Accueil > Les paroisses catholiques > Se laisser enseignerConférences de CarêmeQue vienne Ton règne

Se laisser enseigner

Contact
Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
06 23 73 49 78 Contact
Mieux connaitre pour mieux aimer

Conférences de Carême 

   

Paternité divine & paternité humaine.

   
  Alain Camps
   
 

« Père » c’est à ce titre que votre curé, vicaire général, Jean-Paul Soulet m’a demandé de réfléchir au parallèle que l’on peut faire entre « Paternité humaine & Paternité divine ». Voici les fruits de ma réflexion.

Génèse du Notre Père

Dans son Evangile, au début du chapitre 11, Luc évoque la genèse de la prière des chrétiens, il nous dit :
«  Jésus était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. »
Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Notre Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne.
Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour.
Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. »

Notre Père... Ce sont les premiers mots que Jésus laisse à ses disciples quand ils lui demandent : "Seigneur, apprends-nous à prier." Ce sont aujourd'hui encore les premiers mots de la prière de millions de chrétiens. Mais que disons-nous vraiment quand nous appelons Dieu "Père" ?

Le Père créateur

Tout d’abord, nous reconnaissons en Dieu, notre créateur. Quand nous proclamons notre foi nous commençons notre prière par : « Je crois en Dieu le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre »

Oui, Dieu nous a créés. En ce sens , il est donc notre Père. A première vue cela paraît logique.  A la réflexion, cela n'est pas si simple. D'abord, pourquoi ne pas dire que Dieu est notre mère ? Rappelons le contexte  de l’époque avec une société patriarcale, où le père est la figure centrale de la famille. Du point de vue génital, l'Antiquité pensait que l'enfant à naître était tout entier contenu dans la semence du père, la mère ne fournissant que le placenta nourricier. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner si la Bible a retenu l'image du père pour dire l'origine. A nous de corriger et de comprendre que la paternité de Dieu transcende la paternité humaine et même l’on pourrait dire qui Dieu est à la fois "père et mère" ou bien que Dieu est un « père avec un coeur de mère ».
Oui, « Je crois en Dieu le Père tout puissant créateur du ciel et le la terre »
Au début de la Bible, le livre de Genèse s’ouvre par ces mots « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. » et  tout ce que Dieu créé, il le crée par sa Parole
Dieu dit « Que la lumière soit et la lumière fut. »
Dieu dit: " Qu'il y ait un firmament entre les eaux, et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux. "
Et, à la fin de chaque jour Dieu contemple sa création et « Dieu vit que cela était bon. » La création le comble de joie. L’acte de création n’est pas un acte mécanique c’est un acte rempli d’amour et de joie.
Puis,  toujours par sa Parole,  Dieu a crée l’homme et la femme :
Dieu dit: " Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux domestiques et sur toute la terre, et sur les reptiles qui rampent sur la terre. "
Le projet de Dieu est que l’homme et la femme soient associés à cet acte de création. Nous sommes des co-créateurs. A ce titre, il nous confie la nature.
Dieu nous a donné son souffle vivant, Dieu nous a donné la vie.
Dieu nous a donné de nommer toute chose,
Dieu nous a donné un monde à transformer,
Oui je crois que Dieu existe et qu’il nous a créés.
On ne peut que s’émerveiller devant la beauté de la création. En contemplant le Canigou enneigé, en regardant la mer, en entendant le gazouillis des oiseaux, je ne peux que rendre grâce et dire Merci Seigneur !
Dans ce monde moderne, plus rien ne nous étonne, plus rien ne nous émerveille. Tout est trop facile, on ouvre le robinet et l’eau coule, on ouvre le frigo et il est rempli de victuailles, on appuie sur l’interrupteur et la lumière jaillit. Chers amis, émerveillez-vous tous les jours de la beauté de ce que Dieu Père créateur nous donne.

Moi qui suis plutôt cartésien et scientifique, je crois que la vie n’est pas le fruit du hasard.
Je n’ai pas de preuve que Dieu existe mais je n’ai pas non plus de preuve que Dieu n’existe pas.
Mais ce qui m’aide à croire c’est de contempler cette création où tout est en équilibre. Par exemple, si les forces électromagnétiques contenues dans les atomes étaient à peine un peu plus fortes ou un peu plus faibles, cet équilibre serait rompu et ce serait le chaos.

Ce qui m’aide à croire réside dans le mystère de la vie.

