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Abbé Grégory Woimbée Curé-Archiprêtre
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  le baptême, joie et combat
 

Réjouissez-vous ! « Exultet » qu’ils disent les Chrétiens : soit ils sont niais, soit ils sont faux-culs. Pendant un mois, ils nous serinent avec leur carême et maintenant leur joie de Pâques. Et leur Pape de se réjouir urbi et orbi au moment où l’Eglise se meurt sous les crimes innombrables de ses prêtres prédateurs et prévaricateurs, je n’invente pas, ils l’ont dit à la télé et à la radio : « Les cathos, c’est fini ». C’est écrit dans les journaux.

Le Christ a vaincu la mort, l’amour a vaincu la haine

Frères et Sœurs en Jésus-Christ, c'est dans l'ergôn (ce mot grec qui signifie travail) et l'agôn (ce mot grec qui signifie combat) du Christ que nous sommes sauvés non? Quant aux regards accusateurs, qu'ils rencontrent le regard de l'amour, après tout, il faut bien que l'Ecriture s'accomplisse encore aujourd'hui et qu'ils fassent leur besogne. Ce soir, nous exulterons quoi qu'il arrive, car ce qui remplit des pages blanches, des écrans vides, des coeurs secs gomme l’essence même de la réalité que nous vivons, trahit jusqu’à nous-même et le milliard d’hommes qui vibre avec nous pour les mêmes raisons que nous.  Nous exulterons parce que le Christ a vaincu la mort, parce que l’amour a vaincu la haine.

   
 

TOUT le reste est insignifiant, n'a aucune signification, ne signifie rien, n'est le signe de rien. Les gesticulations et les commérages dont on abreuve le pauvre qui a faim et soif lui laisseront l'âme vide au soir de sa vie. La joie de ce soir se tient au chevet de l'acédie de la génération prozac-viagra-bottox d'un surhomme de carton-pâte agro-alimentaire et schizophrène, d'un géant de foire anxiogène et narcissique, sans pieds ni mains, imbus du peu qu'il sait et repus du peu qu'il a. Il est sauf ce soir, et il ne veut pas le savoir. Il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut entendre, de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Notre joie a mauvaise presse. Emotion suspecte : irrationnelle (y a vraiment pas de quoi se réjouir !), inutile (qu’est-ce que ça change ?) ou même trompeuse (qu’est-ce que ça cache ? Ne nous réjouissons pas trop vite !). Dans notre culture, le béat est même l’idiot du village, le bienheureux, c’est l’Alexandre du film épononyme, c’est celui qui vit dans son lit une fois délivré d’une belle épouse tyranique et qui tire les ficelles de sa vie ou plutôt du saucisson qu’un système de poulie lui permet d’obtenir sans quitter le matelas bien douillet de son existence. La joie ne serait alors que bêtise ou égoïsme. L’homme vaut plus de ça. D’autres plus sérieux et graves trouvent qu’elle est indécente la joie lorsqu’il y a tant de souffrances, de deuils et d’injustices et se drapent dans le voile de gravité feinte des pompes funèbres. N’a-t-on pas tenu pendant longtemps le rire pour diabolique, alors qu’on en découvre aujourd’hui les vertus thérapeutiques et même sur le plan politique le symptome d’une démocratie véritable ?

La tristesse a meilleure presse. En face de la joie, la tristesse, et au bout de la tristesse le désespoir. Au bout, car au bout de la tristesse, c’est l’orgueil qui prend le relais, la solitude qui remplace le doute de n’être pas aimé. Qu’est-ce qui distingue la tristesse de Pierre reniant le Christ et de Judas le vendant pour quelques pièces d’argent ? L’orgueil : l’un veut rester seul, l’autre voit immédiatement le visage de l’être aimé et renié. C’est le pardon qui les sépare. La réponse est là : c’est le pardon, c’est le don de l’amour qui sépare la tristesse et la joie, car la joie est toujours un retour à la vie. La joie revient de loin comme le Christ revient de loin.

