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  la prière - le signe de la croix
 

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que « le signe de la Croix nous fortifie dans les tentations et dans les difficultés » (§2157). En présence de manifestations présumées diaboliques, il est de tradition de faire usage de ce signe pour marquer sa fidélité à la lumière divine et rejeter l’esprit du mal.

Le geste de tracer un signe de croix sur le front est un des rites chrétiens les plus antiques. La croix, symbole principal du christianisme, est certes l’image du gibet de la crucifixion du Christ, mais sa symbolique est plus ancienne. Tracer une croix sur le front comme symbole d’appartenance à la communauté messianique était déjà utilisé comme marque distinctive dans l’Ancien Testament. Il se réfère à une prophétie du livre d’Ézéchiel (9, 4-6) : « Passe par le milieu de la ville, et marque d’un signe le front des hommes ». Les 144 000 élus mentionnés dans l’Apocalypse portent également au front un signe marquant leur consécration à Dieu, qui serait ce Tav (lettre hébraïque qui pourrait provenir d’une marque en forme de X, de croix).

   
 

Le geste de tracer une croix sur le front avec le pouce (signation) appartient au rite initial du baptême depuis l’Antiquité. Jusqu’au VIIe siècle, le signe de croix resta en général ce geste effectué sur le front avec le pouce. Son histoire  semble remonter à Tertullien qui a vécu entre 160 et 220 de notre ère. Il a écrit :

« Au moment de sortir et dans nos déplacements, au début et à la fin de toutes nos activités, au moment de nous habiller et de nous chausser, au bain, à table, en allumant les lumières, quand nous nous couchons, quand nous nous reposons, à chacune de nos activités, nous nous marquons le front avec le signe de la croix ».

Bien qu’il soit difficile de dire exactement quand le passage de la petite croix sur le front à la pratique moderne consistant à faire une croix plus grande partant du front à la poitrine et d’une épaule à l’autre, nous savons que le changement a eu lieu au XIe siècle. La façon de se signer a ensuite évolué, au fil du temps et des schismes qui ont séparé les Églises chrétiennes, en un geste plus ample et intégrant d’autres symboliques. Il se fait en prononçant les paroles suivantes : « Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, Amen », et marque l’adhésion à la foi et au mystère de la Sainte Trinité, c’est-à-dire l’unicité de trois personnes en un seul Dieu : Père, Fils et Saint-Esprit. Il rappelle en même temps la mort du Christ sur la croix et sa résurrection. Pour les catholiques, il consiste à toucher successivement, du bout des doigts de la main droite, son front, son cœur, son épaule gauche, puis son épaule droite.

Les orthodoxes le pratiquent dans un ordre différent, touchant l’épaule droite avant l’épaule gauche (le front symbolise l’esprit, le cœur la vie, l’épaule droite l’action dans la justice, et l’épaule gauche la miséricorde qui tempère la justice). Les trois premiers doigts de la main (pouce, index, majeur) réunis ensemble symbolisent la Trinité, les deux autres doigts évoquent les deux natures distinctes du Christ, vrai Dieu et vrai Homme. Pourquoi donc les Orientaux font-ils le signe de croix à l’inverse des Latins ? Comme chez les Latins, le prêtre byzantin bénit en traçant la croix de haut en bas puis de gauche à droite. Quant au fidèle, il reçoit la bénédiction donnée par le prêtre et l’accompagne sur son corps comme un miroir, d’où le mouvement identique de haut en bas et inversé de droite à gauche. Ainsi, a été adopté l’usage d’inverser le « sens » du signe de la croix.

Les catholiques réitèrent souvent le signe de la croix -les orthodoxes encore plus souvent - : à l’entrée des églises, après avoir trempé le bout de l’index et du majeur dans l’eau bénite, qui rappelle, à titre symbolique, le lavement des Hébreux avant d’entrer dans la tente où se trouvait l’Arche d’Alliance durant les 40 ans de pérégrination dans le Désert, mais aussi l’eau de baptême ; dans le cadre de la liturgie, il marque certaines étapes et accompagne les bénédictions.

Au XVIe siècle, l’un des principes de la Réforme protestante (sola Scriptura), selon lequel toute pratique n’étant pas conforme aux Écritures est rejetée, remet en cause les pratiques de piété traditionnelles. Les réformateurs anglais jugent que le signe de croix doit être laissé à l’appréciation de l’individu : « se mettre à genoux, faire le signe de croix, lever les mains, frapper sur la poitrine, et d’autres gestes, peuvent être utilisés ou abandonnés  selon la sensibilité de chaque individu » (Livre de Prière du Roi Édouard VI). Les Protestants en usent avec parcimonie (comme les luthériens) ou l’ont complètement abandonné.

Au moment de la proclamation de l’Évangile à la messe, prend place une variante du signe de la croix qui fait tracer trois petits signes de croix du pouce sur le front, la bouche et la poitrine. C’est l’une des marques de la vénération de l’Évangile. Cette manière de se signer trois fois remonterait au IXe siècle ; elle exprime le désir qu’a le fidèle d’accueillir cette Parole, d’en garder toute la bénédiction et de l’annoncer autour de lui. En effet, le front est le siège de l’intelligence, la bouche est l’organe du témoignage, et le cœur est le siège de l’amour. Par ce triple signe de croix, nous demandons au Seigneur de bénir et sanctifier ces trois endroits de notre corps qui symbolisent l’engagement de tout notre être au service de l’Évangile.

   
  + Abbé Christophe Lefebvre

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