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Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
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Les éditos du Curé-Archiprêtre

 
  Reposez-vous donc un peu !
 

Il y a des paroles de Jésus plus faciles à entendre et à mettre en pratique que d'autres. Celle-ci, par exemple, que nous recevrons au cœur de l'été, le dimanche 22 juillet : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » Cette parole de l'Evangile (Mc 6,31), nous la mettons en pratique durant nos vacances.

Les vacances sont bien le temps d'une mise à l'écart, même si nous ne partons pas bien loin ou peut-être pas du tout. Elles sont le temps du retrait provisoire des activités ordinaires, de la cessation temporaire des rythmes habituels, de la mise à distance des soucis qui nous habitent ou nous hantent au fil des jours.

Le lieu de nos vacances, même si nous ne partons pas bien loin ou peut-être pas du tout, peut bien être qualifié de désert, non pas au sens littéral du terme, mais parce que nous pouvons y être loin de nos relations habituelles, ou parce que nos proches, eux, se sont éloignés, nous laissant parfois avec un sentiment doux-amer de solitude.

Et en vacances, oui, nous nous reposons ! Nous pouvons le dire sans honte ni scrupule, puisque c'est un appel de Jésus lui-même : « reposez-vous un peu ».

Il n'y a là rien que de très normal, puisque notre vie, engagée de multiples façons, peut être si dense que, comme au temps de Jésus (Mc 6,31 toujours), « l'on n'a même pas le temps de manger ». Cette note réaliste fleure bon l'authentique. Rien de nouveau sous le soleil !
Mais quand il s'agit de se reposer, avec Jésus il ne faut pas s'attendre à un farniente durable. Car il a dit un jour : « Le Père et moi, nous sommes toujours à l'œuvre » (Jn 5, 17). Et nous, ses disciples, nous ne pouvons guère songer chômer.

À vrai dire, se reposer avec Jésus, ce serait plutôt se reposer sur lui, s'en remettre à lui pour qu'il accomplisse, lui, en nous et par nous, son œuvre qui est l'œuvre du Père. Se reposer, c'est le laisser agir, pour que nos vies ne s'épuisent pas inutilement et que même la plus banale et la plus insignifiante des activités prenne en lui fécondité.

Plus le temps passe, plus l'âge avance, plus nous sommes invités à le laisser agir pour que nos vies, moins actives peut-être, n'en soient pas moins fécondes.

Le temps des vacances peut être propice à prendre ce recul, cette hauteur, nécessaires pour comprendre que sans le Seigneur nous ne pouvons rien faire. L'occasion de comprendre aussi que, si actives que puissent être nos vies, c'est le Seigneur qui œuvre par elles, et que nous lui sommes nécessaires pas simplement par ce que nous faisons, mais tout simplement et d'abord par ce que nous sommes, même quand nous ne pouvons plus faire tout ce que nous avons fait. Nous sommes voulus par Dieu d'abord pour ce que nous sommes, pour être devant lui, libres et répondant librement par notre foi à sa volonté, avant d'être choisis pour faire, pour une mission particulière.

Le temps de ne rien faire, en quoi consistent en principe les vacances (ou du moins de ne rien faire de ce qui motive nos vies habituellement), nous aide à en prendre davantage conscience.
Et quelles que soient les missions particulières qui nous échoient, suivant notre vocation ou état de vie propre, suivant nos talents particuliers, elles s'inscrivent toutes et toujours dans la grande œuvre qui est celle de l'Eglise en tout temps à la suite du Christ : rendre témoignage au Père, à son amour. La vie chrétienne est manifestation, témoignage de cet amour de Dieu, cet amour que Dieu offre à tout homme.

Dans un monde qui se passe de Dieu et se construit sans lui, nous sommes en charge de le dire, d'en témoigner en le vivant, de le rendre présent.

Dans un monde qui porte à l'égocentrisme, nous devons mener, par la consécration de notre baptême, une vie vouée au Tout-Autre, Dieu, pour le service de tous les autres, nos frères humains, à commencer par les plus proches, les familiers. Il y a là l'exercice d'une vertu que l'on croit réservée aux religieux parce qu'on la confond avec la continence, à savoir la chasteté, c'est-à-dire la déprise de soi, le refus de posséder l'autre, de ramener l'autre à soi. On comprend qu'un authentique amour conjugal relève d'une telle vertu, ainsi que toute expression d'amour évangélique.

Car l'amour est don : Dieu se donne, aime le don et aime qui se donne.

Dans son encyclique « Caritas in veritate », sur la mondialisation et la crise économique, en 2009, le Pape Benoît XVI osait affirmer que la « logique du don » peut et doit trouver sa « place à l'intérieur de l'activité économique normale » (n°36). Et il écrivait : « Un développement authentiquement humain doit intégrer le principe de gratuité comme expression de fraternité. »

« Le principe de gratuité comme expression de fraternité ». De façon plus légère, on pourrait transposer cette expression au temps des vacances. C'est un temps, par principe, de gratuité, du temps libre pour autre chose que le travail professionnel. Faisons-en donc une expression de fraternité. Fraternité envers famille et amis, ceux que nous recevrons et ceux qui nous recevront, ceux que nous rencontrerons au détour d'une visite ou d'une balade, ceux que nous accueillerons dans notre communauté chrétienne locale ou qui nous accueilleront dans la leur.

Exprimer de la fraternité, c'est reconnaître le Père commun, accomplir son œuvre ou plutôt le laisser accomplir son œuvre d'amour par nous.

Pour faire de chaque rencontre un lien de fraternité, reposons-nous donc ainsi sur lui et nous n'aurons pas perdu notre temps.


Bonnes vacances !


+ Père Jean-Paul Soulet

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