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Abbé Grégory Woimbée Curé-Archiprêtre
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Cours & Conférences

  à propos de la liturgie
 

Pensez-vous que pour les chrétiens d'aujourd'hui la liturgie soit véritablement source et sommet de leur vie ?

C’est plus exactement le « sacrement de l’Eucharistie » qui est la source et le sommet de toute la vie chrétienne (Lumen Gentium n°11). La liturgie est l’ensemble des actes du culte public rendu à Dieu par son peuple. Que Dieu nourrisse ceux qui célèbrent sa gloire en les incorporant à son dessein universel de salut ne signifie pas, hélas, que les chrétiens aient suffisamment conscience de la place de l’Eglise et des sacrements dans leur acte personnel de foi ni qu’ils accordent suffisamment d’importance aux implications de cet acte de foi dans la conduite d’une vie sainte comme du visage qu’ils donnent personnellement de l’Eglise. « Dans la genèse de l’athéisme, les croyants peuvent avoir une part qui n’est pas mince, dans la mesure, où par la négligence dans l’éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire d’eux qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le révèlent » (Gaudium et Spes n°19). C’est l’un des buts pratiques de la liturgie que de dévoiler l’authentique visage de Dieu et de la religion.

   
 

On constate souvent un manque important de formation de la part des fidèles. Comment y remédier alors que la messe occasionnelle est souvent leur seul point de contact avec l'Eglise ?

Tout simplement par la beauté. Les Chrétiens, et ils l’expriment souvent avec culpabilité – ce qui n’est certainement pas le meilleur moyen d’aborder le problème – leurs difficultés à vivre l’Eucharistie notamment. Ils négligent sa dimension communautaire et fraternelle et attendent une recette magique « individuelle ». La meilleure des formations n’est pas livresque, elle est dans l’économie des sacrements. L’Eucharistie ne doit être isolé ni des autres ni des autres sacrements, et simultanément. Une Eucharistie inféodée au regard des autres ne serait qu’un acte sociologique, une Eucharistie qui serait séparée du salut d’autrui ne serait qu’un acte psychologique. La réponse actuelle n’est pas exclusivement didactique, elle doit être empirique. L’Eglise est « le lieu où fleurit l’Esprit Saint » (Catéchisme de l’Eglise Catholique n°750). A mon sens, cette formation empirique (le fait d’acquérir en acte la forma Christi) repose sur nos perceptions, la compréhension que nous en avons (le sens que nous leur donnons) et ce que nous en faisons par les choix que nous faisons. Il n’y a pas de transformation spirituelle sans une perception qui la fonde. La meilleure formation est donc la beauté, la splendor veritatis. Depuis le XVIIIe siècle, la philosophie a fait de l’esthétique un ensemble de règles extérieures d’une beauté construite par la raison, et nous confondons alors l’esthétisme et la beauté. L’esthétisme est un culte ou une science de la beauté. Pour nous, la beauté est la perception initiale du mystère de Dieu. Nous ne rendons pas un culte à la beauté, mais la beauté rend un culte à Dieu. La beauté le fait percevoir, et le percevoir le fera peut-être choisir. 

Si vous deviez résumer votre action de formation liturgique auprès de vos fidèles à trois points. Lesquels seraient-ils ?

Mon action se limite à veiller à ce que la liturgie soit l’équilibre entre le beau de ce qui est montré, le vrai de ce qui est confessé et le bon de ce qui est décidé. La liturgie est une mise en œuvre et non un « discours sur ce qui devrait être fait » Elle est le fruit et l’état d’une communauté, plus ou moins fervente, plus ou moins unie. C’est le lien de la charité qui unifie les différents aspects de la liturgie. Ce serait mon premier point. Vient ensuite la « noble simplicité » du rite romain : la parole ne retentit que dans le silence et les âmes ne sont unies que si elles sont unies au même Dieu. Cette sobriété et cette efficacité des signes passent par un grand respect pour les rubriques fixées par l’Eglise. Ce serait mon second point. Vient enfin la «participation active » qui procède d’un fait intérieur, sinon le geste devient une gesticulation et la parole devient une harangue. La formation liturgique repose finalement sur l’enseignement d’une ascèse spirituelle. On ne peut être le signe de la Résurrection du Christ à moindre frais, sans faire violence à « l’emprise de la chair », sinon la liturgie devient l’enjeu de lubies et luttes de pouvoir qui la discréditent.  