Dieu nous dit ensuite « Soyez féconds multipliez vous »
Nous avons eu la joie avec Claude d’accueillir à deux reprises dans notre foyer la vie. Deux enfants Guillaume et Adeline quelques années plus tard.
Quelle joie d’apprendre que de notre amour la vie a germé !
Quelle joie d’entendre dès la première visite chez le médecin le petit coeur de cet enfant battre déjà!
Quelle joie de percevoir cette vie qui s’épanouit !
Je dis volontairement percevoir, deviner car pendant le temps de la grossesse, il est vrai le sentiment de devenir Père se construit petit à petit. Cette paternité se construit dans l’attente d’une personne qui grandit à distance. Dans ce premier temps, la paternité se vit sans aucune réciprocité.
Puis vient le moment de l’accouchement avec son lot d’inquiétudes pour la maman, pour le bébé, inquiétude  qui cède très vite la place à une immense joie d’accueillir cette vie qui nous est confiée.
La naissance permet au père d’accueillir cet enfant dans ses bras. Et petit à petit, le père et l’enfant s’apprivoisent et la paternité prend sa véritable dimension dans cette relation qui se construit.
Être Père va bien au-delà du rôle biologique de géniteur. Ëtre Père c’est accueillir avec amour cet enfant qui nous est confié pour l’accompagner sur le chemin de la vie. Et cela me remplit de joie.
Oui, mon Dieu je te confirme que cela est bon, que cela est très bon !

Un Père qui fait alliance avec les hommes : un Père nourricier et protecteur.

Dieu est notre Père parce qu’il nous a créés. On pourrait laisser croire que Dieu est un Dieu tout-puissant, un Dieu lointain  avec une emprise totale sur notre vie. Non, Dieu nous a créés libres.
Nous ne sommes pas des marionnettes dont il tire les ficelles, ni des robots pré-programmés.
Dieu au contraire se veut proche des hommes qu’il a créés.
Alors, Dieu va se révèler peu à peu. Dieu va faire alliance avec les hommes. C’est cette histoire que nous pouvons trouver dans l’Ancien Testament.
Pour Israël, Dieu s’est révélé Père dans l’acte par lequel il a libéré son peuple de l’oppression égyptienne et lui a promis assistance tout au long de son histoire. Il ne s’agit pas d’une paternité biologique mais d’une paternité d’ordre spirituel qui résulte d’une adoption, d’une élection d’Israël par Dieu dont la transcendance n’empêche pas la proximité affectueuse.
C’est lui qui conclut une alliance avec Noé, Abraham ou Moïse. Il révèle son Nom à Moïse dans le buisson ardent. Son nom en hébreu est  « Yavhweh » que l’on peut traduire par « Je suis » mais un « Je suis » à la fois conjugué  au présent et conjugué au futur comme pour dire « Je suis avec vous aujour’dhui » et « Je m’engage envers vous et vous n’avez pas fini de découvrir qui Je suis ». Dieu se révèle.
Dans la Bible, il est dit qu'après la sortie d'Egypte, Dieu accompagne son peuple:
*Lorsque celui-ci murmure parce que l'eau est amère, Dieu lui donne l'eau douce.
*Lorsque celui-ci murmure parce qu'il a peur de mourir de faim, Dieu fait "pleuvoir" le pain du ciel.  la manne
*Lorsque celui-ci murmure à nouveau parce qu'il a peur de mourir de soif, Dieu donne l'eau du rocher.
*Lorsque les fils d'Israël ont peur pour leur sécurité notamment des attaques dans le désert, Josué agit et Moïse prie...... et Dieu donne à chacun la force, le courage d'aller jusqu'au bout de sa mission. Il aide à persévérer, à ne pas baisser les bras...
Dieu est toujours là pour donner, pour encourager, pour accompagner, pour protéger...
Dieu "pleut" vers l'homme. Il est Don gratuit et généreux. Il donne avec abondance sans rien attendre en retour.
La "pluie" divine est tenace, elle frappe doucement -mais sûrement- à la porte des coeurs humains.

Dans le désert, Dieu est un Père nourricier, qui prend soin de son peuple.

Aussi, Dieu donne à son peuple un repère : La Loi :les dix commandements. Les dix Paroles de Vie qui sont comme des phares qui guident le peuple d’Israël sur la route de l'Alliance.

