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Cours & Conférences

  les 3 grandes écoles de vie spirituelle
 

Nous allons ici nous arrêter sur trois des plus grandes traditions spirituelles : l’école ignatienne, l’école carmélitaine, l’école française.

L’oraison Ignatienne

Saint Ignace de Loyola
Saint Ignace est né au château de Loyola, dans l’actuel pays basque en 1491. Il mourra à Rome le 31 juillet 1556. C’est un militaire à l’âme chevaleresque. Il est blessé lors du siège de Pampelune en 1521.
Contraint à une longue convalescence au château familial, il s’adonne à la lecture de la « Vita Christi » de Ludolphe le chartreux et de la « Légende dorée » du dominicain Jacques de Voragine. Par ses lectures, il va faire un retour sur sa vie et se convertir au Christ. En bon chevalier, il décide de se mettre tout entier au service de son unique Seigneur.
C’est à partir de cette profonde expérience intérieure que le fondateur de la Compagnie de Jésus (les Jésuites) écrit ses « Exercices spirituels ».

Méthode d’oraison selon saint Ignace de Loyola

• La préparation
Bien que ce soit l’Esprit Saint qui prie en nous, il faut pour notre part assurer les conditions de la prière. Il faut disposer son cœur à l’action de la grâce divine. Aussi, me préparer à la prière, c’est me rappeler où je vais et en présence de qui je m’engage dans la prière.

Tout  d’abord, avant de commencer l’oraison, je m’applique à choisir un sujet de méditation. Ce peut être l’Evangile du jour ou un autre passage de l’Ecriture Sainte. Ce peut aussi être un mystère chrétien. Ensuite, je décide du temps que je vais offrir au Seigneur en veillant bien à le tenir malgré les distractions et les aridités possibles car « l’ennemi n’a guère l’habitude de rien négliger pour faire écourter l’heure de la contemplation, de la méditation, de l’oraison. » (Ex 12).

Lorsque tout est prêt, je m’applique à poser un acte de foi. Je reconnais que je suis devant Dieu. Enfin je commence par une prière préparatoire qui consiste à « demander la grâce que toutes mes intentions et opérations soient ordonnées au service et à la louange de Sa Divine Majesté » (Ex 46). Autrement dit, je tourne mon regard vers Dieu pour ne considérer que lui.

 



• L’oraison
Après m’être mis en route, vient le temps de la lecture simple du passage biblique retenu. A partir de cette lecture je fais une composition de lieu. Il s’agit de « voir le lieu » dit saint Ignace. Je fais travailler mon imagination et je compose le lieu de l’épisode biblique, ou une visualisation symbolique du sujet médité. Pour les lieux matériels, j’utilise des images réelles. Pour les sujets plus abstraits, j’utilise des images symboliques. Par exemple pour la méditation sur les péchés « considérer mon âme emprisonnée dans ce corps corruptible, et tout le composé humain comme exilé en cette vallée parmi des animaux sans raison. » (Ex 47) Pour une méditation sur la tendresse de Dieu, on imaginera un enfant blotti contre sa mère...

« Voir », « Ecouter », « Regarder ». Par l’imagination, je me représente les personnes une à une, j’écoute ce qu’elles disent, et comment elles le disent... Je me rends présent à l’évènement. Par exemple, si je contemple la Nativité, j’imagine l’enfant Jésus sur la paille, la pauvreté des langes, le corps transi de froid... Alors, naturellement j’en viens à considérer que celui qui accepte tout cela pour nous est notre Dieu ! A présent, peut naître l’adoration.

Je m’arrête alors sur un mot, une expression, un personnage qui me touche particulièrement : « On restera à considérer ce mot aussi longtemps que l’on trouvera des sens, des comparaisons, du goût et de la consolation dans les considérations se rapportant à ce mot... Si l’on trouve en un seul mot ou en deux une assez bonne matière pour la pensée, du goût et de la consolation, qu‘on ne se soucie pas d’aller plus loin, même si toute l’heure se passe sur ce qu’on trouve. » (Ex 252-253)

Enfin, lorsque mon esprit s’ouvre à l’adoration, saint  Ignace  nous dit  de parler à Dieu comme un ami à un ami. C’est le « colloque ». Le mot signifie « parler avec ». « Faire un colloque, c’est proprement, parler comme un ami parle à son ami ou un serviteur à son maître. Tantôt on demande une grâce, tantôt on confie ses affaires  et  on  demande  là-dessus conseil » (Ex 54). C’est le moment où je m’entretiens familièrement avec Dieu dans la confiance.
Pour terminer l’entretien intime il est recommandé de terminer par une prière apprise telle que le Notre Père ou une autre.

