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  Réincarnation ou résurrection des morts ?
 

Le terme « réincarnation » signifie « re-prendre chair ». Après la mort, l’âme s’attache à un autre corps et retourne à la vie terrestre. La théorie de la réincarnation a une longue histoire. Elle tirerait son origine des Vedas hindous, les saintes écritures de l’hindouisme. On la retrouve dans des formes religieuses comme le bouddhisme, le jaïnisme, le sikhisme ou le taoïsme. Tous les êtres vivants vivent sous la loi du karma, et chacun de leurs actes a des répercussions soit dans cette vie, soit dans la prochaine.  

Cette croyance dominante dans les religions orientales, est populaire aussi dans le monde occidental. On peut citer le cas d’un mystique Américain Edgar Cayce (1877-1945). Il était capable en état de sommeil de prescrire la solution médicale de toute maladie. Il disait que ce don venait d’une maladie qu’il avait contractée à l’âge de 5 ans qui le plongea dans le coma : il donne alors à son médecin, à voix haute, la cause de son état et le type de cataplasme à lui appliquer. Au cours de conférences, il entrait en transe par hypnose et répondait à des questions relatives à un quelqu’un, notamment au sujet de sa santé ou encore de ses vies antérieures. Il était membre d’une église protestante : Les Disciples du Christ. Certaines de ses idées se retrouvent dans le New Age. Il existe plusieurs dizaines de milliers d’adeptes de Cayce surtout aux Etats-Unis et au Canada, et des centres Edgar Cayce dans 25 autres pays (Association for Research and Enlightenment). On peut citer aussi la société de théosophie avec Helena Blavatsky et sa tentative pour harmoniser christianisme et réincarnation.

Or, la réincarnation est une croyance orientale fermement rejetée par le judaïsme, le christianisme et l’Islam. Les théories de la réincarnation diffèrent en fonction de leur vision de ce qui arrive au moment de la mort et de la nature de l’état ultime, le moksha, mais la structure générale reste la même partout. Pour les bouddhistes, seule l’âme inconsciente (vinnana) continue, mais le « moi » (qui comprend l’intellect, les émotions et la conscience) meurt. Son karma reste dans le cycle de renaissance appelé samsara. L’état final est appelé le nirvana. La réincarnation est une croyance religieuse, mais certains invoquent des raisons naturelles en sa faveur. Examinons ces raisons.

   
 

Raisons invoquées en faveur de la réincarnation

Raison 1 : L’immortalité de l’âme

La raison principale invoquée par Platon en faveur de la transmigration des âmes (un autre nom pour dire que l’âme va dans un autre corps) était qu’il considérait la partie immatérielle de chaque être humain comme incréée et donc indestructible ou immortelle. Notre âme existait avant notre naissance et elle existera après notre mort. Rien, ni bien ni mal, ne peut la corrompre. Les pro-réincarnations en déduisent qu’il convient tout à fait en ce cas qu’une même âme puissent connaître plusieurs vies terrestres, et que ces vies successives constituent un processus de perfectionnement de l’âme. Ils peuvent aussi s’appuyer sur le panthéisme pour lequel tout est divin et éternel, et donc l’âme.

Raison 2 : Les preuves psychologiques

Ian Stevenson, parapsychologue et chercheur sur l’au-delà, dit que « l’idée d’incarnation peut contribuer à une meilleure compréhension de certains faits : les phobia et les philia de l’enfance ; les connaissances ou des compétences non acquises ; les relations anormales entre enfants et parents ; la sexualité de l’enfance et la confusion de l’identité de genre ; marques de naissances, difformités congénitales ; les différences entre les jumeaux monozygotes ; les appétits anormaux durant la grossesse ».

La régression à la vie passée, par l’hypnose, peut aider à comprendre certains ressentis que le patient n’arrive pas à surmonter. Par cette régression, de nombreux patients ont pu se libérer de peurs ou d’un état dépressif. Cependant, beaucoup de psychologues et d’hyptoniseurs qui pratiquent cette régression ne croient pas que les événements rapportés par leurs patients sont réels. Comme dit l’un des thérapeutes (Boeth) : « Ca n’a pas d’importance de savoir si c’est réel ou imaginaire si ça aide quelqu’un à donner du sens à sa vie. Si ça marche, qu’est-ce que ça peut faire ? »   

Raison 3 : Le besoin de justice

Certains considèrent que le fait d’avoir plus d’une chance dans la vie est la plus équitable solution. La loi du karma est d’abord une loi de justice. Si tu te conduis mal, tu en paies le prix. Si tu fais le bien, tu es récompensé. La punition est proportionnée à notre karma, à l’état mauvais de notre karma. Cette explication a l’avantage de ne pas rendre Dieu responsable de nos souffrances. Toute souffrance peut être expliquée comme le juste châtiment d’actes commis dans des incarnations précédentes. La notion de pardon est absente de cette vision.