C’est pourquoi cette joie est de l’ordre du sel et non du sucre. La joie sucrée (la mièvrerie, l’euphorie, le petit plaisir…) n’est pas la joie salée. Le sucre masque le goût de l’aliment tandis que le sel fait ressortir les saveurs. Le sucre complaît le palais, le sel le picote un peu pour lui faire désirer et aimer ce qu’il mange, le sucre veut lui faire oublier ce qu’il mange…Les hambourgers c’est plein de sucre et pour cause, les sodas c’est plein de sucre et pour cause…Oublier ce qu’on mange, faire passer le pire. Le sel souligne, interpelle. Le Chrétien est sel de la terre et non sucre de la terre. Il ne vient pas sucrer le monde, il vient le saler. Ce serait tellement plus simple de tout recouvrir d’une fine couche de sucre glace…et de se faire applaudir sur les places publiques et sur les plateaux de télévision. La joie est salée : elle donne du goût aux choses sans masquer la réalité de ce à quoi elle donne du goût.

Saint Augustin a une belle définition de la joie dans la Cité de Dieu :

« Quand nous consentons par la jouissance à ce que nous voulons, c’est la joie ».

Autrement dit, la joie c’est la jouissance ou le plaisir éprouvé de posséder ce que nous désirons. Le désir c’est l’appétit, la joie c’est la possession de ce vers quoi on tend.

Et Spinoza d’ajouter :

« la joie est le passage de l’homme d’une moindre perfection à une plus grande perfection ».

La joie est dans ce que l’homme obtient et qu’il n’a pas encore, sinon il possèderait sans joie.

La joie chrétienne, c’est la joie d’être debout

Mais attention, la joie n’est pas de l’ordre de l’avoir, c’est avoir quelque chose que l’on n’avait pas déjà, mais ce quelque chose n’est pas de l’ordre de l’avoir. Quelle est cette chose que j’obtiens et qui n’est pas de l’ordre de l’avoir ? Quadrature du cercle chers amis ! D’autant que la possession de beaucoup de choses nous conduit d’ordinaire plutôt à l’angoisse de les perdre qu’à la joie de les avoir ! Ce quelque chose ne peut être de l’ordre de l’avoir car sinon on serait immédiatement dans l’angoisse de le perdre.

Je le répète : qu’elle est cette chose qui fait notre joie quand on l’a et que l’on n’a pas peur de perdre ? Ce ne peut être que la présence réelle et définitive de quelqu’un : le Christ ressuscité. Il n’est pas seulement ressuscité à Pâques, il est répandu dans nos cœurs à la Pentecôte, et l’instrument de sa présence en nous, c’est le baptême. C’est l’inscription en nous de sa mort et de sa résurrection. Avec lui nous mourons, avec lui nous ressuscitons, et cet « avec », cette association, ce compagnonage, cette relation, c’est un « au-dedans de nous » : où est le Christ chers baptisés ? En vous, à l’intime de vous-même.

L’idéal d’une vie sans tristesse est inacessible. Notre bonheur dépend de trop de choses qui ne dépendaent pas de nous. La joie parfaite, comme absence de tristesse, n’est pas de ce monde. Notre joie d’ici-bas est une joie de travail et de combat, confrontée à la tristesse, parce que ce que Dieu a commencé en nous doit encore s’achever. Le chrétien est inachevé, mais il est habité : en lui se trouve la joie du Christ et sa joie de chrétien participe déjà de celle du Christ. Nous sommes joyeux de la joie de Dieu. Et ce qui fait notre joie, c’est la présence du Christ en soi. La tristesse, c’est l’absence, la joie c’est la présence.

Le Saint Chrême c’est du baume au cœur, c’est la marque indélébile qui fait de nous des vivants et des héros, c’est le sceau de la fidélité de Dieu et de la nôtre, par-delà nos faiblesses et nos chutes. Nous sommes forts et riches de notre baptême, de ce baptême, il faut aussi être généreux : faites grandir l’étincelle, répandez la flamme, mettez le feu. Ayez le courage d’être libre devant les dictats de la pensée et des mangeurs d’hommes, ayez la joie de ne pas vous coucher devant l’adversaire, de ne pas capituler, et surtout de ne pas mentir aux masses crédules nourries de lexomil.

La joie chrétienne, c’est la joie d’être debout, de continuer à avancer au large, sans craindre les eaux profondes sous ses pieds. Le corps léger, l’âme libre, le regard fixé sur l’horizon. Homme debout dans la tempête, c’est ce qu’on appelle aussi l’honneur. Dans la mort, l’homme se couche, dans la Ressurrection, il se relève. Le corps et l’âme éprouvent cette joie inouie de vaincre la mort et de vivre debout.

   
  + Abbé Grégory Woimbée

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