• Evaluation de l’oraison :
« Une fois l’exercice terminé, pendant l’espace d’un quart d’heure, soit assis, soit en me promenant, je regarderai comment s’est passée la contemplation ou la méditation. Si c’est mal, je verrai de quelle cause cela provient, et, l’ayant vue, je me repentirai, pour m’amender à l’avenir. Si c’est bien, je rendrai grâces à Dieu notre Seigneur, et je m’y prendrai une autre fois de la même manière » (Ex 77). En quelques instants, il s’agit de noter la coloration d’ensemble de ce que j’ai vécu mais aussi les résolutions que le Seigneur a pu m’inspirer.

 

L’oraison thérèsienne

Sainte Thérèse d’Avila
Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) est entrée au carmel d’Avila à l’âge de 20 ans. Comme dans beaucoup de carmels en ce temps là, la règle de l’ordre y était vécue de façon mitigée. Elle s’en satisfit au long des 20 premières années de sa vie religieuse. Mais en 1555, elle décida de vivre pleinement sa vocation. A partir de 1557, elle connut de fortes expériences spirituelles, en particulier celle d’un ange qui lui transperça le cœur d’un dard, symbole de l’amour divin. A partir de là, elle se soucia d’un retour à la règle primitive de l’ordre, avec en particulier, une volonté de dépouillement. En 1562, elle fonda un premier monastère de stricte observance, l’ordre des « Carmes déchaux ». En 1567, elle encouragea saint Jean de la Croix a réformer à son tour la branche masculine de l’ordre. Durant 20 ans, elle mena une intense activité réformatrice avec 16 fondations féminines et 14 masculines tout en vivant une profonde expérience spirituelle.

C’est à partir de ses écrits « l’Autobiographie », « le Chemin de la perfection », « le Livre des Demeures » qu’il nous est en particulier donné de connaître sa méthode d’oraison, jaillie d’une vie mystique intense. Elle voit l’oraison comme une forme de prière fondamentale recommandable aussi bien aux débutants qu’à ceux qui sont plus avancés dans la vie spirituelle.

Méthode d’oraison selon sainte Thérèse d’Avila

• Se recueillir devant Dieu
Nous en sommes à la première phase, nécessaire à toutes les écoles de prière : la préparation. Ici, il s’agit de se signer, de fermer les yeux et de faire l’examen de conscience. Car, pour s’approcher de Dieu, il faut d’abord reconnaître sa misère, faire grandir son humilité et admirer sa présence : « au début et à la fin de l’oraison, même si vous atteignez une haute contemplation, appliquez-vous toujours, pour finir, à une meilleure connaissance de vous- même. »(1)

Cette première étape est très importante car elle fait naître le recueillement qui sera nécessaire à l’oraison. Pour cela, le silence est essentiel. Ainsi, vaut-il mieux s’entourer de conditions favorables : « l’habitude du silence est une grande chose pour l’oraison. »(2)

Ce qu’il faut rechercher, c’est le silence et la solitude intérieure, ne chercher que la présence de Dieu. Que l’âme se considère seule à seul avec Dieu.
Attention, il ne s’agit pas ici de faire le vide de son esprit pour se remplir de la présence de Dieu. Ce serait faire preuve de passivité. Il s’agit plutôt de faire attention à Dieu à tel point que l’on finisse par évacuer de notre pensée tout ce qui n’est pas lui. Cette oraison active et volontaire de l’âme, sainte Thérèse l’appelle contemplation ou oraison de quiétude ou encore union.

• Réaliser en soi la présence vivante de Jésus-Christ
Sainte Thérèse encourage à rechercher le Christ en le considérant comme un Ami : « Soyez avec lui comme avec un père, un frère, un ami, un époux. » Aussi, ne souhaite-t-elle pas que la prière soit cérébrale. Il faut y mettre de la simplicité, de la spontanéité. Elle veut rejoindre Dieu avec le cœur. A la base, le priant doit « se demander à qui il va parler et qui lui parle. »(3)

C’est la condition première de l’oraison où il ne s’agit pas de méditer sur Dieu mais de nouer un rapport intime avec le Seigneur.

