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Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
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Les éditos du Curé-Archiprêtre

 
  comme poissons dans l'eau
 

Entrés en Carême en amoureux le jour de la Saint-Valentin, mercredi des Cendres, nous en sortons pour fêter Pâques le 1er avril !

Non pas que le Carême finisse en queue de poisson. Mais justement le poisson est un animal qui, dans la Bible et la tradition chrétienne, exprime quelque chose du mystère du Christ et de sa résurrection en particulier.
Après la résurrection du Seigneur, quelques apôtres et disciples se trouvent ensemble au bord du lac de Tibériade, Simon-Pierre leur dit : « Je vais pêcher. » Et ils lui répondent : « Nous allons avec toi. » (Jn 21, 2-3)
Nous aussi nous allons pêcher, si je peux le dire ainsi, quelques spécimens de poissons dans les eaux bibliques.
Notre première prise - c’est la grâce des commencements !– est énorme. Si grosse qu’on peut croire que c’est une baleine. Il s‘agit du grand poisson que le Seigneur dépêcha pour engloutir Jonas. La lecture (rapide : 4 chapitres seulement) du livre de Jonas, classé dans l’Ancien Testament parmi les petits prophètes, vous donnera les savoureuses circonstances de cet engloutissement.
Ce qui nous intéresse ici, c’est que Jonas ait demeuré dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits, avant que le Seigneur ne commande au poisson de vomir Jonas sur la terre ferme pour le rendre à sa mission à Ninive dont il voulait se détourner.
On comprend facilement que les chrétiens aient pu lire dans cet épisode une prophétie du séjour du Christ dans les entrailles du tombeau d’où il est sorti le troisième jour.
Dans l’Évangile selon Saint Matthieu, aux scribes et Pharisiens qui veulent qu’il leur fasse voir un signe, Jésus répond : « … tout comme Jonas fut dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » (Mt 12, 40).
Dès lors l’art primitif chrétien fait de ce thème de Jonas recraché par ce poisson, devenu baleine et monstre, le symbole de la résurrection du Christ : on en trouve 57 représentations dans les fresques des catacombes.
Dans l’Ancien Testament toujours, nous pêchons un autre poisson dans le livre de Tobit, moins connu peut-être mais non moins savoureux que celui de Jonas. Tobit, devenu aveugle, est guéri de sa cécité par l’application sur ses yeux du fiel d’un poisson tiré par son fils des eaux du Tigre. Des écailles lui tombent alors des yeux. Cette histoire n’est pas sans rappeler ce qui advint à saint Paul lors de sa conversion sur le chemin de Damas (Ac 9). Ébloui par Jésus ressuscité il en resta aveugle pendant trois jours. Avant de le baptiser, le disciple Ananie lui imposa les mains et il recouvra la vue : il lui tomba des yeux comme des écailles.
Le poisson dont le fiel guérit Tobit peut ainsi être reconnu comme une préfiguration du Christ qui a goûté l’amertume de la mort et l’obscurité du tombeau pour nous rendre la vie et la vue. Au regard de notre foi, il est la lumière du monde. Baptisés dans sa mort et sa résurrection, nous voyons toutes choses nouvelles, comme saint Paul.
Dès l’origine du christianisme, le poisson prend valeur de symbole du Christ et les premiers chrétiens –comme on le retrouve aujourd’hui– le choisissent comme signe de reconnaissance.
De plus, le mot poisson en grec : ICHTUS, sera considéré comme l’acronyme de l’expression Iesous CHristos Theou Uios Soter, qui est une profession de foi : Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur.
Quand on s’inquiète de savoir si Jésus paie son impôt annuel au Temple, Jésus envoie Pierre pêcher un poisson dans la bouche duquel il trouvera la pièce de monnaie correspondant au montant de l’impôt pour Jésus et pour Pierre. (Mt 17, 24-27)
Si le poisson est le symbole du Christ lui-même, ce récit, qui pourrait n’être qu’anecdotique, prend un sens théologique. Le poisson qui contient la somme de l’impôt dû au Temple signifie que Jésus lui-même va payer de sa personne pour le Temple, c’est-à-dire pour le culte à rendre à Dieu. Le Temple véritable c’est son propre corps (Jn 2, 21) et le culte véritable à rendre à Dieu, c’est l’offrande d’amour de lui-même, de son corps, sur la croix, pour prendre le mal au piège de l’amour et en libérer l’homme. En ressuscitant Jésus au matin de Pâques, Dieu son Père atteste que l’offrande est agréée, le mal et la mort vaincus, l’homme bel et bien sauvé.
Jésus paie aussi pour Pierre, c’est-à-dire pour l’Église. L’Église recueille l’offrande du Christ, en bénéficie et se livre avec lui pour en faire bénéficier tous les hommes, tout au long de l’Histoire, par sa mission et ses sacrements.
C’est le même sens que l’on peut donner aux nombreuses multiplications des pains que l’on trouve dans les évangiles (Mt 14, 17-18 ; 15, 34-36 / Mc 6, 38-41 ; 8, 5-7 / Lc 9, 13-16 / Jn 6, 9-11). Vous pourrez le vérifier par vous-mêmes dans chacun de ces 6 récits, les poissons sont présents et multipliés avec les pains.
Ces pains donnés, rompus et largement multipliés, préfigurent le sacrement de l’Eucharistie, célébré en chaque messe, par lequel l’Église, tout au long de l’histoire des hommes, perpétue l’offrande du Christ, sa mort et sa résurrection.
La présence des poissons nous invite à comprendre que c’est Jésus ressuscité qui se donne quand est donné en communion le Pain de l’Eucharistie. Les poissons annoncent la présence du Ressuscité dans ce sacrement de l’Eucharistie.
C’est Jésus ressuscité ! Oui, c’est bien lui qui se tient sur le rivage du lac de Tibériade où ses disciples et apôtres sont partis pêcher (Jn 21, 4-14). À quoi vont-ils le reconnaître, alors qu’ils n’osent pas l’interroger sur son identité ? Auprès de lui : un feu de braise où sont déposés du pain… et du poisson.
Du poisson, ces pêcheurs en ramenaient plein leurs filets : 153 exactement, et des gros ! Après une nuit à ne rien prendre, sur l’ordre de Jésus ils avaient à nouveau jeté le filet, et la pêche fut miraculeuse !
Les filets, les Apôtres vont bientôt les laisser définitivement, pour devenir ce pour quoi Jésus les a appelés des pêcheurs d’hommes.
Ces poissons pris au petit matin ne sont pas que le fruit de leur travail : c’est le Ressuscité qui a été à l’œuvre avec eux, pour eux. De même dans leur mission : le Ressuscité, qui les envoie, les précède. C’est Lui qui va agréger en son Eglise, comme en un seul filet, tous ces hommes auxquels il partagera, par la grâce du baptême, sa vie de Ressuscité.
Car Dieu « a décidé d’élever les hommes à la communion de sa vie ». (Constitution sur l’Église, du Concile Vatican II, n°2)
Baptisés, la vie du Christ ressuscité est notre propre milieu : nous croyons en Lui, nous espérons en Lui, nous aimons en Lui, nous vivons en Lui. Nous sommes finalement en Lui comme des poissons dans l’eau ! Nous sommes ressuscités avec le Christ et en Lui.
Sa résurrection est notre vie, pour toujours.
Saintes Fêtes de Pâques, en ce 1er avril !

+ Père Jean-Paul Soulet

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