L’un des aspects les plus attractifs de la réincarnation, c’est aussi qu’il refuse la possibilité de la damnation. Pour beaucoup, la doctrine de la punition éternelle est totalement incompatible avec l’amour de Dieu.

La réincarnation serait plus juste parce qu’elle ferait du salut une affaire personnelle entre l’individu et Dieu. A chacun de prendre soin de son karma : l’homme doit lui-même faire sa paix avec Dieu. « Mon » karma m’est propre, c’est « mon » problème et mon triomphe sur lui est « mon » triomphe. Cela élimine l’injustice d’être puni à cause du péché d’Adam et l’injustice du Christ devant mourir pour des péchés qui ne sont pas les siens. Pour les chrétiens en faveur de la réincarnation, le Christ n’est pas mort en se substituant à nous (à notre place).

Evaluation de ces raisons

Ces arguments en apparence solides n’ont pas de fondement réel. Vous les entendrez, ou ils seront implicites dans ce que vous entendrez. Au mieux, ces arguments montrent que la réincarnation est possible, mais aucun d’eux ne montre qu’elle est une réalité. Elle ne peut pas être prouvée. Elle reste donc une croyance religieuse (même si ceux qui y croient ne sont pas religieux).

Réponse à la raison 1 

l’immortalité de l’âme ne prouve pas la réincarnation. Même si on peut démontrer que l’âme est immortelle sur le plan philosophique, il n’en découle pas l’idée qu’une même âme ait une succession de corps. On peut très bien imaginer que l’âme survive sous une forme non corporelle. On peut très bien imaginer aussi que l’âme retrouve son corps à l’état de ressuscité, sous une condition permanente et immortelle, comme le pensent les juifs orthodoxes, les chrétiens et les musulmans.

Réponse à la raison 2 

le souvenir de vies passées ne prouve pas la réincarnation. Il y a d’autres manières d’expliquer ce qu’on appelle « mémoires » qui seraient la trace ou la preuve de choses arrivées dans des vies antérieures. Premièrement, le souvenir n’est jamais sûre à 100% et nos souvenirs peuvent être faux (déjà en cette vie, nous nous souvenons de choses qui ne sont pas arrivées ou nous ne nous souvenons pas de choses qui sont arrivées). Deuxièmement, ces souvenirs de vies antérieures sont plus abondants chez des sujets qui sont exposés culturellement  à l’enseignement sur l’incarnation et qui souvent y adhère déjà. Il y a donc un élément de suggestion. Troisièmement, il existe des cas notables, comme celui de Bridie Murphy, dans lesquels les souvenirs de vies antérieures ne sont rien de plus que des histoires que sa grand-mère lui a lues quand elle était une petite fille. D’autres faux souvenirs ont été implantés par l’hypnose (pouvoir de suggestion) ou par des thérapies utilisant les images. Le syndrome du faux souvenir est reconnu aujourd’hui par les psychologues. Il invalide la valeur probante la raison 2.

Réponse à la raison 3 

la réincarnation ne résout pas le problème de la justice. Plutôt que résoudre le problème de la souffrance injuste, la réincarnation dit simplement que ce qui est est juste tel qu’il est ! Il justifie la souffrance présente, mais il ne résout pas le problème de la souffrance injuste. Il n’offre pas de solutions face à elle. Elle dit que les innocents sont ne pas vraiment innocents parce que le karma de leurs vies antérieurs cause la souffrance. Les partisans de la réincarnation critiquent le chrétien qui ne peut dire à une mère qui pleure sur le lit de son enfant de 4 ans qui va mourir que « Je ne sais pas », alors que la loi du karma peut lui donner une réponse : « Ton petit ange innocent parce que dans une précédente incarnation, il était une boule de vice ». Ce n’est pas une solution au problème, mais une subversion du problème. On ne fait pas face au problème on passe outre et on dit : « il n’y a pas de problème ».

