nous et que nous stérilisons en nous plutôt que de les faire fructifier.

•   Et que dire de notre positionnement sur les bancs de l’église ? Si vous saviez l’effet démoralisateur de certaines de nos assemblées où le célébrant adresse la parole d’abord aux bancs vides des premiers rangs, espérant qu’elle aura assez d’élan pour rejoindre les plus éloignés qui pourront se plaindre de ne rien entendre, alors qu’il suffirait de s’approcher.

Plusieurs fois dans la liturgie, vous le remarquerez, les diverses prières nous font employer le verbe assembler, rassembler. Ainsi la liturgie fait mentir le célébrant, car nous ne sommes pas rassemblés, mais dispersés, éparpillés. C’est un contre-témoignage de visu envers Celui qui a donné sa vie pour « rassembler les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 52). Vues de l’autel, nos assemblées paraissent souffrir d’un syndrome de la Mer Rouge. Pour le passage du peuple hébreu, les eaux se séparèrent, d’un côté et de l’autre, laissant sec le milieu (Ex 14, 22). Ainsi nous séparons-nous, chacun au bout d’un banc, laissant le vide au milieu.

Tout cela est caricatural, bien sûr, et vous m’en excuserez.

Mais il est tellement important que nos assemblées puissent construire et manifester la communion fraternelle et montrer ainsi le Visage du Christ.

C’est de la responsabilité de chacun et cela passe par des points concrets d’effort et de conversion tels ceux que j’ai relevés ici.

Un changement d’attitude ou d’habitude ne coûte pas grand-chose, mais il est signe d’une bonne disposition, d’une bonne volonté. C’est tout ce que cherche l’Esprit Saint pour faire, comme à la première Pentecôte, le Corps du Christ, avec des membres si divers, que rien n’aurait rapprochés si le Seigneur ne les avait assemblés.


+ Père Jean-Paul Soulet

 

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