L’alliance proposée par Dieu est une invitation pour l’homme à suivre un chemin. Dieu n’oblige pas, il invite. Chaque homme est invité mais l’homme est libre et parfois dévie du chemin proposé. Alors, il s’éloigne de Dieu et cède à la tentation proposée par le mirage des idoles. Rappelez-vous le passage sur le Veau d’or. Si l’homme est parfois infidèle, Dieu lui reste toujours fidèle.

Dieu s’est choisi un peuple et se veut présent au coeur de sa vie.
Dieu parle à son peuple par la voix des prophètes. Dieu est présent, proche, attentionné, généreux. Il propose une alliance à l’homme qu’il destine à partager sa vie et son amitié. Dieu est un Père proche qui établit petit à petit une relation d’amour avec son peuple.
De même, un père terrestre et son enfant vont se découvrir progressivement. Ils vont s’apprivoiser comme dirait le Petit Prince.
Un enfant s’éveille à la vie, un enfant qui grandit.
C’est le temps des apprentissages. Il va apprendre à parler. Quand on est parent, quelle joie de se sentir reconnu tout d’abord par un sourire qui éclaire son visage et fait pétiller ses yeux malicieux. Quelle joie d’entendre ces gazouillis qui se transforment au fil du temps pour nous donner un nom Maman, Papa. Quel joli cadeau !
Puis, il va apprendre à marcher en nous tenant la main. Ensuite, vient le temps de l’école avec l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, du calcul...Aussi, il ne faut pas oublier d’apprendre à aimer, à partager, à être ouvert aux autres et dépasser les barrières de l’égoïsme.
Du point de vue éducation, il faut savoir accompagner, donner des repères, donner la main en sachant très bien qu’il faudra un jour la lâcher pour qu’il vole de ses propres ailes.
De même pour la foi, très tôt, un père et une mère apprennent à leur enfant à connaître Dieu, à connaître Jésus, à se confier à la tendresse de Marie. Dans nos églises, le dimanche, certains paroissiens se retournent agacés lorsque un bébé pleurent, chouine ou gazouille. Nous avons eu la chance que notre curé de l’époque nous encourage  en disant que les enfants s’expriment dans la maison du Seigneur qui est aussi leur maison. Ainsi, Guillaume et Adeline nous ont accompagné à la messe dès leur plus jeune âge. Puis, c’est le temps de l’éveil à la foi, le temps du KT, la première des communions et l’aumônerie jusqu’à la confirmation.
En tant que diacre, lors de la préparation au baptême, je rencontre de nombreux parents et lorsque l’on évoque la question du KT, certains parents me disent que leur enfant choisira le moment venu. C’est sûr que si on met le KT en concurrence avec le foot ou la danse, effectivement on ne peut pas lutter.
Tout est question de priorité ! Pour moi, Dieu doit avoir la première place.
Pour moi, être père et même être parent implique un temps où l’on décide ce qui est bon pour son enfant en lui montrant le chemin qui nous paraît le meilleur pour être heureux dans la vie. Une fois passée la confirmation et l’arrivée de l’adolescence, des questions nouvelles apparaissent :
« Papa, je suis obligé de venir à la messe ? ». Je lui réponds « Non, personne n’est obligé mais Jésus t’invite. »
De lui-même, Guillaume a décidé de continuer en aumônerie en participant aux temps forts proposés par le diocèse, en participant au pèlerinage des jeunes à  Assise sur les pas de Saint François, en effectuant plusieurs séjours à Taizé, en entreprenant cette grande aventure les JMJ à Cracovie que nous avons vécues ensemble, par sa participation à l’orchestre diocésain.

Depuis septembre, il est devenu lui-même animateur d’aumônerie. Ëtre un jeune animateur de 20 ans auprès des jeunes, c’est un témoignage fort.  Pourvu que ça dure !

Rassurez-vous, avec nous ses parents, il n’en reste pas moins un Ado rebelle avec la crise qui va avec. Il teste nos limites...Dans ces moments de tensions, je repense au verset 8 du psaume 145.
« Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. »

Ainsi, la relation père-fils se construit peu à peu pour faire une alliance d’amour à l’image de l’alliance de Dieu avec les hommes.

Un Père qui s’incarne pour se donner tout entier.