Pensez-vous que la manière dont vous célébrez la liturgie dans votre paroisse a une influence évangélisatrice sur les fidèles ?

Pour être franc, je l’ignore et je dois, à titre personnel, continuer de l’ignorer. Si je devais m’attribuer une influence évangélisatrice, en plus d’oublier que Dieu seul donne la foi, je ferais de l’évangélisation une mécanique. L’évangélisation est d’abord un témoignage qui repose davantage sur la sainteté personnelle que sur la manière de faire ceci ou cela. Je répondrai donc ainsi à votre question : « en dépit de celui que je suis, j’espère ne pas aller à l’encontre de ce qui dispose l’homme à recevoir l’Evangile dans son cœur ».  

Les fidèles sont-ils rebutés ou attirés par une liturgie qui laisse la place au mystère, au sacré, à une certaine "théâtralisation" de la liturgie ?

Les moyens liturgiques contribuent, mais ils ne font pas la liturgie. Et la débauche des moyens, s’ils sont déconnectés de la fin qui est l’union intime avec Dieu et son prochain, est orgueilleuse et dangereuse. Le théâtre, comme le cinéma ou le roman, est une fiction, il raconte une histoire. Contrairement au cinéma ou au roman, il la représente sur une scène. La liturgie raconte une histoire et la représente, mais ce qui la distingue, entre autres choses, c’est qu’elle n’a pas de spectateurs et qu’elle ne vise pas à divertir l’assistance. L’assemblée toute entière célèbre, non pas en faisant comme les ministres de l’autel, députés par Dieu (lorsqu’ils agissent in persona Christi) et par l’Eglise lorsqu’ils agissent in nomine Ecclesiae), mais en participant à l’œuvre du salut en s’offrant soi-même à Dieu, à l’Eglise, à son prochain. Le spectateur au théâtre est appelé à faire une offrande, à payer son siège d’où il sera diverti l’espère-t-il, le célébrant à la messe (tous les membres de l’assemblée) est appelé à s’offrir lui-même. Les fidèles veulent que la liturgie signifie clairement celui qui les a réunis et qui est Dieu lui-même, c’est le sens de la qahal des Hébreux, c’est le sens de l’ecclesia des Chrétiens. Cette verticalité est le contraire d’une théâtralisation. Le spectateur reprend sa vie après la pièce, il est content ou mécontent, le célébrant reprend sa vie pendant la messe, il est habité, investi de la grâce que le sacrement a réactivée ou réactualisé en lui. Le spectateur dit : « Quelle belle pièce ! » ou « La pièce était ratée » ; le célébrant dit plutôt : « Amen ! Alléluia ! » (« C’est vrai et cela fait toute ma joie ! »)

On objecte parfois qu'en liturgie la forme ne doit pas prendre le pas sur le fond. Qu'en pensez-vous ?

Il ne faut jamais, à aucun prix, séparer les deux.

Je vous répondrai à la manière du métaphysicien. Imaginez une statue : elle est faite d’une matière (cause matérielle), elle est sculptée (cause efficiente), elle représente quelque chose (cause formelle) qui doit être reconnu par d’autres (cause finale). En liturgie, l’Esprit cisèle pour l’accomplissement de son dessin qu’est l’union à Dieu, en donnant la forme du Christ, car le Christ est bien le visage de la liturgie, ce qu’elle représente, son Mystère. Vient enfin sa matière : l’humanité. Tout cela pour dire qu’il ne faut pas négliger la « matière » (ce que vous appelez la forme) car le but c’est que cette « matière » prenne la « forme » (ce que vous appelez le fond) du Christ.

Il se peut aussi que vous entendiez « forme » au sens d’apparences extérieures ou de rites tandis que « le fond » serait ce que signifient ces rites, un culte intérieur, un sacrifium laudis. Si vous négligez la forme au nom du fond, vous estimez que votre foi n’a pas à être vécue ou exprimée, vous faites de votre foi une opinion. Si vous négligez le fond au nom de la forme, vous estimez que la religion l’emporte sur la foi, vous faites du rite un simulacre.

Les paroisses ont-elles encore les moyens de proposer une animation chorale de qualité ?

