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  l'oraison
 

La prière est un don de Dieu. « Dieu veut, de toute éternité, la prière que je fais ici et maintenant, dans le temps, en vue d’un certain effet, également voulu de toute éternité. » (1)

Cependant, c’est selon ma liberté que je fais cette prière. C’est parce que j’ai mis en œuvre des actes d’amour et de foi. Et Dieu, dans sa grande liberté m’exauce. C’est par la grâce Divine, par l’action de l’Esprit- Saint que nous pouvons prier et que Dieu nous exauce.

Rappelons-nous que Dieu n’a jamais voulu accomplir son dessein de salut sans la collaboration de l’humanité. La prière est un des moyens par lesquels nous collaborons au projet de Dieu. Elle revêt de multiples visages : la personne qui égrène son chapelet, le moine qui célèbre l’office divin... L’oraison est un de ces visages ; c’est une forme de prière personnelle, toute intérieure, d’une durée conséquente (entre ¼ d’heure et une heure). Prenons le temps de considérer cet exercices spirituel.

La méditation

Au commencement de la vie spirituelle, l’oraison prend habituellement la forme de la méditation. Peu à peu, cet exercice va se simplifier et quitter les aspects réflexifs pour devenir une prière plus contemplative.

 

La méditation constitue une forme très traditionnelle de l’oraison. Ici, celui qui prie est le principal acteur et il met en œuvre son intelligence de manière importante, il fait un effort de réflexion personnelle sur un sujet choisi d’avance (Ancien ou Nouveau Testament ; mystères proposés par la liturgie ; tel événement ou aspect de sa vie relue à la lumière de la foi...). La conduite et la mise en forme des pensées est un point incontournable. Voici ce qu’écrivit sainte Thérèse d’Avila à ce sujet : « Les âmes qui commencent à s’adonner à l’oraison... tirent péniblement l’eau du puit. Elles se fatiguent pour recueillir leurs sens habitués à se répandre. Leur devoir est de s’appliquer à méditer la vie de Jésus Christ et cet exercice n’est pas sans fatiguer leur entendement. C’est là, ce que j’appelle : tirer l’eau du puits, et Dieu veuille qu’il y en ait. »(2)

Dans la méditation, l’intelligence du priant va procéder à l’étude afin de mieux connaître Dieu pour s’unir davantage à lui.

De la méditation vers l’oraison

La frontière n’est pas toujours très nette entre méditation et prière. En principe, soutenue par la grâce, la méditation tend à se transformer en prière. Remarquons que la prière ne peut se réduire à un simple exercice de méditation car alors ce ne serait que penser. Or, si nous sommes invités à penser à Dieu c’est autrement que par la seule attention et compréhension de sa personne. A la méditation, il faut laisser aller son coeur et son amour pour faire grandir le sentiment d’unité. Il est indispensable de prendre conscience que Dieu est présent. Ainsi, la méditation peut s’épanouir en prière, elle peut s’ouvrir à la rencontre du Bien-aimé. Lorsque je prends comme support à la méditation un passage des Saintes Ecritures, la méditation sera un passage obligé. Plus que réfléchir sur la Parole de Dieu c’est la répéter intérieurement, la ruminer, la triturer, la mastiquer... Ce n’est pas encore l’heure des conclusions, des décisions, des résolutions. Par la méditation, on cherche le sens qui, lorsqu’il aura été trouvé par l’âme, ouvrira la porte à la contemplation.

L’oraison

Il s’agit de passer de la réflexion à la prière du croyant. Celui qui médite la Parole fait jaillir de son coeur la prière. Il n’est plus question de chercher à comprendre, de lire ou de penser. Nous sommes en présence de Dieu. Je parle à Dieu avec mon cœur.

L’oraison peut prendre des formes variées selon les moments :

• « L’oratio compunctionis » (la prière de componction au sens de prière de regret des offenses) : la Parole de Dieu éclaire subitement l’âme et alors comme Adam et Eve nous nous retrouvons à nu. Jaillit alors une conscience douloureuse de notre péché, de notre fragilité mais aussi la résolution de prendre un chemin de conversion. C’est l’attitude de ceux qui avaient entendu saint Pierre après la Pentecôte : « Ceux qui l’entendaient furent remués jus-qu’au fond d’eux-mêmes ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères que devons-nous faire ? » (Ac 2, 37)

•  « L’oratio petitionis » (la prière de demande) : c’est un véritable appel au secours fondé sur les paroles mêmes du Christ : « Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte. » (Mt 7, 7)

• « L’oratio eucharistica » (la prière d’action de grâces) : l’âme perçoit que tout est don de Dieu, que tout dans sa vie est traversé par la grâce divine. Jésus lui-même éprouva cette prière joyeuse : « Je te rends grâce, Père céleste, parce que tu as révélé ces choses non aux sages et prudents de ce monde, mais aux pauvres, aux humbles, aux simples ». (Mt 11, 25) Suivons l’invitation de l’Apôtre : « A tout instant, nous rendons grâce  à Dieu. » (1 Th 1, 2)

• « L’oratio laudativa » (la prière de louange) : c’est la prière des anges et des bienheureux dans le ciel. Nous possédons tout lorsque nous avons Dieu avec nous. Il est quasiment impossible de mettre des mots sur ce sentiment. Il s’agit de la louange spontanée qui saisit tout l’être et y demeure longtemps.

Dans un autre article nous verrons des méthodes concrètes d’oraison selon les grandes écoles de spiritualité (ignatienne, carme, française). Elles ont pour but de donner consistance à la prière qui veut durer dans le temps. Elles sont la rampe qui permet d’avancer sur le chemin.

« L’âme a donc vu qu’elle ne peut atteindre par elle-même la douceur désirée de la connaissance et de l’expérience. Plus elle s’élève, plus Dieu est distant. Alors elle s’humilie et se réfugie dans la prière... Seigneur, j’ai cherché votre visage ; j’ai médité  dans  mon  cœur,  et  dans ma méditation s’est développé immensément  un feu,  le  désir de vous connaître davantage. Quand vous me rompez le pain des Saintes Ecritures, vous m’êtes connu par cette fraction de pain ; plus je vous connais, plus je désire vous connaître, non plus seulement dans l’écorce de la lettre, mais dans la connaissance savourée de l’expérience. Et je ne demande pas ce don à cause de mes mérites, mais en raison de votre miséricorde. Donnez-moi Seigneur, les arrhes de l’héritage futur, une goutte au moins de la pluie céleste pour étancher ma soif, car je brûle d’amour. » (3)

(1) Un Chartreux, La prière, Presses de la Renaissance, p. 54
(2) Therese d’Avila, autobiographie, chapitre 11
(3) Guigues Le Chartreux, lettre 6, 45

   
  + Abbé Samuel Delmas
   

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