Alors, l’histoire de l’alliance se poursuit et Dieu veut aller plus loin pour conclure avec son peuple une nouvelle alliance. Pour cela, il va s’incarner, il va prendre notre condition humaine pour se donner totalement en son Fils Jésus.
La figure de Joseph
Pour accomplir son projet, il va s’appuyer sur deux OUI qui vont changer la face du monde.
Le OUI de Marie donné à l’Ange Gabriel au jour de l’annonciation. C’est un OUI fondamental. Mais,il ne faut pas oublier le OUI de Joseph qui est aussi fondamental. Voici le songe de Joseph évoqué dans l’Evangile de Matthieu au chapitre 1 versets 18 à 25.
« Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ.
Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet, lorsque l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :
«Joseph, fils de David,  ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse :
l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;  elle mettra au monde un fils,
auquel tu donneras le nom de Jésus, c’est-à-dire : « le-Seigneur-sauve »,
car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils,auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».
Une fois réveillé, Joseph fit comme l'Ange du Seigneur lui avait prescrit:
il prit chez lui sa femme;  et il ne la connut pas jusqu'au jour où elle enfanta un fils,
et il l'appela du nom de Jésus. »
Dieu s’est incarné, il s’est homme, il s’est fait vrai homme. Il n’a pas fait semblant. Pour cela, Dieu a besoin d’un Père nourricier pour Jésus son Fils. Par l’intermédiaire de l’ange, c’est Joseph qu’il choisit ;  c’est à Joseph  qu’il confie cette mission.

Étymologiquement le nom  de “Joseph” serait le participe passé du verbe hébreu qui signifie à la fois « augmenter » et « retrancher » En un sens, en tant que père nourricier,  Joseph a fait augmenter Jésus. Il a autorité sur Jésus au sens qu’il a capacité à le faire grandir (auctoritas vient du verbe augere). On lit dans l’évangile de Luc (2,51-52) que Jésus était soumis à Joseph et à Marie et qu’il croissait en sagesse en taille et en grâce. Joseph est l’instrument de cette croissance, de cet augmentum.  Joseph est aussi celui qui a retranché Jésus. Il l’a retranché de la fureur d’Hérode notamment lors de la fuite en Egypte. Il l’a soustrait aux regards indiscrets pour que l’Incarnation du Verbe s’accomplisse en silence dans l’établi de Nazareth. Saint Joseph est ce Père protecteur.

A nouveau, l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit :
"Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse, parce que Hérode est en train de chercher l’enfant pour le tuer."
Il se leva, prit avec lui l'enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte. (Mt 2, 13-14)
Joseph : l'homme qui se lève. Se lever à une signification spirituelle.
Se lever signifie prendre ses responsabilités. Joseph est un modèle d'époux et de père responsable. C’est lui le chef de la famille.
Se lever signifie aussi vivre de foi et d'espérance. Homme de foi, Joseph connaissait l'histoire du peuple d’Israël, l’histoire de l’alliance de Dieu avec les hommes.
L'Egypte est un lieu connu de l'Ancien Testament. C’est un lieu de rédemption, de libération.
Le patriarche Joseph fut vendu par ses frères et, après son périple dans le désert,  aboutit en Egypte. Il devint progressivement le grand intendant du pharaon, et il parvint à sauver ses frères de la famine.
L'Egypte est surtout connue pour le dur esclavage qu'y a vécu tout le peuple hébreu et dont Dieu seul avait pu le libérer, par Moïse (Exode).
La fuite en Egypte du Christ est donc rédemptrice.
Joseph se tient auprès de Jésus, le Sauveur, avec une espérance nourrie de toute cette histoire.
Pendant la fuite en Egypte, la famille est confiée à la garde de l'homme, que Dieu juge suffisante, si cet homme obéit à sa volonté et se laisse guider par Dieu.

Saint Jean Paul II explique le sens et la mission de Joseph : (Jean Paul II, Redemptoris custos n° 14)
"De même qu’Israël avait pris le chemin de l’exode pour commencer l’Ancienne Alliance, de même Joseph, dépositaire et coopérateur du mystère providentiel de Dieu, veille aussi en exil sur celui qui réalise la Nouvelle Alliance."
Par sa conduite, saint Joseph est un modèle pour les pères d’aujourd’hui et rappelle par son exemple que la règle suprême à suivre pour tous doit être la volonté de Dieu. Dieu a une volonté sur la vie de chacun. Il est fondamental de savoir l’écouter.
Saint Joseph n’était pas un grand prêtre, c’était un laïc; saint Joseph n’était pas un intellectuel, c’était un artisan. Eh bien, tout en étant immergé dans les problèmes matériels, il ne laissait pas étouffer sa vie intérieure et il savait se tenir en contact avec Dieu. Il avait une foi profonde, et s’est abandonné en toute confiance au projet de Dieu.. Il a su accueillir en Marie et en Jésus le projet de Dieu.
A l’image de saint Joseph, un père terrestre doit savoir se montrer autoritaire au sens premier du terme, Faire grandir et se montrer protecteur pour ces enfants. Il doit aussi se tourner vers le Père du ciel pour lui confier sa vie, prier pour sa famille, prier pour ses enfants afin de faire SA volonté.
Grâce à ces deux OUI, le OUI de Marie et le OUI de Joseph , Dieu s’est incarné. Il s’est incarné en Jésus.