La question n’est pas : « De quels moyens disposons-nous ? » Par définition les moyens dépendent de la fin. Nous avons des yeux parce que nous voyons. Nous ne voyons pas parce que nous avons des yeux. Anaxagore a tort. La fin précède le moyen, elle le cause. Autrement dit la question est : « Que voulons-nous faire ? » et « Que pouvons-nous faire, dans la situation qui est la nôtre, pour parvenir progressivement (car la patience, l’endurance et la persévérance sont essentielles) à créer les conditions d’un renouveau musical dans nos paroisses ? » Cela ne peut se faire qu’en établissant de bons principes : « Quel est le ministère d’un chœur liturgique ? », « Quel est son rôle dans la liturgie ? ». Il s’agira ensuite de corriger de mauvaises habitudes, de motiver et d’inciter des personnes à s’investir dans le chant et la musique. Cela prend du temps mais ne souffre pas l’improvisation. Le service des frères dans l’ordre de la prière commune implique beaucoup d’humilité et un peu de talent. La musique est présente dans notre société, les gens chantent, jouent d’un instrument en grand nombre, peu en font bénéficier la liturgie. Il faut donc réintégrer les chanteurs et les musiciens, surtout lorsqu’on considère la beauté et la richesse du patrimoine musical et vocal de l’Eglise.

Y a-t-il encore confusion entre le rôle du prêtre et celui des laïcs dans les paroisses d'aujourd'hui ?

Je n’ai jamais connu cette situation. Dans toutes les situations de la vie ordinaire, il n’est pas rare que « tout le monde » veuille commander. La confusion, si elle existe, se fait entre « pouvoir et service ». Mais la relation entre prêtre et laïcs ne repose pas d’abord, heureusement, sur une question de pouvoir, mais sur une relation pastorale ou filiale qui n’est que l’écho de la relation à Dieu, en Christ, par le don de l’Esprit. Le prêtre doit nourrir, doit soutenir, doit éclairer. Il a à offrir quelque chose qu’on ne peut donner à sa place. Les laïcs font un travail remarquable ; sans eux le ministère de beaucoup de prêtres, dont le mien, serait insupportable, non seulement parce que le fardeau serait trop lourd, mais encore parce que leur ministère perdrait son sens. Par expérience personnelle, je vous dirai que les laïcs ne font presque jamais cette confusion, et que s’il y a confusion entre le rôle des laïcs et celui des prêtres, elle vient presque toujours des prêtres, qu’ils cléricalisent ou qu’ils infantilisent.

Quelle peut-être la place pour les actes para-liturgiques : processions, chapelets, adoration, chemin de croix ? Est-ce que ce sont des dévotions définitivement dépassées ?

Le culte populaire est légitime et a acquis, au cours de l’histoire ses lettres de noblesse. Un directoire de l’Eglise nous permet de le mettre au service de la liturgie et du sens de la foi des fidèles. Ces dévotions sont très répandues et fréquentées à Perpignan, et contrairement à ce qu’une caricature méprisante et élitiste laisse à penser, elles ne sont que très rarement folkloriques, dans la mesure où serait évacué leur signification spirituelle. C’est une opposition rapide entre religiosité et foi, entre sacré et foi, c’est le rêve d’une foi chimiquement pure pour un petit nombre d’initiés qui voit dans la masse l’ignorance, ou l’instinct grégaire. Comme curé, j’ai appris à respecter, à estimer ces œuvres de la foi, à apprendre d’elles et surtout à me laisse édifier par les nombreux témoignages qu’elles suscitent. 

A l'occasion des baptêmes ou des funérailles le public est très souvent éloigné de l'Eglise. Quelle place pour la liturgie dans ce cas ?

La liturgie de l’Eglise exprime dans la réalité visible et commune ce qui dépasse cette réalité visible et commune, non seulement du côté de la cause, mais aussi du côté de l’effet. Nous ne sommes jamais les maîtres des fruits de la liturgie. Il ne faut pas négliger son caractère ‘miraculeux’ d’interpellation y compris de ceux qui sont éloignés de l’Eglise. Ce qui semble inutile a vue humaine, et qui doit le sembler, est nécessaire aux yeux de Dieu, car ces gestes, notamment lors des funérailles, manifestent la miséricorde de Dieu, de grands bras ouverts victorieux de la mort et du péché. C’est souvent épuisant et ingrat pour le célébrant, mais c’est la part de croix du Christ qu’il porte. L’amour de Dieu n’est pas toujours reconnu, et il doit être reconnu pour être accepté. Le ministre, parfois seul, souvent démuni, manifeste une grâce toujours donnée. L’absence de gratification d’un ministère ne signifie pas qu’il ne sert à rien : cette ‘gratuité ingrate’ reflète la grâce inépuisable du Christ en son Eglise.

