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Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
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Les éditos du Curé-Archiprêtre

 
  Du froid au chaud     
 

Certes, le 21 de ce mois de mars, le printemps succédera à l’hiver, nous faisant déjà ressentir les douces chaleurs que nos corps espèrent, après le froid tout relatif de l’hiver méditerranéen que la tramontane peut accentuer.

Mais ce titre ne m’est pas inspiré par l’alternance des saisons. Bien plutôt par le message du Pape François pour ce Carême 2018. *
Bien sûr Pâques est naturellement lié au printemps, cette fête étant célébrée le premier dimanche suivant la pleine lune de l’équinoxe de printemps (vérifiez sur vos calendriers). Et donc le Carême nous prépare à accueillir la lumière et la douce chaleur de la vie ressuscitée, après le froid sombre du tombeau.
Mais « du froid au chaud », c’est, m’a-t-il semblé, le mouvement que suit ce message de Carême du Saint-Père.
Son titre fait d’emblée froid dans le dos : « A cause de l’ampleur du mal, la charité de la plupart des hommes se refroidira » (Mt 24, 12).
Cette parole de Jésus qui a inspiré le Pape fait partie, en Saint Matthieu, de son discours sur les grandes tribulations qui précéderont son Avènement et la fin du monde.
Partant de là, le Pape François nous conduit, dans sa réflexion, jusqu’au feu de Pâques, dans cette Nuit très sainte où, tous, nous sommes appelés à revivre l’expérience des disciples d’Emmaüs : « écouter la parole du Seigneur et nous nourrir du Pain eucharistique permettra à notre cœur de redevenir brûlant de foi, d’espérance et de charité. »
Du froid d’un amour étiolé au chaud d’un amour ardent. Tout le mouvement de ce message de Carême, tout le mouvement du Carême à vrai dire.
D’où vient que la charité puisse ainsi se refroidir, l’amour s’étioler ?
De l’action séductrice et dévastatrice de tous ceux que le Pape, à la suite de Jésus dans ce passage de l’Evangile selon saint Matthieu, dénonce comme faux prophètes.
Il les classe en deux catégories : les « charmeurs de serpents » qui « utilisent les émotions humaines pour réduire les personnes en esclavage et les mener à leur gré ». Ceux-là font vibrer les cordes sensibles de la recherche du plaisir, du mirage de l’argent, de la valorisation de l’ego, qui n’offrent que du vide et du vent, déception et désillusion.
La seconde catégorie est celle des « charlatans » qui vantent et vendent le mal pour le bien, le faux pour le vrai. « Ces escrocs, qui offrent des choses sans valeur, privent par contre de ce qui est le plus précieux : la dignité, la liberté et la capacité d’aimer. »
En bon jésuite, le Saint-Père nous invite dès lors à discerner les esprits, ce qui en nous est complaisance envers ces faux prophètes ou ce qui relève de l’Esprit de Dieu pour « servir vraiment à notre bien ».
Ce sont bien nos complaisances envers ces faux prophètes qui étouffent et éteignent l’amour en nous.
Au premier rang de ces extincteurs de la charité, le Pape nomme l’amour de l’argent, immédiatement suivi du refus de Dieu et du salut qu’il nous offre, en particulier par les Sacrements de son Eglise. A partir de là une gangrène infernale gagne les relations humaines. « Tout cela se transforme en violence à l’encontre de ceux qui sont considérés comme une menace à nos propres “certitudes” : l’enfant à naître, la personne âgée, malade, l’hôte de passage, l’étranger, mais aussi le prochain qui ne correspond pas à nos attentes. »
Et dès lors le mal s’étend à la création tout entière. Car si l’homme « marque la nature de son empreinte et la soumet à ses desseins », comme l’énonce le Concile Vatican II (Gaudium et Spes 67,2), lorsque ses desseins sont pervertis par le refus de Dieu la création en subit les dommages. Parmi les trois exemples que le Saint-Père en donne, celui-ci, terrifiant : « les mers, elles aussi polluées, doivent malheureusement engloutir les restes de nombreux naufragés des migrations forcées ».
Et que dire de nos communautés chrétiennes ? Ce refroidissement de l’amour les menace tout autant. Le Pape rappelle ici un passage de son Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium (n° 76-109) où il détaille les tentations qui nous guettent, au risque d’un repli sur nous-mêmes et au détriment de l’ardeur missionnaire.
Devant la crudité de ce diagnostic, l’Eglise nous offre « le doux remède de la prière, de l’aumône et du jeûne ».
La prière nous remet en vérité face à nous-mêmes et devant Dieu notre Père pour en recevoir le salut et la vie.
L’aumône me donne à comprendre que « ce que je possède n’est jamais seulement mien ». Elle doit induire un style de vie fondé sur le partage, au sein de la communauté ecclésiale déjà et plus largement dans la vie sociale. Ainsi puis-je devenir collaborateur de la Providence divine.
Le jeûne, lui, nous ramène à l’humble communion avec tous les affamés de la terre et nous rappelle à Dieu qui, seul, donne et comble l’authentique faim : la faim d’amour, la faim de Lui.
Voilà donc, pour nous chrétiens comme pour tous les hommes de bonne volonté trois facteurs du réchauffement de la charité sur notre planète.
En tout cas, s’il y a un feu ardent qui ne s’éteint pas, c’est celui du cœur d’Amour de Dieu. Notre belle espérance de Carême, qui ne trompe pas, elle est là : revenir à Dieu par ces moyens traditionnels de la prière, du jeûne et de l’aumône, c’est être assurés de voir se revigorer en nous et par nous autour de nous, la flamme de la charité. Dieu n’attend que nous pour que l’amour ne s’éteigne pas.
Puisse-t-il nous trouver, au soir de Pâques, avec le cœur tout brûlant des disciples d’Emmaüs.

+ Père Jean-Paul Soulet

* à retrouver in extenso sur notre site : www.cathedraleperpignan.fr

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