Comment y parvenir ? A partir de la considération de l’humanité du Christ, nous dit sainte Thérèse. Pour elle, c’est le sens de la foi qui doit être premier sur l’imagination : « comme quelqu’un qui est aveugle, ou dans l’obscurité, qui bien qu’il parle avec une personne, sachant qu’il est avec elle  ne la voit pas pour autant. »(4)

L’attitude qui s’impose est de regarder le Christ : « Représentez-vous le Seigneur Lui-même auprès de vous, et considérez avec quel amour et quelle humilité, il vous instruit. Je ne vous demande pas pour le moment de penser à lui, ni de beaucoup raisonner, ni d’appliquer votre entendement à de grandes et délicates considérations, je ne vous demande que de le regarder. » « Dieu et l’âme se comprennent, sans autre artifice, ces deux amis se communiquent leur amour mutuel. Comme ici-bas deux personnes qui s’aiment beaucoup et se comprennent bien, semblent s‘entendre sans échanger un signe, rien qu’en se regardant. » Ce qu’il faut rechercher sans cesse, c’est l’union à Dieu : « vivre en gardant en moi la présence de Jésus-Christ, notre Bien et Seigneur. »(5)

• Converser avec le Christ
C’est l’aboutissement de l’oraison selon sainte Thérèse. C’est l’entretien cœur à cœur avec Dieu. « Vous voulez non seulement le regarder, mais soulager votre âme en lui parlant, non en disant des prières toutes faites, mais par des paroles jaillies de votre cœur en peine, ce qu’il prise hautement. »(6)

C’est le moment où l’âme parle avec vérité car elle ne cache plus rien de sa misère puisqu’elle se sait l’objet de la miséricorde divine. C’est le lieu de la liberté comme le feraient deux amis qui se parlent sans détour. Enfin, c’est l’oraison par l’amour où il ne s’agit plus « de beaucoup penser mais de beaucoup aimer. »(7)

Lorsque sainte Thérèse d’Avila a conçu sa « manière d’oraison » elle ne l’a pas pensée comme un degré supérieur dans la voie de la prière mais elle a cherché à mettre en place pour elle-même une relation personnelle à Dieu qui se fasse dans le silence de l’amour. Ici, tout est gratuit, il s’agit de se laisser aimer. L’oraison n’a qu’un but : demeurer dans la présence vivante du Christ : « elle n’est rien d’autre, à mon avis, qu’un commerce d’amitié où on s’entretient souvent seul à seul avec le Celui dont nous savons qu’il nous aime. »(8)

(1) Chemin de la perfection (2) Chemin de la perfection (3) Chemin de la perfection (4) Autobiographie
(5) Autobiographie (6) Chemin de la perfection (7) Le livre des Demeures (8) Autobiographie

 

L'oraison de l’école française

Une école de spiritualité sans doute moins connue que celles que nous venons de voir (école ignatienne, école carmélitaine) est celle de l’école française. Inspirée par le cardinal de Bérulle au XVIIème siècle, elle met le mystère de l’Incarnation au centre de la foi.

Présentation générale
L’école française est le fruit d’un mouvement religieux né à la suite des réformes du concile de Trente (1545-1563). Au XVIIe siècle, la France connaît alors un fort courant spirituel. C’est le temps où de grands religieux se côtoient : en France le cardinal de Berulle, saint François de Sales... en Italie saint Philippe Neri... Le cardinal de Berulle va mettre en place des oratoires (sociétés de prêtres que l’on appelle les Oratoriens). Des prêtres comme Charles de Condren, Jean-Jacques Olier, saint Jean Eudes adopteront tous la spiritualité bérulienne et forgeront ce que l’on appelle désormais l’école française de spiritualité. Saint Vincent de Paul, saint Louis-Marie Grignion de Montfort, saint Jean-Baptiste de la Salle, saint Alphonse Marie de Liguori, saint Pierre-Julien Eymard, bienheureux Antoine Chevrier... s’inscriront à leur tour dans cet élan.

Une spiritualité bérulienne
Tout commença avec le cardinal de Berulle qui, ordonné prêtre à l’âge de 24 ans en 1599, fréquenta le salon de sa cousine Madame Acarie où l’on échangeait sur un renouvellement de la foi, sur la fondation d’Ordres nouveaux et sur la réforme du clergé. Sous l’impulsion de ce salon, il introduisit en France les carmélites réformées (ste Thérèse d’Avila) auprès desquelles il découvrit l’imitation de Jésus-Christ dans son Incarnation. Sous l’exemple de saint Philippe Neri en Italie il entreprit d’œuvrer à la sanctification des prêtres et fonda l’Oratoire. C’est aux prêtres de l’Oratoire qu’il transmit son héritage spirituel qui se retrouve dans le sens de Dieu et le sens de l’adoration, le Christ au centre de toute vie, une tendre dévotion à Marie, le souci de la sainteté des prêtres. Le mystère de l’Incarnation est pour lui essentiel et c’est de là que part tout désir de sainteté et de perfection.
L’Incarnation a été le mystère d’abaissement le plus grand de Dieu. C’est en se faisant homme que le Christ s’est fait grand prêtre et donc capable d’offrande infinie à Dieu. En cela, nous devons l’imiter et la dévotion au Saint-Sacre-ment vient naturellement s’inscrire dans cette spiritualité.