Est-ce réellement juste de punir des enfants pour les péchés accomplis dans une vie antérieure dont il ne se souviennent même pas ? Tout ceci est plutôt injuste. Comment faire payer à quelqu’un un acte dont il n’a même pas connaissance. En outre, si la thèse rejette l’idée d’un châtiment éternel, elle pose le principe d’une culpabilité éternelle : si la souffrance de chaque vie dépend des péchés d’une autre vie, comment tout cela à commencer ? Cela suppose de remonter jusqu’à l’infini. Comment remonter à l’infini ? Autrement dit, il n’y a aucune moyen de s’en sortir. Pour régler le problème du mal, il faudrait remonter à l’infini. Donc, il n’y a pas de solution possible au mal.

Enfin, le karma n’est pas une prescription morale, il est seulement un système de rétribution. Il ne dit pas ce qu’il faut faire, il est une loi amorale d’acte-conséquence. Tout acte (bon ou mauvais, indépendamment de sa qualification morale) a une conséquence dans cette vie ou dans une prochaine. Cette loi n’a rien à voir avec la loi dans l’AT, qui est un code moral, qui vise à enseigner par Dieu les hommes à faire le bien par le biais d’une alliance, c’est-à-dire par l’association de la grâce et du pardon de Dieu.

Arguments contre la réincarnation

Après avoir montré le caractère limité des arguments pro., étudions les arguments contre.

Argument 1 : L’argument moral

Dans les systèmes panthéistes, il n’y de fondement pour les standards moraux du karma. Pourquoi punir des personnes pour quelque chose de mal s’il n’y a pas de standard du bien ou du mal ? Dans le panthéisme, il n’y a pas de différence entre le bien et le mal. Le karma n’est pas une loi morale. Tout est relatif pour lui. Comme le rappelle le bouddhisme, le bouddhisme ne partage pas la conception occidentale de ce qu’est la loi morale, donnée par Dieu ou par la nature, et qu’il serait un devoir pour l’homme de suivre. Les préceptes de conduite du Bouddha :

 Liste des 8 préceptes

• 1er précepte : « pānātipātā veramaṇi sikkhāpadaṃ samādhiyāmi. »
« Je m'abstiendrai de nuire à la vie d'autrui. »
C'est-à-dire : « Je ne tuerai pas, je ne blesserai pas d'êtres, quels qu'ils soient. Même pas les moustiques qui me piquent. »

• 2e précepte : « adinnādānā veramaṇi sikkhāpadaṃ samādhiyāmi. »
« Je m'abstiendrai de voler. »
C'est-à-dire : « Je ne m'approprierai pas la propriété d'autrui, je ne m'emparerai pas de ce qui ne m'a pas été donné. Je ne prendrai même pas le métro pour une station, sans payer. »

• 3e précepte : « abrahmacariyā veramaṇi sikkhāpadaṃ samādhiyāmi. »
« Je m'abstiendrai de toute pratique sexuelle. »
C'est-à-dire : « Pas de copulation, pas de masturbation. J'éviterai même les caresses amoureuses. »
Concernant les 5 préceptes, le 3e diffère. Voir plus bas.

• 4e précepte : « musāvādā veramaṇi sikkhāpadaṃ samādhiyāmi. »
« Je m'abstiendrai de paroles mensongères. »
C'est-à-dire : « Je ne mentirai pas, je serai honnête en toutes situations. » Quoiqu'on en pense et quelle qu'en soit l'intention, un mensonge aura toujours un résultat négatif. « J'éviterai même de médire, de jurer et de parler inutilement. » Ce précepte est probablement le plus difficile à tenir.

• 5e précepte : « surāmeraya majjapamādaṭṭhānā veramaṇi sikkhāpadaṃ samādhiyāmi. »
« Je m'abstiendrai de consommer de l'alcool et quel intoxicant que ce soit. »
C'est-à-dire : « Je ne consommerai pas de substances susceptibles d'intoxiquer mon corps ou mon mental, comme l'alcool, les drogues, le tabac, etc. J'éviterai même de boire trop de café. » Pour des raisons de santé, les médicaments sont autorisés.

