Accueil > Les paroisses catholiques > Se laisser enseignerÉditos du Curé-Archiprêtre > En sa personne, il a tué la haine

Se laisser enseigner

Contact
Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
06 23 73 49 78 Contact

 

Mieux connaitre pour mieux aimer
 

Les éditos du Curé-Archiprêtre

 
  "En sa personne, il a tué la haine"
       (Saint Paul aux Ephésiens 2, 16)

Elle est longue, la litanie des personnes que la haine a tuées !
Elle comprend tous ces noms gravés dans la pierre des monuments aux morts, jusque dans les plus petits et les plus reculés de nos villages, les noms de tous ceux qui ont été arrachés à leur terre, à leur famille, à leur avenir par des guerres fratricides, fratricides entre peuples d’Europe, fratricides entre peuples du monde.


Elle est longue, la litanie des personnes que la haine a tuées !

D’hier à aujourd’hui, elle porte les noms de toutes les victimes : victimes de l’impérialisme, des idéologies, victimes des visées hégémoniques des puissances militaires ou économiques, victimes de l’orgueil, de la soif de pouvoir, de la mégalomanie, de la folie ou bien de l’incompétence, de la peur des puissants, des gouvernants qui ont dressé les peuples les uns contre les autres pour satisfaire leurs appétits ou cacher leurs faiblesses.

Elle est longue, la litanie des personnes que la haine a tuées !

Elle porte aussi les noms de tous les bourreaux. Car les bourreaux sont aussi leurs propres victimes, victimes de leur propre haine qui a tué leur cœur au point d’aveugler leur esprit et leur conscience, leur haine qui a   enchaîné leurs sentiments au point de vouloir voler la vie de leurs frères humains.

Elle est longue, la litanie des personnes que la haine a tuées !

Et elle ne cesse de s’allonger !

Là où est la guerre, civile, ethnique, tribale, raciale, même larvée, feutrée, oubliée. Et là encore où la guerre est économique, où la terre est volée, où les droits sont usurpés, où ceux qui ont toujours moins sont repoussés par ceux qui en veulent toujours plus. Repoussés parfois jusqu’à la mer. Notre Méditerranée qui leur servira de tombeau.

Elle est longue, la litanie des personnes que la haine a tuées !

Au cœur de cette litanie, de cette sombre liste, un homme, un homme que la haine a tué ! Un homme à qui ses opposants n’ont rien pardonné, un homme que ses adversaires ont fait condamner, un homme que les religieux ont maudit, un homme que même ses amis ont trahi, un homme que le pouvoir politique a honteusement lâché et abandonné à son sort, un homme dont des soldats se sont emparés, un homme que seules peut-être des femmes, sa Mère, ont compris, un homme pris entre toutes les formes de haine, écartelé, crucifié : Jésus, Jésus que la haine a tué !

Un nom qui ne serait qu’un parmi des milliers et des milliers d’autres noms dans la longue litanie des personnes que la haine a tuées !

Mais voici qu’avec lui tout s’inverse : on croyait ne trouver en lui qu’une personne de plus que la haine a tuée, et voici qu’on découvre, avec Saint Paul, que c’est lui qui, en sa personne, a tué la haine !

Saint Paul, notre frère, un impétueux, un coléreux, un haineux contre tous ceux qui se réclamaient de cet homme-là, ce crucifié par la haine ; St Paul, notre frère, qui découvre en ce même Jésus, vivant, sur le chemin de Damas (Damas, la route d’Israël à la Syrie, tout un symbole !), St Paul qui découvre en ce même Jésus, vivant, le grand secret par lequel il a tué la haine en sa personne : l’Amour.

Car Jésus sait ce que c’est qu’aimer. Ce qu’il enseignait à ses disciples sur la montagne, il l’a mis en pratique. On lui avait appris «  œil pour œil », mais il a su poser un regard d’amour et de pardon sur tous ceux dont les yeux trahissaient la haine. On lui avait appris «  dent pour dent », mais il a su ne pas ouvrir la bouche contre ceux qui le mordaient de leurs accusations. On lui demandait sa vie, et il l’a donnée, on lui a ravi la vie, et il ne s’est pas détourné.

Cet homme sait aimer. Mais plus encore, cet homme est l’Amour lui-même, car Il est Dieu, et Dieu est Amour, et Dieu n’est qu’Amour.

C’est bien parce qu’il est Dieu, qu’il est Amour, qu’il n’est qu’Amour, que Jésus a, en sa personne, en son Amour, par son Amour, tué, englouti, anéanti la haine qui l’avait tué.

Il fallait que Dieu se fît homme pour prendre sur lui toute  la haine des hommes. Il fallait que cet homme, Jésus, fût Dieu, pour anéantir, engloutir, tuer, la haine des hommes par l’Amour, l’Amour qu’il a, l’Amour qu’il est, seul antidote efficace contre le venin de la haine.

Ce nom dans la longue litanie des personnes que la haine a tuées, Jésus, n’est pas un nom parmi les autres, un nom comme les autres. C’est le nom qui donne vie à tous ceux que la haine tue. Ce nom est victoire pour les innocents et pardon pour les coupables : ce nom seul peut unir dans l’Amour ceux que la haine a divisés ; ce nom seul peut conduire à la paix ceux qui couraient à la guerre.

Et nous, chrétiens, mes frères, qui portons ce nom, son nom, le nom du Christ Jésus, honte à nous, si nous ravivons la haine que notre Maître et Seigneur a tuée en sa personne.

Pardon à toutes les générations humaines passées à qui nous avons fait entendre le nom de Jésus comme synonyme de guerre, de violence, d’oppression, d’injustice.  Pardon à tous ceux dont nous avons ajouté le nom dans la longue liste des personnes que la haine a tuées.

Le dernier outrage que le Christ avait à recevoir, la dernière gifle qui devait lui être infligée, le dernier crachat qui devait atteindre son visage, le dernier coup de fouet qui manquait au compte, la dernière épine dans sa chair, le dernier clou à planter, c’est bien la haine dans le cœur d’un chrétien.

Mais qui suis-je pour condamner ceux d’hier, ceux d’ailleurs, ces chrétiens mes frères qui ont ravivé, ravivent la haine que le Christ a tuée, qui suis-je, moi qui peux tuer, ici, maintenant, d’un regard, d’une parole, d’une pensée, d’un jugement, d’une critique, d’une médisance, d’une calomnie, d’un coup de plume, d’un coup de langue, d’un coup de poing, d’un croc en jambes, moi qui tue aussi sûrement que ceux d’hier, que ceux d’ailleurs.

Qui suis-je ? Je suis, comme tant d’autres, comme tout autre, appelé, de là-haut, de la Croix, à laisser ma haine être tuée par celui-là seul qui peut me libérer et m’ouvrir à l’Amour : Jésus, qui a voulu inscrire son nom dans la longue litanie de ceux que la haine a tués, pour tuer lui-même la haine en sa personne.


+ Père Jean-Paul Soulet

Vous aimerez aussi ...