La question des messes de funérailles pose un vrai problème dans les campagnes. On a vu des situations où, pour ne pas faire de jaloux, le prêtre a tranché radicalement: seuls les laïcs seront habilités à faire des funérailles. Comment réagissez-vous face à cela ?

La célébration des funérailles est un « sacramental » et non un « sacrement ». L’Eglise peut donc y députer un ministre laïc. Mais attention, c’est bien l’Eglise qui agira à travers lui. Il s’agit d’un ministère institué (et non pas improvisé). Lorsque l’idéologie remplace l’intelligence pastorale des situations par laquelle on privilégie, non pas une façon de faire, mais la solution qui préservera une relation pastorale (au Christ, à l’Eglise) de croissance et d’accompagnement, on s’enferme dans une logique administrative. Selon les lieux, selon les personnes, selon les situations, l’Eglise doit assurer son ministère. Aucun modèle pastoral prédéfini ne remplacera le prêtre. Autrement dit, rien ne s’oppose à ce que des laïcs célèbrent des funérailles chrétiennes lorsque la situation l’exige : la mort a été suffisamment ensauvagée pour ne pas y ajouter l’absence de la prière de l’Eglise. Cela étant dit, que des laïcs puissent le faire lorsque la situation l’exige ne signifie pas que le prêtre doivent s’exonérer de ce ministère. Qu’il ne puisse toutes les célébrer ne signifie pas qu’il ne puisse pas être présent à chaque fois à un moment de la relation pastorale d’accompagnement des familles en deuils et de prière pour le défunt. La solution est dans une vraie pastorale des funérailles dans laquelle travaillent ensemble des prêtres, des diacres et des laïcs. Une organisation « collégiale » pourra permettre au prêtre d’être même plus présent. Il faut agir en fonction de la situation REELLE sans arrière-pensée idéologique et assurer le mieux possible la présence de l’Eglise auprès du défunt et de sa famille, un ministère d’intercession et de compassion.

L'avant et l'après messe sont souvent bien oubliés... On ne se prépare plus guère à la messe et l'action de grâce après la communion est elle aussi très courte. N'est-ce pas indispensable d'honorer ces deux rendez-vous de prière silencieuse avec le Seigneur ?

La préparation intérieure comme l’action de grâce sont des périodes de silence indispensables. Il faut considérer qu’elles sont des parties de la messe. Dans la première, le cœur se tient prêt à écouter, dans la seconde, il y écrit le mot joie. 

Vous avez certainement remarqué l'évolution de  l'ars celebrandi des cérémonies pontificales. Comment expliquez-vous la lenteur qui préside à toute réforme des pratiques ?

La réforme d’une pratique est toujours liée à la réforme d’une personne. Ce n’est pas la théorie qui gouverne la pratique, ce n’est pas un discours ni même un ensemble de règle qui ont prise sur le réel, ce sont les personnes qui les mettent en pratique. Or, dans la pratique religieuse, le pratiquant n’est jamais extérieur à ce qu’il fait ; c’est l’intériorité d’une âme retournée par le Saint Esprit qu’il exprime. Qui dit ars, dit artistes pour le pratiquer. Et nous savons bien qu’un peintre ne se contente pas des règles de sa discipline, qu’il fait autre chose qu’exprimer des règles, qu’il représente le réel. L’ars celebrandi requiert des personnes habitées et transformées par ce qu’elles célèbrent. C’est l’être entier qui se convertit et qui devient un homme neuf. Et ce processus prend du temps, et ce processus doit prendre beaucoup de temps, pour n’être pas qu’une apparence trompeuse et superficielle, sans hauteur, sans profondeur, plate et sans vision. Il faut vaincre des habitudes et des certitudes. 

La liturgie peut-elle avoir un rôle... social ?

Comme l’a rappelé le cardinal Henri de Lubac, « l’Eglise fait l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Eglise ». La liturgie n’a pas seulement un « rôle » social, elle a une « dimension » sociale, premièrement dans sa signification universelle (le salut de Dieu offert à tous les hommes et accompli en Jésus-Christ), deuxièmement dans sa célébration communautaire (d’une assemblée qui est peuple, corps et temple de Dieu), troisièmement dans ses implications relatives à l’exercice concret de la charité. Ce dernier point a été vigoureusement rappelé par le pape Benoît XVI.

   
  + Abbé Grégory Woimbée

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