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Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
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Les éditos du Curé-Archiprêtre

 
  "En quête de paix"

L'histoire de l'humanité, et même sa préhistoire, sont faites de migrations, dont les causes sont diverses.
L'aventure du Peuple de Dieu, et par delà de tous les croyants monothéistes, commence par la migration d'un homme, Abraham, sur l'ordre du Dieu unique qui se révèle ainsi à lui : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. » (Gn 12, 1)


Ce pays, c’est la terre de Canaan, d’où le peuple de Dieu, encore réduit à quelques tribus, sera amené à émigrer en Egypte où il va se développer et multiplier. Rien de nouveau sous le soleil, cela inquiète Pharaon et son peuple : « Voici que le peuple des fils d’Israël est trop nombreux et trop puissant pour nous. Prenons donc de sages mesures contre lui, pour qu’il cesse de se multiplier. En cas de guerre, il se joindrait lui aussi à nos ennemis, il se battrait contre nous et il sortirait du pays » (Ex 1, 9-10).

Et ce fut l’oppression, dont Dieu tira son peuple sous la conduite de Moïse. Après le passage de la Mer rouge commença pour cette cohorte errante un long Exode jusqu’à l’entrée en Terre Promise. Même installé en Canaan, ce peuple ne devra pas oublier d’où il vient et d’où il a été tiré. Ainsi Dieu le lui commande dans le Code de l’Alliance : « Tu n’opprimeras pas l’émigré ; vous connaissez vous-mêmes la vie de l’émigré, car vous avez été émigrés au pays d’Egypte. » (Ex 23, 9).

Six siècles plus tard, c’est l’arrachement brutal du Peuple de Dieu à sa terre et l’exil à Babylone. Et lorsqu’après six à sept décennies le retour fut permis par les Perses, nouveaux maîtres du Proche-Orient, la déception fut amère de constater que les Israélites restés sur leur terre n’accueillaient ni n’acceptaient ceux qui rentraient d’exil.

Ce résumé plus que succinct de quinze cents ans d’histoire du Peuple de Dieu ne peut pas ne pas connoter avec l’histoire moderne ou contemporaine de bien des peuples et  des  migrations de population. Emigration, exode, exil, rapatriement, sont d’aujourd’hui comme des temps bibliques.
Et Jésus, le Fils de Dieu devenu Fils de ce peuple, va assumer en sa personne l’histoire de son peuple. Venu du Père, il s’exile en quelque sorte de sa gloire et de la dignité de sa condition divine, et il naît de Marie à l’occasion d’un déplacement forcé de sa famille de Nazareth à Bethléem pour cause de recensement impérial. À sa naissance, il n’y a pas de place pour lui dans la salle commune à tous les hôtes de l’auberge et il est déposé dans une mangeoire de l’étable. Déjà mis de côté, à la marge ; le Pape dirait « à la périphérie ».

Puis Jésus et sa famille vivront l’exil à cause de la menace de mort que le roi Hérode fera peser sur lui, et ils se retrouveront réfugiés – oserait-on dire « politiques » ? – en Egypte.
Retour de l’étranger une fois passé le danger.
« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25,35). Ce que Jésus recommandera là à ses disciples, il en a lui-même expérimenté la bénédiction dès l’enfance, devenu étranger parmi les étrangers.

Et son comportement si étrange et incompris des notables et dignitaires religieux de son peuple, lui vaudra finalement d’être traité comme un étranger, un corps étranger dont il faut se débarrasser. « Mis à la porte » de son peuple, c’est hors de Jérusalem, sur le Golgotha, qu’il sera mis à mort, sorti de la vie, sur la Croix.

Mais sa mort deviendra Pâque, c’est-à-dire passage vers la Vie par sa Résurrection.
Un Exode où il conduira l’humanité, tel un nouveau Moïse, dans sa migration définitive : de l’esclavage du péché et de la mort au Royaume promis de vie et de paix.

Notre foi nous fait comprendre la longue marche de l’humanité, dans laquelle s’inscrivent l’aventure du Peuple de Dieu et la vie de Jésus, comme une longue quête de Paix que Jésus-Christ seul peut faire aboutir.

Et les innombrables migrations et déplacements de population provoqués par divers soubresauts de l’Histoire humaine constituent une sorte de parabole de cette quête profonde. Le Pape Benoît XVI rappelait qu’il s’agit là « d’hommes, de femmes, d’enfants, de jeunes, de personnes âgées qui cherchent un endroit où vivre en paix ».

Dans le même sens, le Pape François écrivait dans sa lettre pour la Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier 2018 : « Les conflits armés et les autres formes de violence organisée continuent de provoquer des déplacements de population à l’intérieur des frontières nationales et au-delà de celles-ci. Mais les personnes migrent aussi pour d’autres raisons, avant tout par désir d’une vie meilleure, en essayant très souvent de laisser derrière eux le désespoir d’un futur impossible à construire. »

Par-delà les prudences politiques ou les réflexes idéologiques qui peuvent devenir tétanisants, nous préparer à célébrer à Noël la naissance du Prince de la Paix, le seul avenir certain de l’humanité, nous invite à porter sur ces migrants, qui sont nos frères parce qu’ils sont les siens, un regard plus lucide que celui de la peur, du mépris ou de l’indifférence.

C’est une conversion à accomplir, qui passe par un désarmement sans lequel toute quête de paix est vaine. Un désarmement tel que le demandait à Dieu dans cette prière, le désormais Bienheureux Père Christian de Chergé, prieur de Tibhirine :

« Seigneur, désarme-moi, désarme-nous, désarme-les !

Seigneur, désarme-les de leurs kalachnikovs, de leurs bombes, de leurs ceintures, de leur haine, de leur soif de vengeance, de leurs aigreurs et de leur ignorance.

Seigneur, désarme-nous de notre volonté de puissance, de notre sentiment de supériorité, de notre besoin de dominer, d’avoir toujours raison, de vouloir tout ramener à nous-mêmes, à nos acquis, à nos savoirs, à notre histoire.

Seigneur, désarme-moi de mon orgueil, de ma fierté, de mes excuses, du mépris, de la colère, de la rancune, de l’hypocrisie, de l’envie, de mon assurance, de ma suffisance, de mon arrogance. Donne-moi de me dépouiller petit à petit car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. Pour arriver à la Pâque, il me faut accepter d’être sans arme, nu avec le Christ sur la croix.

Amen. » 


+ Père Jean-Paul Soulet

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