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  pourquoi l'encens ?
 

L'encens est une matière résineuse, extrait d'un arbre croissant en Palestine et en Arabie. La langue latine a deux mots pour le désigner : thus, d'un verbe grec qui signifie parfumer, et incensum, d'un verbe latin qui signifie brûler. L'usage de l'encens pour honorer la divinité est un des rites universels commun à plusieurs cultes que l'on retrouve chez les Égyptiens, les Grecs et les Romains, etc.

Le rituel mosaïque a adopté cet usage. Il y avait dans le Saint du Temple de Jérusalem un autel des parfums, appelé «  autel d'or » où l'encens brûlait le matin et le soir. Il s'agissait d'une forme de sacrifice, symbole de la prière qui monte vers Dieu :

« Que ma prière, Seigneur, s’élève comme l’encens devant votre face, comme mes mains levées pour l’offrande du soir » (Ps 140, 2).

Le jour de Kippour (fête des Expiations), lorsque la fumée de l’encens s’élevait et recouvrait le propitiatoire (couvercle de l'Arche d'Alliance), on savait que les péchés étaient pardonnés (Lv 16,13).

   
 

A travers les siècles

Durant les trois premiers siècles, les chrétiens ne firent pas usage de l'encens. Son usage se développe, pour devenir bientôt général, à partir du IVe siècle qui voit la conversion de l'Empire romain, la raison qui en avait proscrit l'usage ou qui du moins l'avait rendu rare, ayant disparu. Car, dans les premiers siècles, les païens récemment convertis auraient pu concevoir des idées fausses en voyant qu'on brûlait de l'encens dans la liturgie chrétienne comme dans les cultes païens.

Au IVe siècle, la confusion n'était plus possible ; l'usage de l'encens contribuait dès lors à l'éclat grandissant de la liturgie des basiliques qui fleurissaient dans un Empire religieusement pacifié. Le cérémonial de la cour impériale passait dans celui de la cour papale, et de la liturgie papale à la liturgie épiscopale, à un moment où l'empire devenu chrétien, ne vouait plus de culte à la personne de l'empereur. 

Au départ, l'encens fut seulement porté devant le Pape ou l'évêque en signe d'honneur lorsqu'ils faisaient leur entrée. L'encens reçut progressivement une signification plus riche et plus profonde avec une référence à l'Ancien Testament qui prit le pas sur les rites d'honneur impériaux.  L'encensement de l'autel apparaît en Occident à partir du IXe siècle comme une transposition du rite de l'encens du Temple de Jérusalem.

Une très riche symbolique

L'encens est un sacramental de purification, auquel l'Église reconnaît une vertu particulière pour chasser les démons.

L'encensement à la messe est prévu pour la procession, au début de la messe pour honorer l'autel, pour la procession de l'Évangile et sa proclamation, à l'offertoire pour encenser les oblats, l'autel, le prêtre et les fidèles, enfin à l'élévation de l'hostie et du calice à la Consécration (Présentation générale du Missel Romain, n°235). Il revêt, dans la liturgie, une riche symbolique qu'il convient d'évoquer ici.

L'adoration de Dieu

L’encens apparaît d'abord comme une marque d’adoration rendue à Dieu, intimement liée à l’idée de sacrifice : offrir l’encens aux idoles, dans l’antiquité, c’était sacrifier aux dieux. A la messe, c’est ce sentiment d’adoration qui fait encenser le Corps et le Sang du Seigneur à l’élévation, la croix de l’autel, le livre des Évangiles, et le prêtre comme tenant la place du Christ. C’est pour cette même raison que l’on encense les reliques des saints, et même les fidèles, qui sont devenus par leur baptême membres du Christ. Observons qu’un même rite d’encensement peut allier deux significations : l’encensement des fidèles est aussi bien une purification qu’un honneur rendu au Christ présent en eux.

La prière qui monte vers Dieu

L'encens a conservé pour l'Église, sa signification antique de symbole de la prière qui monte vers Dieu, selon le verset du psaume 140 déjà cité. Dans l’Apocalypse, l'encens qui s'exhale devant le trône de l'Agneau est assimilé à la prière des saints (Ap 5, 8). Il nous rappelle que cette prière se doit d'être pure, ardente, embaumée du parfum de nos vertus. Par son odeur agréable, l'encens nous fait souvenir que nous devons être « la bonne odeur de Jésus-Christ » (2Co 2,15) et répandre en tout lieu la connaissance et l'amour de Dieu.

L'encens est également brûlé devant l'autel pour signifier que les créatures doivent être employées et consumées pour le service du lieu saint, pour «  signifier que l'oblation de l'Église et sa prière montent comme l'encens en présence de Dieu » (PGMR, n°51). Le rituel juif liait l'usage de l'encens aux sacrifices holocaustes, dont il était le symbole. En effet, la fumée monte vers Dieu comme celle des animaux sacrifiés en holocauste (mot dont l'étymologie grecque signifie brûler entièrement) pour manifester visiblement que tout vient de Dieu et que tout doit « remonter » vers lui. Ainsi, encenser est moins une marque d'honneur qu'un signe d'offrande; c'est-à-dire le signe que ce qui est encensé, personnes ou choses, est consacré à Dieu. C'est ce sens qu'il convient avant tout de réhabiliter aujourd'hui. Certes l'encens honore, mais cet honneur n'est que celui d'être offrande montant vers Dieu. L'encens ne se confond pas avec l'offrande, mais il est le signe et la trace du mouvement de l'offrande faite à Dieu.

La liturgie céleste

L’encens, enfin, évoque une nouvelle fois la liturgie céleste :

«  De la main de l’ange, la fumée des parfums s’éleva devant Dieu, avec la prière des saints. Puis l’ange saisit la pelle et l’emplit du feu de l’autel qu’il jeta sur la terre » (Ap 8, 3-5).

Quel symbole peut le mieux exprimer le lien entre nos liturgies de la terre et celle du Ciel que ce feu divin, sur lequel brûle l’encens, pris sur l’autel céleste et jeté sur la terre ? Concluons sur ces mots de Romano Guardini pour qui l'encens évoque :

« le mystère de la beauté qui s'élève avec grâce sans utilité pratique ; le mystère de l'amour qui brûle, se consume et s'exhale en mourant. Sans doute, il ne manque pas d'esprits bornés pour dire encore : «  A quoi bon tout cela ». L'encens est un sacrifice de parfums, «  formé, dit l'Écriture, de la prière des saints ». Il est le symbole de la prière, de celle surtout qui n'est pas intéressée, qui ne veut rien d'autre que s'élever, comme le Gloria après chaque psaume, qui adore et qui remercie Dieu de ce qu'il est grand » (Romano Guardini : Les signes sacrés).

   
  + Abbé Christophe Lefebvre

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