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Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
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Les éditos du Curé-Archiprêtre

 
  Dans l'attente, pour la joie

L’expérience d’un voyage en train entre grèves et inondations a eu pour moi valeur de parabole de ce temps de l’Avent.


Etre dans l’attente d’un train et l’incertitude de sa venue puis en trouver un, ou un autre moyen d’arriver à bon terme, vous pousse à l’action de grâces, à bénir ce qui vous est donné.

Il faut connaître l’incertitude de l’attente pour goûter la joie qu’elle soit comblée.

Demandez à une maman ce que c’est d’attendre dans la nuit le retour de son enfant sorti en boîte.
Demandez à un petit enfant ce que c’est d’attendre Noël et sa hotte de cadeaux.
Demandez à un amoureux ce que c’est d’attendre le jour, l’heure d’un rendez-vous avec l’être aimé.
Demandez à un jeune ce que c’est d’attendre le résultat d’un examen, ou d’un entretien pour embauche.
Demandez à un sportif ce que c’est d’attendre le moment du départ de la compétition, pieds calés dans les starting-blocks.
Demandez à un malade ce que c’est d’attendre les premières lueurs du jour après une nuit d’insomnie.
Demandez à une personne seule ce que c’est d’attendre une visite.
Demandez à un mendiant ce que c’est d’attendre un regard, un sourire, une parole, une piécette.
Demandez aux migrants ce que c’est d’attendre un bateau qui vous sortira des périls de la mer et du naufrage.
Demandez à un pays occupé, à un peuple opprimé ce que c’est d’attendre la libération.
Demandez-vous ce que c’est d’attendre : espérer, désirer, quêter, chercher, …

Goûter à l’attente pour savourer la joie qu’elle soit comblée.
Or, nous vivons dans un monde d’impatients. Nous ne savons plus, nous ne voulons pas attendre : il nous faut, tout de suite, la satisfaction d’un désir ou la levée d’un déplaisir.
Un message ? Si nous ne répondons pas par retour de courriel, nous passons pour morts.
Un embouteillage ? Et les bruyants klaxons couvrent de vertes paroles.
Une file d’attente ? Nous trépignons et consultons de plus en plus fréquemment la montre, manifestant notre agacement.

Et de façon plus large, l’émotion prime sur la raison. Car l’émotion provoque une impulsion qui pousse à l’action, tandis que la raison pousse à prendre le temps de la réflexion.
Cela peut valoir dans les grands débats éthiques qui agitent notre société.

L’émotion bien entretenue en faveur de femmes à qui la maternité semblerait interdite, ou de grands malades dans des situations extrêmes, court-circuite et brouille le discernement moral. D’autant que science et techniques offrent tous les possibles. Sans compter les intérêts économiques et idéologiques qui font taire les objections et anesthésient la réflexion et les consciences.

Du temps pour attendre, voir venir, voir plus haut et plus loin : il faut le considérer comme un cadeau, un îlot, une oasis dans ce monde d’impatience et d’agitation.
Ce temps, c’est le temps de l’Avent, notre cadeau d’avant Noël.
Avent, cela veut dire venue, venir au-devant de, s’avancer. L’Avent : Dieu s’avance.


Il s’est avancé en humanité au milieu d’un peuple qui l’a longtemps attendu. Des prophètes l’avaient annoncé. Il était désigné et attendu comme le Messie.
Cette longue attente séculaire, nous la faisons nôtre, tout en sachant qu’elle a abouti en Jésus, le Christ, ce titre étant la forme grecque de l’hébreu Messie.
Nous sommes comme des enfants qui aiment se faire raconter toujours la même histoire. Ils en connaissent bien la fin mais sont toujours aussi heureux de l’écouter.
Notre joie de Noël se nourrit chaque année de la mémoire de la longue attente du peuple d’Israël, que la liturgie nous fait revivre.
Cette attente a été comblée en Jésus, mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Venu dans l’humilité de la crèche, mort sur la croix, jailli du tombeau, Jésus le Christ reviendra dans la gloire. C’est notre foi et notre espérance.

Et donc l’Avent ne nous fait pas seulement partager une attente que Noël assouvit, mais l’Avent nous relance dans une attente toujours bien d’actualité : le Seigneur est à venir. Son Royaume est déjà là par sa victoire de Pâques, mais il est encore à manifester sa plénitude.

Et donc la plénitude de notre joie est encore à venir. L’Avent est là pour aiguiser notre désir. Toute attente humaine exacerbe le désir pour faire éclater la joie quand vient enfin ce qui est attendu. Combien plus quand c’est Dieu qui est attendu !

Noël est un avant-goût, une mise en bouche de la joie qui sera nôtre et partagée à l’infini, lorsqu’éclatera du ciel à la terre l’exultation finale : « Béni soit Celui qui vient ! »



+ Père Jean-Paul Soulet

 


 

 

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