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Se laisser enseigner

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Conférences de Carême 

   

Pardonne, pardonnons

   
  Père Benoit de Roeck
   
 

« Pardonne-nous nos offenses
comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés »

Dans la 5° demande du Notre Père, nous avons cette proximité dans ce que nous demandons au Père, et ce que nous sommes appelés à vivre ici-bas. Nous demandons le pardon pour nous-mêmes, comme nous sommes appelés à pardonner à nos frères les hommes. Ce « comme » fait beaucoup réfléchir, parce qu’il introduit une notion de comparaison. Mais ici, la comparaison est de manière évidente inversée. Nous voulons pardonner, parce que le Père nous enseigne comment pardonner. Il ne s’agit pas de s’engager dans une telle démarche parce que nous aurions la crainte de quoi que ce soit, quand bien même les Saintes Ecritures nous disent que ceux qui ne voudraient pas pardonner se condamnent eux-mêmes.
Cette démarche est comparable à celle que nous vivons dans le Sacrement de la Réconciliation lorsque nous bénéficions du Pardon divin. Il nous y est demandé de faire contrition, parce que la contrition exprime notre peine d’avoir offensé le Père par notre péché. Cela se distingue de l’attrition, qui elle exprime le regret par crainte d’un châtiment.
Ainsi, à l’école du Christ, dans son enseignement tellement exemplaire qu’il l’a accompli dans sa chair, nous voulons apprendre à pardon d’une manière bien plus parfaite que nous envisageons être capables de le faire.
En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander :
« Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? »
Jésus lui répondit :
« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. »
(Mt 18, 21-22)


Nous pardonnons

Aborder la 5° demande du Notre Père au cœur de notre temps de Carême vient nous rappeler l’essentiel de la démarche du Carême : nous voulons vivre une vraie conversion du cœur. C’est d’ailleurs l’essentiel de toute vie chrétienne. Et celle-ci ne peut se faire en vérité sans entrer dans une démarche de miséricorde et de pardon. Pour autant, il ne s’agit pas seulement d’une demande de pardon personnelle, mais aussi d’une forme d’imitation du Seigneur. La demande que nous adressons au père nous fait donc entrer dans une démarche de vérité, pour autant que nous ne la formulions pas de manière machinale, ou mécanique, mais que nous la prononcions « de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit » (…..), et j’ajouterai, de toute notre volonté.

Le pardon n’est pas d’abord un acte moral

Souvent, lorsqu’il s’agit de pardonner à quelqu’un, l’on entre très rapidement dans des considérations d’ordre moral. Il y a des choses qui sont bien difficiles à pardonner, et cette démarche en elle-même est déjà bien difficile par nature. Il est plus facile de se positionner en juge… Il est plus facile d’introduire des degrés dans ce que nous sommes appelés à pardonner. L’homme cherche toutes les bonnes raisons de ne pas accorder son pardon.
Sur bien des points, nous évoquons alors ce qui nous a mis dans la situation de celui qui doit pardonner ou se faire pardonner. Il y a des circonstances atténuantes, la faute de l’autre, qui m’a mis dans telle ou telle situation. C’est le fameux exemple d’Adam et Eve dans le péché originel : « C’est la femme que tu m’as donné… », où la cause première de la faute aux yeux d’Adam sera Dieu lui-même, qui lui a donné cette femme qui s’est elle-même laissé séduire par le serpent…

Un apprentissage du Pardon

Il est nécessaire de vivre un apprentissage au pardon. Nous devons maîtriser quelque chose qui dépasse les élans de notre nature. Cet apprentissage se fait par un acte de volonté, il n’y aucun doute là-dessus. Il se fait aussi par un mimétisme, en suivant un exemple. C’est d’ailleurs une grande responsabilité des adultes devant les jeunes générations : il n’y a rien de pire comme exemple qu’un adulte qui proclame : « je ne te pardonnerai jamais » !
Qui plus est, cet apprentissage est continuel, c’est-à-dire que nous ne maîtrisons jamais pleinement l’art du pardon ici-bas. Il y a là clairement une frustration, que nous ne savons pas vraiment dépasser.

L’exemple de la vie conjugale

Lorsque l’on prépare un couple au mariage, nous parlons bien évidemment de la qualité de communication entre les époux, et celle-ci ne peut s’obtenir si les époux font l’impasse sur le pardon. J’invite pour ma part systématiquement les fiancés à avancer dans une démarche de prière commune, durant le temps de fiançailles, mais qui fondera leur prière conjugale à laquelle je les invite à être fidèles de manière quotidienne. A mes yeux, celle-ci est indissociable d’une démarche de pardon. Il y a tous les jours, dans la vie communautaire, des petites choses à pardonner. Celles-ci semblent parfois insignifiantes, mais si l’on ne sait pas se pardonner les petites choses, comment pouvons-nous envisager de pardonner celles qui, un jour peut-être, surviendront avec plus de poids et de douleur ?
A l’image du sportif, nous ne pouvons pas gagner les Jeux Olympiques si, tout au long de l’année, nous ne suivons pas un entraînement régulier. Demandez à notre Martin catalan ! Le pardon demande donc un entraînement. Et si parfois, il se heurte au découragement, il ne suit, là encore, l’exemple du Christ…

Désir de pardonner

Lorsque nous regardons le Christ en pensant au prix du pardon, l’image qui nous vient immédiatement est bien entendu celle de la Croix. Le fameux : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Déjà Jésus assume la faute de ceux qui le tuent. Mais en plus, il implore la Miséricorde du Père. Si le Christ n’était qu’un homme, nous pourrions souligner une belle force d’âme. Mais il est Dieu… Et d’ailleurs, c’est l’une des réponses qui est souvent faite devant le constat d’un pardon non accordé. Aurions-nous su pardonner ce que Jésus a pardonné ? Il est Dieu, je ne le suis pas… Et je me cache derrière ma faiblesse pour ne pas même désirer faire l’effort de pardonner.