• 6e précepte : « vikālabhojanā veramaṇi sikkhāpadaṃ samādhiyāmi. »
« Je m'abstiendrai de manger après midi. »
C'est-à-dire : « Je ne consommerai pas d'aliments solides après le midi solaire (qui, en France, tombe environ à 13h30 en heure d'été et à 12h30 en heure d'hiver) et ce, jusqu'au lendemain à l'aube. Durant cette période, je ne boirai même pas de lait, qui est considéré comme aliment solide, car très nourrissant. » En cas de faim violente ou de grand manque d'énergie, le miel, la mélasse, les sucres liquides, l'huile et le beurre sont également autorisés.

• 7e précepte : « nacca gīta vādita visukadassanā mālā gandha vilepana dhārana mandana vibhūsanaṭṭhānā veramaṇi sikkhāpadaṃ samādhiyāmi. »
« Je m'abstiendrai de musique, de chant, de danse, de fleurs, bijoux et autres parures. »
C'est-à-dire : « Je n'écouterai pas de musique, je n'irai pas voir de spectacle, je ne regarderai pas de film, pas de distraction, pas de magazines de mode, de jeux, etc. Je ne me parfumerai pas, je n'arrangerai pas mon corps dans un but esthétique (maquillage, vêtements de mode, coiffure sophistiquée, bijoux, etc.) J'éviterai même de me vêtir de façon voyante. » Pour des raisons de santé, les produits de soin de la peau sont autorisés.

• 8e précepte : « uccāsayana mahāsayana veramaṇi sikkhāpadaṃ samādhiyāmi. »
« Je m'abstiendrai de places hautes et de places nobles. »
C'est-à-dire : « Je ne m'installerai pas – assis(e) ou allongé(e) – à des places plus hautes que celles où sont installés des êtres nobles (bhikkhu, bhikkhunī, sāmaṇera, rois, etc.) ou à des places réservées à de tels êtres. »

• Le 9e précepte
Il existe encore un 9 précepte qui peut s'ajouter aux 8 préceptes (ne pas le confondre avec le 9 des 10 préceptes). Ce précepte « en option » consiste, pour celui qui l'adopte, à s'efforcer de saisir chaque occasion de la journée à développer mettā, la bienveillance, à l'égard de tous les êtres, sans faire de distinction. L'entraînement à ce précepte est très riche en bénéfices. Il a une place un peu à part, car il ne concerne pas directement sīla.

• 9e précepte : « mettā sahagatena cetasā sabbapāna bhūtesu pharitvā vihāraṃ samādhiyāmi. »
« Je m'efforcerai de rayonner un état d'esprit empli de bienveillance, de manière égale, à l'égard de tous les êtres.»

Les 5 préceptes
Les cinq préceptes correspondent aux cinq premiers des huit préceptes, sauf que le 3 devient :
« kamesu miccacara veramaṇi sikkhāpadaṃ samādhiyāmi. »
« Je m'abstiendrai de pratiques sexuelles inconvenantes. »
C'est-à-dire : « Je ne commettrai pas l'adultère, je n'aurai pas de rapport sexuel illégal, ni par prostitution, etc. »

Ces préceptes sont considérés non pas comme des règles morales, mais comme des règles d’opportunité ou pragmatiques.

Ce relativisme est le point faible de cette théorie de la réincarnation. C’est une position intenable en éthique. On ne peut pas dire : « Le relativisme est vrai » ou même «  Le relativisme est meilleur que l’absolutisme », parce que ces affirmations présupposent l’existence d’une valeur absolue qui contredit le relativisme lui-même. La réincarnation se fonde sur la loi du karma qui est un relativisme éthique, or le relativisme éthique est intenable en éthique, donc la réincarnation est sans fondement éthique.

A partir du moment où vous dites que des telle valeur est mieux qu’une autre, qu’une règle de l’agir humain est mieux qu’une autre, vous posez un « standard » en fonction duquel il sera possible de juger des règles ou des valeurs : le standard qui mesure les deux choses que vous comparez doit être quelque chose de différent de chacune des deux choses : vous avez donc besoin de quelque chose qui soit indépendant des deux choses et de ce que les gens pensent, autrement dit vous avez besoin d’un élément objectif, vous avez besoin de l’idée du bien.

Pour dire que le relativisme a raison, vous devez donc présupposer l’existence de ce qui prouve que le relativisme a tort. C’est la grande faille du relativisme, très tentant sur le plan pratique, comme le fait de ce qu’impose un jugement particulier et individuel, qui ne souffrirait aucune remise en cause, il est intenable sur le plan théorique. A moins que quelque chose soit absolument vrai ou faux, bien ou mal, on ne peut aller sur le plan théorique de la justification. Le relativisme est donc prisonnier de l’opinion ou de l’arbitraire, il ne peut s’élever au rang du principe ou du fondement.