Jésus nous révèle le Père : un Père miséricordieux, un Père qui est tout amour ;

Le Nouveau testament va éclairer de façon incomparable et définitive le visage de Dieu. C’est Jésus qui va nous révéler le visage du Père.
Dans le prologue de  son Evangile, Saint Jean nous dit
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu …Dieu personne ne l’a jamais vu, le Fils unique, qui est dans le sein du Père c’est lui qui a conduit à le connaître. » Le Père et Jésus sont de même nature. L’unité absolue dans laquelle se trouvent le Père et le Fils permet à Jésus de révéler le Père à travers  sa personne. En Jean14.9 il nous redit « Celui qui m’a vu a vu le Père »
Le Christ parlant de son Père  à ses disciples utilise à plusieurs reprises « Votre Père qui est aux cieux ».
Jésus est venu dans ce monde révéler son Père en nous redisant que Dieu est un Dieu plein d’amour , un Père miséricordieux.
D’une manière pédagogique, Jésus va illustrer ces propos par des paraboles, dont la plus connue est la parabole du Fils prodigue. Personnellement, je préfère parler de la parabole du Père miséricordieux.

Rappelez-vous, le fils va voir son Père et lui dit :
"Donne-moi ma part d'héritage...".
Le fils pense aux biens matériels, à l'argent,... Il n'a pas compris l'essentiel, il n'a pas compris quel héritage il était important de recevoir pour Vivre Pleinement.  Le père ne va pas contre la volonté de son fils; il le laisse avancer à son rythme, il le laisse vivre sa vie...
Et pour nous, quel héritage est-il important de recevoir de nos parents? Leurs biens matériels, leur argent ou leur amour, leur courage, leur tendresse, leur générosité,...,? Et pour nous qu’attendons- nous de Dieu ?
Puis "Il partit pour un pays lointain".
Le jeune homme veut vivre sa vie seul, séparé. Il coupe le lien avec son père pour devenir indépendant ( le mot "lointain" nous indique la distance, le fait de ne plus avoir besoin de...). Peut être un peu comme nous lorsque nous pensons ne plus avoir besoin des conseils, de l'amour, de l'aide de nos parents... Peut-être un peu comme nous, lorsque nous disons que nous n'avons pas besoin de Dieu, que nous pouvons vivre sans Lui. Notre monde est un monde qui a tendance à se passer de Dieu en donnant une place importante aux nouvelles idoles que constituent l’argent, l’apparence, les biens matériels auxquels on s’attache MA voiture, MON téléphone, MA tablette, MON ordinateur et pour les plus jeunes MA console….et en oubliant l’essentiel.
"Il gaspilla toute sa fortune en menant une vie de désordre."
Le jeune homme pense vivre en profitant, en dépensant excessivement,... Il gaspille donc, dilapide sa fortune, brûle sa vie par les deux bouts ... Mais un jour, l'essentiel vient à lui manquer: "Une grande famine survint." Il connaît alors le manque, le dénuement, la misère... Il n'a plus rien... En se coupant de son père qui était source de richesse, l'enfant s'appauvrit. En sectionnant nos liens d'amour, nous ruinons peu à peu notre vie. En nous coupant de Dieu, source de dons merveilleux, source d'Une Vie généreuse, nous nous isolons d'un luxuriant "Trésor".
Mais tout n’es pas perdu
"Alors, il réfléchit."
Dans nos moments de manque, dans ces moments où tout semble noir, où nous avons l'impression d'être seuls au ras de la terre, il faut savoir que La Pleine Lumière, Source de Fécondité, existe toujours et qu'Elle ne nous abandonne pas!
"Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance."
Le Père peut offrir à chacun ce qui lui est nécessaire pour Vivre Pleinement. Encore faut-il retourner vers Lui, recréer, de notre côté, le lien.
"Il partit donc pour aller chez son père."
Nous aussi, quels que soient nos manques, nos erreurs, la distance que nous avons mise entre L'Amour et nous, nous pouvons reprendre Sa route et cela sans aucune crainte