Petit à petit, la place de Jésus-Hostie va gagner en importance. N’est digne de Dieu sur cette terre que l’unique sacrifice de Jésus (la Sainte Messe) par lequel Jésus y continue dans tous les siècles le même sacrifice et multiplie chaque jour son offrande sur les autels. Créature de Dieu, nous ne sommes rien, mais des riens capables de Dieu et le sens de notre existence ne trouve sa raison que dans l’offrande toute entière de notre vie en sacrifice d’amour et de louange à Dieu.

Dieu doit être au centre de toute chose et la parole de saint Paul : « Je vis mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » pourrait être comme la devise de l’école française. Monsieur Jean-Jacques Olier s’attachera à ne pas seulement considérer l’humanité de Jésus-Christ mais aussi sa divinité. Il nous invite à contempler l’intérieur de Jésus, ce qui échappe à la vue, et insiste beaucoup sur sa Résurrection. L’oraison silencieuse de Monsieur Olier est centrée sur Jésus : - Jésus devant les yeux (adoration), - Jésus dans le cœur (communion), - Jésus dans les mains (coopération).

Tout vise à laisser Jésus venir vivre et agir en nous par son Esprit.

Enfin, saint Jean Eudes, fera une synthèse de tout cela en fondant le culte du Sacré Cœur de Jésus. Par là, il s’agit de s’attacher à montrer l’amour humain de Jésus pour l’humanité et de pouvoir s’associer à sa prière au Père. Le Cœur était pour lui une manière d’entrer dans l’intimité de Jésus et de Marie qui en toute chose lui est très associée.
Méthode d’oraison selon Mr. Jean-Jacques Olier :

L’école française nous a laissé une méthode d’oraison par Monsieur Olier1. Elle se veut à l’intention d’un large public par sa simplicité et son grand sens pratique.

« Quand vous voudrez commencer votre oraison, la première chose qu’il faut faire est de renoncer à vous-même, parce que seul le vide de nous-mêmes peut y attirer Jésus-Christ. » Et une fois dépouillés de tout, alors nous pouvons prétendre à avoir « Notre Seigneur tour à tour : devant les yeux, dans le cœur, dans les mains. »

• Jésus devant les yeux
La première étape de l’oraison est l’étape de l’adoration. « La première et principale fin de toute prière et d’honorer et glorifier Dieu. Et, cela, en la personne de Jésus, l’unique et parfait Religieux du Père, qui nous considère comme ses temples pour le magnifier incessamment par nous, en nous et avec nous. Il suffit donc que nous lui disions simplement : ‘ Mon Seigneur Jésus-Christ qui êtes ma louange, je me complais et me réjouis en toutes les louanges que vous donnez à Dieu votre Père, je m’unis et me donne à vous pour l’adorer et pour le prier par vous et avec vous.’ » Au début de l’oraison, rester quelques temps en silence avec cette disposition et ce sentiment religieux au fond de l’âme.

• Jésus dans le cœur
La communion avec Dieu naît de l’adoration. Elle est le cœur de l’oraison mentale. C’est une communion spirituelle car c’est Dieu qui accorde ses propres dons par la seule grâce de l’Esprit Saint. Il s’agit tout simplement de demeurer en silence auprès de Dieu dans l’humble et confiante attente de l’onction divine. Nous ne sommes pas là dans des questions d’imaginations ou de lumières sensibles mais il faut seulement « se contenter de la simple foi et de la seule charité sans vouloir ressentir autre chose. »

• Jésus dans les mains
Dans la dernière étape, il ne  reste  plus  qu’à  recueillir le fruit de la communion spirituelle avec Jésus-Christ. M. Olier ne parle pas de résolutions à prendre mais plutôt de « coopération ». L’Esprit Saint agit désormais dans notre vie au-delà de notre volonté. Il ne reste plus qu’à le laisser agir.

« O Jésus vivant en Marie, venez et vivez en vos serviteurs, dans votre Esprit de sainteté, dans la plénitude de votre force, dans la perfection de vos voies, dans la vérité de vos vertus, dans la communion de vos mystères ; dominez sur toute puissance ennemie, dans votre Esprit, à la gloire du Père. Amen. »

   
  + Abbé Samuel Delmas
   

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