Argument 2 : L’argument humanitaire

La réincarnation est fondamentalement anti-humanitaire. Elle ne produit aucune compassion sociale. Qui aide les pauvres, les SDF ou nourrit les affamés dans les rues d’Inde travaille contre la loi du karma. Les gens souffrent lorsqu’ils vont contre leur karma et ceux qui les aident dans ce mouvement contraire au karma perdent leur temps et souffriront inutilement. Le karma est individuel. Pour cette loi, celui qui aide le souffrant n’améliore pas le karma du souffrant, mais son propre karma, il travaille pour lui, pour se sentir bien. Le désintéressement est ici impossible. La compassion sociale en Inde est le fait d’une influence non-hindou, notamment chrétienne. Mère Theresa ne pourrait pas être produite par la religion hindou.

Argument 3 : L’argument psychologique

La réincarnation repose sur cette prémisse : l’individu a un sens très développé d’auto-conscience avant sa naissance, il stocke des informations dont il se souviendra plus tard. C’est un fait scientifique que cette capacité ne se développe pas chez l’individu avant l’age de 18 mois. C’est pourquoi nous ne nous rappelons de rien quand nous avions un an. Pour affirmer que tous les êtres humains « oublient » mystérieusement leur conscience développée passée qui ne reviendra plus jamais à moins qu’ils soient entraînés et « illuminés » pour cela, n’est pas du tout plausible. L’hypothèse est sans fondement. Donc, la réincarnation est sans fondement sur le plan psychologique.

Argument 4 : L’argument scientifique

Nous savons scientifiquement qu’un individu commence sa vie à la conception, quand 23 chromosomes d’une gamète mâle (spermatozoïde) sont unis aux 23 chromosomes d’une gamète femelle (ovule) et forment alors un zygote humain de 46 chromosomes. C’est à ce moment précis qu’une nouvelle vie humaine commence. Elle a la vie (l’âme) et un corps. C’est un être humain unique et individuel. Il n’existait pas avant. Pour dire que son âme (sa vie) existait avant dans un corps antérieur, il n’existe pas d’élément scientifique. Pour les chrétiens, l’âme d’un être humain est créée au « moment » de la conception bien que Dieu crée de toute éternité, mais ce qu’il créé n’a pas toujours existé.

Argument 5 : L’argument social

Si la réincarnation était vraie, la société devrait s’en trouver améliorée. Si nous avons des centaines ou des milliers de chances de s’améliorer sur des millions d’années, cela devrait se voir historiquement. Il n’y a pas de preuves de cette amélioration karmique : l’homme a seulement amélioré les moyens de manifester sa cruauté, son racisme, sa barbarie à l’égard de l’homme. Même de grands optimistes qui souhaitent des jours meilleurs et qui y croient grâce à la science ou à la connaissance, à la médecine ou à l’éducation, reconnaissent qu’il n’y a pas de preuve incontestable de ce progrès. Souhaiter et constater, travailler à et constater sont des choses différentes, à moins de prendre ses désirs pour des réalités. Que cela soit souhaitable, ou même que cela soit possible, ne signifie pas que cela soit, et cela n’est pas ! 

Argument 6 : Le problème du mal et du retour infini

Si la souffrance en cette vie résulte toujours du mal fait dans une vie précédente, alors il devrait y avoir un retour infini de vies précédentes, dans la mesure où il y a un nombre infini de moments avant aujourd’hui. Mais un tel retour infini dans le temps est impossible (on ne peut remonter indéfiniment). Donc, il n’y a pas de nombre infini de vies antérieures comme le présuppose la réincarnation. A supposer qu’il y ait non pas un nombre infini de vies antérieures à celle-ci, mais un certain nombre fini de vies précédentes, il devrait donc y avoir une première vie dans laquelle l’incarnation ne serait pas la cause de son mal. C’est la thèse du théisme : le mal s’origine dans le choix libre d’un individu dans cette première vie (pour nous la première est la seule et l’unique). 