Dieu nous attend patiemment. Il attend que nous revenions à Lui. Il voit notre envie de changer de vie: Comme pour le retour du Fils prodigue, il se précipite à notre rencontre diminuant ainsi le chemin qu’il nous reste à parcourir. Il se met même à courir. Et tout cela parce qu'Il nous aime infiniment. Dans la parabole, il ouvre les bras pour accueillir son Fils , il le couvre  de baisers, lui donne de nouveaux vêtements, il fait tuer le veau gras pour faire la fête..
Pour passer du manque, de la sécheresse, de la "mort" à La Pleine Vie  il faut retourner vers Dieu et accueillir ses dons ( se laisser envelopper, couvrir, habiller de grâce, accepter de rétablir le lien, l'alliance: la bague-).
" MON FILS ETAIT MORT, IL EST REVENU A LA VIE!
L'Amour de Dieu ne donne pas de part d'héritage. Il est comme une source qui coule sans cesse et qui s'offre continuellement aux hommes. Encore faut-il revenir vers Lui et se laisser toucher et transformer par Sa Générosité sans fin! Oui Dieu est un Père miséricordieux dont l’amour n’a pas de limite.
Le Père Guy Gilbert aime partager cette histoire vraie qui traduit cette parabole de nos jours.
"C’est une histoire vraie: Jean, 20 ans, avait fait une crasse immonde à ses parents. Vous savez... la crasse dont une famille ne se remet pas, en général. Alors son père lui dit: “Jean, fous le camp! Ne remets plus jamais les pieds à la maison!“
Jean est parti, la mort dans l’âme.
Et puis, quelques semaines plus tard, il se dit: “J’ai été la pire des ordures! Je vais demander pardon à mon vieux... Oh oui ! Je vais lui dire: pardon.”
Alors, il écrit à son père: “ Papa, je te demande pardon. J’ai été le pire des pourris et des salauds. Mais je t’en prie, Papa, peux-tu me pardonner?” “Je ne te mets pas mon adresse sur l’enveloppe, non... Mais simplement, si tu me pardonnes, je t’en prie, mets un foulard blanc sur le pommier qui est devant la maison. Tu sais, la longue allée de pommiers qui conduit à la maison. Sur le dernier pommier, Papa, mets un foulard blanc si tu me pardonnes.” “Alors je saurai, oui je saurai que je peux revenir à la maison.”
Comme il était mort de peur, il se dit: “Je pense que jamais Papa ne mettra ce foulard blanc. Alors, il appelle son ami, son frère, Marc et dit: “Je t’en supplie, Marc, viens avec moi. Voilà ce qu’on va faire : je vais conduire jusqu’à 500 mètres de la maison et je te passerai le volant. Je fermerai les yeux. Lentement, tu descendras l’allée bordée de pommiers. Tu t’arrêteras. Si tu vois le foulard blanc sur le dernier pommier devant la maison, alors je bondirai. Sinon, je garderai les yeux fermés et tu repartiras. Je ne reviendrai plus jamais à la maison.”
Ainsi dit, ainsi fait. A 500 mètres de la maison, Jean passe le volant à Marc, et ferme les yeux. Lentement, Marc descend l’allée des pommiers. Puis il s’arrête. Et Jean, toujours les yeux fermés, dit: “Marc, mon ami, mon frère, je t’en supplie, est-ce que mon père a mis un foulard blanc dans le pommier devant la maison ?“ Marc lui répond: “Non, il n’y a pas un foulard blanc sur le pommier devant la maison... mais il y en a des centaines sur tous les pommiers qui “conduisent à la maison!”

Puissiez-vous, Frères et Sœurs, vous qui avez entendu cette belle histoire du foulard blanc, emporter dans votre cœur des milliers de foulards blancs Ils seront autant de miracles que vous sèmerez partout, en demandant pardon à ceux que vous avez offensés ou en pardonnant vous-mêmes. Alors vous serez des êtres de miséricorde"  "Mes plus belles prières", Guy Gilbert.
Ainsi est Dieu. Dieu est un Père miséricordieux, un Dieu d’amour. Un Dieu fidèle  qui nous attend et  qui pardonne.

