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Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
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Les éditos du Curé-Archiprêtre

 
  L'ordinaire, c'est super !
 

Vous vous en êtes bien sûr rendu compte : depuis le 10 janvier, nous nous sommes mis au vert. De la couleur liturgique, s’entend.
Après le violet du temps de l’Avent, couleur discrète comme la fleur à laquelle elle a donné son nom, et qui convient bien à un temps de pénitence et de préparation intérieure à une grande fête, nous avons revêtu le blanc.


C’était le temps de Noël, qui court jusqu’à la fête du Baptême du Christ, au seuil de sa vie publique. Le blanc va bien avec la lumière de ce temps, naissante et croissante au fur et à mesure que se révèle le Seigneur Jésus.
Et nous voici donc au vert du temps dit ordinaire, vert comme l’espérance qui doit habiter tous nos jours ordinaires pour nous donner force, courage et audace d’aller toujours de l’avant, quoi qu’il advienne, ou n’advienne pas quand c’est la plate routine qui y domine.
Au premier mars, jour des Cendres, reviendra le violet  avec  le  Carême, tandis que le temps liturgique le plus long (50 jours), celui de Pâques, mérite, parce qu’il est le plus essentiel, le blanc, parfois pailleté d’or, dans l’éblouissement de la Résurrection.
C’est le rouge cependant, couleur du feu et de l’ardeur de l’amour, qui préside au cinquantième et dernier jour du temps de Pâques, pour Pentecôte.
C’est une vraie palette de couleurs qu’utilise ainsi la liturgie pour rythmer le temps, l’année. Les temps privilégiés (Avent - Noël, Carême - Pâques) alternent avec le temps ordinaire, une trentaine de semaines au régime normal de la vie et de la foi.
Gageons que l’ordinaire, c’est super (on n’ose pas dire : par essence).

Quel beau mot en effet : ordinaire. Quel merveilleux adjectif pour qualifier ce lieu où s’écoule le plus clair de notre vie et où doit s’investir le plus fort de notre foi : le quotidien.
Le grand théologien Karl Rahner écrivait que le quotidien doit être pour les chrétiens : « lieu de la foi, école de la sobriété, exercice de la patience, discernement salutaire du verbiage et des faux idéals, secrète occasion d’aimer vraiment et d’être fidèle, test de l’objectivité qui est la semence de la suprême sagesse. » Et il faisait remarquer « que les petites choses, elles aussi, ont des profondeurs indicibles, qu’elles sont messagères d’éternité, qu’elles sont toujours supérieures à elles-mêmes, comme des gouttes d’eau dans lesquelles le ciel tout entier se reflète. ».
Dans un langage plus cru et imagé, Sainte Thérèse d’Avila disait : « Dieu est au fond des marmites » : pour celui qui sait y voir, Dieu est de tous les instants, de toutes les circonstances, de toutes les activités, même et peut-être surtout des plus banales.
Après l’extraordinaire événement de l’Annonciation, il est dit de Marie : « l’Ange la quitta » (Lc 1, 38).
Après l’extraordinaire révélation d’Emmaüs, il est dit des deux disciples qui venaient de reconnaître Jésus à la fraction du pain : « il avait disparu de devant eux » (Lc 24,31). Comme Marie, comme les disciples d'Emmaüs, le chrétien ne vit pas (que) d’extases et d’extraordinaire. Ce qui fait le chrétien, ce qui fait le saint (voyez Sainte Bernadette), c’est d’habiter le quotidien, le simple, l’ordinaire, avec patience, amour et foi.
C’est cela qui est super…… ieurement difficile !

Le poète allemand Rilke écrivait : « Si ta vie quotidienne te paraît pauvre, ne l’incrimine pas. Plains-toi plutôt de ne pas être capable d’en proclamer les richesses. »
Proclamer les richesses du quotidien, de l’ordinaire.
La vraie et seule richesse authentique de notre vie quotidienne, c’est le Christ, qui y est présent selon sa promesse : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20).
Tous les jours, chaque jour, dans le quotidien et  l’ordinaire d’où il ne demande qu’à jaillir comme source vive.
Marie, une fois que l’Ange l’eut quittée, revenue au régime ordinaire de vie et de foi, partit en toute hâte pour visiter Elisabeth, et Jésus, qu’elle portait en elle, se manifesta, dès qu’elle eut salué Elisabeth, en faisant tressaillir l’enfant dans le sein d’Elisabeth et Elisabeth elle-même sous l’action de l’Esprit-Saint. Puis Marie chanta le Magnificat, les merveilles que Dieu faisait pour elle.
Et les deux disciples d’Emmaüs, une fois Jésus disparu de devant eux, revenus au régime ordinaire de vie et de foi, repartirent aussitôt pour Jérusalem et tandis qu’ils racontaient aux Apôtres et à leurs compagnons  ce qui leur était advenu, Jésus se tint au milieu d’eux et leur donna ses dernières instructions avant son Ascension.
Comme Marie et ces deux disciples, quand nous revenons avec l’Eglise au temps liturgique ordinaire, à l’ordinaire de la vie et de la foi après les fêtes, il nous faut repartir sans retard sur le chemin du service et du témoignage, autrement dit de la mission, sûrs que le Christ nous accompagne et veut se rendre présent par nous pour d’autres. Nous pourrons dès lors chanter ses merveilles, notre Magnificat, proclamer l’incroyable richesse qu’il y a à vivre de la présence du Christ, au quotidien, à l’ordinaire. Sa présence seule peut le faire devenir super !

+ Père Jean-Paul Soulet

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