Argument 7 : Le problème du temps infini et du manque de perfection

Même au sujet du présupposé de la réincarnation qu’il y a un nombre infini de moments avant aujourd’hui, sa vue doit affronter un problème sérieux. Dans un nombre infini de moments, il y a plus qu’assez de temps pour accomplir la perfection de toutes les âmes, ce qui est le but de la réincarnation. En bref, toutes les âmes devraient avoir déjà été unies à Dieu maintenant (ou elles ne le seront jamais) ; or, elles ne le sont pas, c’est un fait objectif. La réincarnation échoue donc face au problème du mal.

Argument 8 : Arguments bibliques

La Bible défend plusieurs arguments qui permettent le rejet de la théorie de la réincarnation :

  • les êtres humains sont créés

  • l’état intermédiaire est désincarné

  • l’état après la désincarnation est la résurrection

  • les êtres humains ne meurent qu’une seule fois

  • le jugement est final

  • Jésus a rejeté la réincarnation

  • La grâce est contraire à la réincarnation

  • Selon la Bible, Gn 1, 27, les être humains sont créés. Dieu est l’éternel, l’incrée, et tout ce qui est en dehors de lui est créé et non éternel. (1 tim 6, 16 ; Jn 1, 3 ; Col 1, 15-16). Tout ce qui est est à cause de Dieu, parce que Dieu l’a fait venir à l’existence. Cette existence Dieu la donne à partir de rien, ex nihilo. Ce n’est pas seulement vrai des tous premiers hommes (un premier homme, une première femme), c’est vrai de tous les être humains après eux, leurs descendants. Selon ce principe, la réincarnation est impensable, il ne peut y avoir d’existence pré-incarnée de nos âmes. L’idée de création ex nihilo est incompatible avec l’idée de réincarnation.

  • Les Ecritures enseignent que, à la mort d’un être humain, l’âme se sépare du corps et « rejoint » le monde spirituel où elle attend la résurrection. L’apôtre Paul écrit : « Nous sommes pleins de confiance, et nous préférons quitter la demeure de ce corps pour aller demeure auprès du Seigneur » (2 Cor 5, 8). Méditant sur la mort, Paul écrit encore : « je suis pris dans ce dilemme : j’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, et c’est de beaucoup préférable » (Phil 1, 23). Les âmes de ceux qui sont morts en martyrs sont en attente du ciel : « Quand il ouvrit le 5e sceau, je vis les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause de la parole de Dieu et du témoignage qu’ils avaient porté. » (Apo 6, 9).  Jésus promit au larron repenti « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi en paradis » (Lc 23, 43). Même Moïse et Elie, qui étaient morts depuis des siècles, conversent avec Jésus lors de l’épisode de la transfiguration (Mt 17, 3). Même les âmes déinscarnées des perdus sont conscientes. La bête et le faux prophète (l’anti-christ) qui furent jetés vivants dans l’étang de feu embrasé de souffre (Apo 19, 20) étaient encore conscients mille ans après (Apo 20, 10 : et ils souffriront des tourments jour et nuit aux siècles des siècles). Il n’y a pas la plus petite trace dans l’Ecriture qui laisse entendre qu’après la mort, l’âme va dans un autre corps comme le disent les partisans de la réincarnation. Elle va simplement dans le monde de l’esprit pour attendre la résurrection.

  • Selon la réincarnation, après la mort, l’âme passe dans un autre corps. A l’opposé, selon la Bible, après la mort, le même corps physique est rendu incorruptible à la résurrection. Plutôt qu’une série de corps qui meurent, la résurrection rend vivant pour toujours le même corps qui mourut. Plutôt que voir la personne comme une âme dans un corps, la résurrection voit chaque être humain comme une unité âme-corps. Tandis que la réincarnation est un processus de perfection, la résurrection est un état de perfection. La réincarnation est un état intermédiaire et l’âme tend à être désincarnée et absorbée en Dieu. Au contraire, la résurrection est un état ultime dans lequel la personne entière, corps et âme, jouit de la bonté de Dieu. On peut résumer ainsi les différences entre la résurrection et la réincarnation :

    RESURRECTION

    REINCARNATION

    N’arrive qu’une fois

    Arrive de nombreuses fois

    Dans le même corps

    Dans un autre corps

    Dans un corps immortel

    Dans un corps mortel

    Un état parfait

    Un état imparfait

    Un état ultime Un état intermédiaire

     

La doctrine chrétienne de la résurrection est incompatible avec la doctrine de la réincarnation.