Tous enfants d’un même Père

Jésus nous révèle son Père et nous dit que nous sommes tous appelés à devenir enfants de Dieu et ainsi partager l’héritage paternel comme nous le dit Saint Paul dans sa lettre aux romains : « L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers: héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ »

Saint Paul aussi prend l’image du corps pour affirmer que nous sommes tous reliés au Christ, greffés sur le Christ qui est la tête de ce corps.

Ainsi, nous sommes tous Fils et Filles de Dieu et c’est pourquoi  nous disons NOTRE Père. Nous ne disons pas MON PERE, comme si Dieu appartenait à chacun de nous de manière exclusive, de manière unique.
En disant NOTRE, nous associons toute l’humanité qui est appelée à connaître Dieu et à l’aimer. Nous associons les personnes que nous aimons (et c’est  facile) nous associons les personnes qui nous laissent indifférent, nous associons les personnes que nous n’aimons pas assez ? Comment puis-je dire NOTRE PERE, si j’éprouve dans mon cœur de la haine pour mes frères. Comment puis-je dire NOTRE PERE si les personnes autour de moi ne comptent pas ?
En ce temps de carême qui débute, dans nos prières demandons à Dieu, d’ouvrir notre cœur pour poser sur chacun de nos frères un regard aimant, pour que nous puissions les regarder avec les mêmes yeux que Dieu qui est NOTRE Père, Un père créateur, Un Père nourricier et protecteur, Un Père miséricordieux un Père qui est TOUT AMOUR.
Pour conclure, je souhaite vous partager ces mots du Pape François qui constituent la préface de sa belle  méditation sur le Notre Père.
« Père » : comment prier sans prononcer, sans entendre ce mot ?
Qui prier ? Le Dieu tout-puissant ? Trop lointain, je ne réussis pas à l’entendre : le Christ ne l’entendait pas lui non plus. Qui prier ? Le Dieu cosmique ? De nos jours, prier le Dieu cosmique est la mode….
Tu dois prier le Père ! Prier une parole aussi forte que celle de « père ». Tu dois prier celui qui t’a engendré, qui t’a donné la vie. Il l’a donnée à tous assurément ; mais « tous » est trop anonyme. Il te l’a donnée à toi, il me l’a donnée à moi. Il est aussi celui qui t’accompagne dans ton cheminement ; il connaît tout de ta vie, ce qui est bon et ce qui l’est moins. Si nous ne commençons pas la prière par ce mot, prononcé non pas avec les lèvres mais avec le cœur, nous ne prions pas en « chrétien ».
Nous avons un Père. Très proche, qui nous étreint. Tous les soucis, toutes les préoccupations que nous pouvons avoir, abandonnons-les au Père : lui sait de quoi nous avons besoin. Mais ce mot « Père », quel sens a-t-il ? Mon Père ? Non : notre Père ! Car je ne suis pas fils unique, aucun de nous ne l’est, et si je ne peux pas être frère, je pourrai difficilement devenir le fils de ce Père, puisqu’il est le père de tous. Le mien, certes, mais aussi celui des autres, de mes frères. Et si je ne suis pas en paix avec mes frères, je ne puis lui dire « Père » à Lui.
On ne peut prier avec des ennemis dans le cœur. Cela n’est pas facile, je le sais. « Père », je ne peux dire « Père », je n’y arrive pas. C’est vrai, je le comprends. « Je ne peux pas dire « Notre », puisque mon frère, mon ennemi m’a fait ceci ou cel. Ils doivent aller en enfer. Ils ne sont pas des miens ! » C’est vrai dire « notre Père » ce n’est pas facile. Mais le Christ nous a promis l’Esprit Saint : c’est Lui qui nous apprend de l’intérieur, du coeur, comment dire « Père » et comment dire « notre ». Demandons à l’Esprit saint de nous apprendre à dire « Père » et à savoir dire « notre » en faisant la paix avec tous nos ennemis.

Alors, unis dans un même Esprit, je vous invite si vous le souhaitez à redire la prière que Jésus nous a transmise, en union avec toutes les personnes que nous portons dans notre cœur et que nous aimons, en union avec toutes les personnes que nous n’aimons pas assez.

Du fond du cœur, disons :

Notre Père…..

 

   

Vous aimerez aussi ...