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  la lectio divina
 

Dans l’exhortation apostolique Verbum Domini, qui faisait suite au synode extraordinaire des évêques sur la Parole de Dieu, le pape Benoît XVI s’est appliqué à mettre en valeur cet exercice spirituel qu’est la lectio divina. Elle est le fait de lire et de méditer la Parole de Dieu pour qu’elle devienne prière.

La Parole de Dieu est, à la base de toute spiritualité chrétienne authentique et le pape s’est d’abord appuyé sur le paragraphe 25 de la Constitution dogmatique Dei Verbum du concile Vatican II :

« Que les fidèles […] approchent de tout leur cœur le texte sacré lui-même, soit par la sainte liturgie, qui est remplie des paroles divines, soit par une pieuse lecture, soit par des cours faits pour cela ou par d’autres méthodes qui, avec l’approbation et le soin qu’en prennent les pasteurs de l’Eglise, se répandent de manière louable partout de notre temps. Mais la prière – qu’on se le rappelle – doit accompagner la lecture de la Sainte Ecriture ». 

Ce qui veut dire, que dans la lectio divina, il ne s’agit pas de faire une étude exégétique du texte, bien que des éléments scientifiques puissent porter la prière. Mais, comme le disait Origène, l’intelligence des écritures, plus encore que l’étude, demande l‘intimité avec le Christ et la prière :

« Applique-toi principalement à la lecture des divines Ecritures : applique-toi bien à cela […] En t’appliquant à les lire avec l’intention de croire et de plaire à Dieu, frappe, dans ta lecture, à la porte de ce qui est fermé, et il t’ouvrira, le portier dont Jésus a dit : ‘’A celui-là le portier ouvre’‘. […] Ne te contente pas de frapper et de chercher, car il est absolument nécessaire de prier pour comprendre les choses divines. » (Lettre à Grégoire)

 

Les quatre étapes

Eprouvée par les siècles, la lectio divina s’organise en quatre étapes : lectio, meditatio, oratio, contemplatio.

Lectio :
c’est la lecture du texte. Elle provoque une question qui porte sur la connaissance du contenu : que dit en soi le texte biblique ? C’est le premier souci qui est de comprendre ce que dit objectivement le texte. Pour cela il peut être bon de lire et relire le texte. Il s’agit de faire attention au contexte, d’imaginer la scène, de chercher à comprendre autour de qui elle est centrée, d’observer les différents personnages et l’évolution de leurs relations entre eux et avec le Seigneur. « Lisez le texte attentivement pour en pénétrer la signification ; ne vous contentez pas de parcourir superficiellement les mots, mais scrutez-les avec votre intelligence et gardez en soigneusement le sens. » (Un Père ancien repris dans Dei Verbum).

Meditatio :
elle intervient après la lectio et pose la question : que me dit le texte biblique ? Cette étape vise à se laisser toucher et remettre en question car il s’agit de considérer les paroles saintes dans le présent. Que me dit le Seigneur aujourd’hui ? Dans la tradition monastique on compare cette étape au travail de la fourmi ou de l’abeille selon l’image du livre des Proverbes : « Va voir la fourmi paresseux ! Observe ses mœurs et deviens sage... ! » (Pv 6, 6-8) Le 1er temps est celui de la « récolte diligente ». Par la mémoire je rapproche le texte lu d’autres passages de la Bible et je les mets en interaction. Le 2ème temps est celui de « l’élaboration ». Littéralement, le verbe grec « meletao » qui signifie : « faire son miel ». En latin, on parle plutôt de « ruminatio ». Après avoir ramassé différents éléments, comme l’abeille, on se renferme dans sa cellule pour élaborer le miel. « Celui qui médite la loi du Seigneur jour et nuit est semblable à celui qui rumine et goûte la Parole avec le palais du cœur. » (St Augustin). Le 3ème temps est le temps du discernement à la lumière divine. C’est le moment où la Parole de Dieu vient éclairer ma vie présente.

Oratio :
voici le temps de la prière qui suppose cette question : que dis-je au Seigneur en réponse à sa Parole ? Cela nous renvoie à l’article du mois de janvier où nous avions traité de l’oraison. La lectio divina devient dialogue avec le Seigneur où la demande, l’intercession, l’action de grâce, la louange sont la première manière par laquelle la Parole de Dieu me transforme.

Contemplatio :
c’est l’acceptation du regard de Dieu sur ma vie, ce qui me permet d’approcher la réalité en vérité. Cette étape pose la question : quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur me demande-t-il ?

Un soutien dans notre chemin de conversion

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique en parle comme de « l’expression simple du mystère de la prière. Elle est un regard de foi fixé sur Jésus, une écoute de la Parole de Dieu, un silencieux amour. Elle réalise l’union à la prière du Christ dans la mesure où elle nous fait participer à son mystère. » (CEC 2724). La contemplation est une grâce qu’il faut savoir attendre car contrairement aux trois étapes précédentes, ici c’est l’initiative divine qui est prédominante. La contemplation relève de l’action du Saint-Esprit qui investit la prière et la nourrit. Elle  offre  quatre  fruits  : la consolation qui est une joie spirituelle profonde ; le discernement qui est une capacité de choisir en conformité intérieure au Christ, selon Lui et comme Lui ; La délibération qui est la prise de décision de vivre selon l’Evangile ; l’action qui fait suite à la délibération et qui est l’assimilation à notre être d’un devoir évangélique.

Celui-ci n’est pas conquis à la force des poignets mais comme accueilli par le don du Saint-Esprit.

Bien sûr, tout cela peut paraître un peu trop organisé. Il semblerait que l’on ait affaire à une recette de cuisine ! Pourtant, la prière n’est pas seulement du temps abandonné à Dieu, c’est aussi du temps mis au service de Dieu et de notre sanctification et cela demande un minimum de méthodologie. Prenons comme exemple la Vierge Marie, modèle du priant. Il est courant de la représenter au jour de l’Annonciation à genoux en train de lire les Saintes Ecritures : « elle conservait avec soin toutes ces choses, en les méditant dans son cœur. » (Lc 2, 19. 51). Elle savait trouver le lien profond qui unit les évènements, les faits et les réalités dans le grand dessein de Dieu.

Enfin, nous n’oublierons pas que même si la lectio divina paraît être un exercice solitaire elle n’en est pas moins ecclésiale. La Parole de Dieu s’adresse à chacun personnellement, mais c’est aussi une Parole qui construit la communion, qui construit l’Eglise.

En bref, la lecture de la Parole de Dieu nous soutient dans notre chemin de conversion, approfondit notre appartenance à l’Eglise et nous fait entrer dans une familiarité plus grande avec Dieu. Sainte Ambroise aimait à dire que lorsque nous prenons avec foi les Saintes Ecritures et les lisons avec l’Eglise, l’homme revient se promener avec Dieu dans le paradis (Verbum Domini § 87).
   
  + Abbé Samuel Delmas
   

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