Selon l’Ecriture, on ne meurt qu’une fois (Hb 9, 27 : un homme est destiné à mourir une seule fois et après à faire face au jugement). Nous sommes nés une seule fois, nous vivons une seule fois, et nous mourons une seule fois. Son la réincarnation, nous sommes nés et renés et renés et ainsi de suite. Pour l’apologiste hindou Sarvepail Radakrishnan, la grande différence entre christianisme et hindouisme, est la suivante : « Tandis que les Hindous de toutes tendances ou écoles croient en une succession de vies, les chrétiens croient que les hommes n’ont qu’une vie au terme de laquelle ils affrontent le jugement »

Non seulement les êtres humains ne vivent et ne meurent qu’une fois, mais leur mort est suivie par le jugement et le jugement est final, ultime, définitif. Lc 16, 26 : « Entre vous et nous, il a été disposé un grand abîme pour que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le puissent pas et que, delà non plus, on ne traverse pas vers nous. » Final désigne ce grand abîme qui sépare le bonheur éternelle du châtiment éternel (deux états définitifs représentés par des lieux : paradis, géhenne). Le jugement est décrit comme « destruction éternelle » (2 Thess. 1, 9), « feu éternel » (Mat 25, 41). S’il dure pour toujours, s’il est éternel, alors il n’y a pas de place pour la réincarnation. Il y a résurrection dans son propre corps qui reçoit le jugement final de damnation ou de salvation (Jn 5, 28-29).

Lorsqu’on lui demande si la cécité de l’aveugle de naissance est due à un péché d’avant sa naissance, Jésus répond : « Ni lui ni ses parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. » (Jn 9, 3). C’est probablement une référence à la fausse croyance selon laquelle on pouvait pécher dans l’utérus de sa mère avant sa naissance, ce qui produisait (et expliquait) les malformations physiques, la réponse de Jésus exclut aussi toute croyance en des péchés personnels antérieurs à la naissance ou au karma (à distinguer du péché originel qui vise à expliquer l’origine du mal dans le choix de l’homme et la présence de la concupiscence en chacun : à expliquer la séduction que le mal exerce sur nous, cf. St Augustin). Ailleurs, Jésus dit clairement que l’infortune d’une personne dans la vie n’est pas nécessairement la cause de son péché (Lc 13, 4-5) : c’est donc vrai aussi de la vie prénatale ou de prétendues préincarnations.

La réincarnation est basée sur la doctrine du karma qui dit que quoiqu’on sème en cette vie, on le récoltera dans la prochaine, de même qu’on récolte en cette vie ce qu’on a semé dans la précédente. Le Karma est une loi inexorable qui ne souffre aucune exception, qui s’applique automatiquement. Les péchés ne peuvent être pardonnés. Ils doivent nécessairement être expiés. On échappe pas à la punition. Si la punition ne vient pas en cette vie, elle viendra dans la suivante. Pour le christianisme, le pardon est possible. Jésus pardonne à ses ennemis qui le font mourir en croix (Lc 24, 34). Les chrétiens sont appelés à pardonner comme le Christ nous a pardonné (Col 3, 13). Le pardon est contraire à la doctrine du Karma et rend la réincarnation inutile. Le salut est un cadeau, un don gratuit (Jn 4, 10 ; Rm 3, 24, 5, 15 etc…) qui est reçu dans la foi. Plutôt que de travailler à obtenir les faveurs de Dieu, le croyant bénéficie d’une grâce non méritée qui le justifie. La justice divine est satisfaite parce que Jésus prit notre place et offrit sa vie pour nos péchés (substitution pénale et satisfaction vicaire : il est mort pour nous et à notre place). Nos péchés n’ont pas été seulement ignorés ou mis sous le tapis, nous avons été rachetés au prix de son sang (Rm 3, 25 ; Hb 2, 17 ; 1Jn 2, 2 et 4, 10). Le pardon n’est pas l’abandon de la justice. Le fait de la substitution : Jésus rend justice à Dieu à notre place (la doctrine de la grâce) est contraire à la théorie du karma. Elle rend caduque la raison d’être de la réincarnation. 

En conclusion, la doctrine de la réincarnation, basée sur le karma, est sans preuve objective. Elle est contraire au sens commun, aux constatations scientifiques, à la psychologie humaine des profondeurs et à l’éthique. En outre, elle est explicitement contraire aux enseignements de la Bible. Malgré sa popularité, notamment en Occident qui l’a importé en la sécularisant, elle n’a pas de fondement rationnel satisfaisant.

   
  + Abbé Gégoire Woimbée

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