Rechercher une perfection toute divine

Mais en matière de vie chrétienne, nous ne pouvons pas nous contenter de cela. Le nivellement par le bas et le relativisme n’ont pas leur place. « Vous-mêmes, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Lorsque Jésus s’adresse ainsi à ses disciples, il ne leur annonce pas une réussite morale, ou sociale, à l’image de cette perfection lisse que l’on constate dans les images véhiculées dans notre société : il faudrait que rien ne dépasse, dans la publicité, mais aussi dans la nature humaine. La perfection dont parle le Seigneur ici est celle que nous sommes appelés à rechercher certes avec une exigence personnelle et communautaire, mais aussi celle qu’Il nous a acquise par Grâce !
En matière de Miséricorde, nous voyons donc que c’est en le fréquentant, en l’imitant, que nous serons capables de perfectionner notre manière de pardonner au plan personnel comme au plan communautaire ! Mais c’est également en accueillant la manière dont il agit en nous par sa Grâce. Nous en voyons un effet toujours remarquable lorsqu’au sortir du Sacrement de Réconciliation, nous retrouvons un vrai souffle de vie, et le désir d’offrir à ceux qui nous entourent le même souffle de vie. Ce qui n’est alors pas encore pardonné est en bonne voie de l’être…

Un combat

Imiter le Christ, c’est le reconnaître comme la source et l’exemple ultime de toute miséricorde.  Ainsi, nous ne voulons pas laisser notre regard se détourner de Celui qui nous a tout donné, y compris de manière concrète, dans son élan de Miséricorde. Ce désir donne toute sa valeur à l’antienne que nous disons au Psaume d’invitatoire des offices du temps du Carême dans la Liturgie des Heures : « Les yeux fixés sur Jésus Christ, entrons dans le combat de Dieu ». Ce combat n’est donc pas avant tout le nôtre, mais bien celui de Dieu, auquel nous nous associons, dans lequel nous entrons…
Nous sommes dans une lutte qui a une intensité toute intérieure, avec une incidence claire dans notre attitude et nos relations extérieures. La tension qu’il y a entre notre désir et la réalité peut nous sembler parfois compliquée à assumer. Nous connaissons bien cette considération de St Paul dans la lettre aux Romains :
« Ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. » (Rm 7, 18-19)

Scrupule ou négligence

Le risque est alors de se placer dans deux attitudes opposées : la négligence ou le scrupule. Sans jugement de valeur, nous pouvons considérer que les deux attitudes existent dans la vie chrétienne. Beaucoup de personnes tiennent le péché pour négligeable : une médisance ? Un petit mensonge ? Il y a clairement l’influence délétère d’une ambiance de société où aujourd’hui le mensonge, la tromperie ou l’infidélité sont promus de différentes manières. Mais cela ne supprime pas la nécessité d’avoir une vraie conscience de la responsabilité personnelle sur les actes posés. Nous pouvons parler par exemple de Robin des bois, qui ne vole qu’aux riches… mais qui vole quand même… (Ceci dit, c’est pire lorsque l’on vole aux pauvres pour donner aux riches, je suis bien d’accord !)
A l’inverse, nous assistons aussi, assez régulièrement, à un regard scrupuleux sur le péché. Celui-ci se traduit par une perpétuelle inquiétude, elle-même alimentée par un regard ou une imagination qui interprète toute chose dans le sens du mal. Tout devient suspect, dangereux. Il ne faut pas nier bien sûr que le Malin est malin, et qu’il cherche à nous piéger.
Notre regard doit rester objectif, pour ne pas tomber dans une espèce de noirceur perpétuelle, qui conduit de façon quasi-systématique à ce que j’appellerai de la déprime spirituelle.

Le pardon, un sacrifice ?

Je ne suis pas juge

Pour vivre cela, il me semble donc très important de veiller à voir ce qu’est réellement l’acte de miséricorde. Nous avons eu la Grâce de vivre il y a deux ans une belle « année de la Miséricorde » à l’appel du Pape François. Cette année nous a permis d’approfondir la notion de Miséricorde, et de mesurer à quel point le Seigneur voulait tout donner pour que l’homme revienne à sa nature profonde.
Lorsque nous-mêmes sommes appelés à faire Miséricorde, nous sommes invités à endosser la même attitude. Il y a là un premier sacrifice : nous ne nous positionnons pas en juge de nos frères, alors que c’est bien souvent le premier élan du cœur de l’homme. Cet élan, est celui qui conduit la loi du talion : puisque tu as fait cela, je te ferai cela.
Seulement, le Seigneur nous appelle à une démarche bien différente :
« Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. » (Lc 6, 27-29)
Cela signifie que nous sommes appelés non seulement à passer au-delà de notre propension à juger, mais également à sacrifier notre amour-propre pour permettre à l’autre de vivre ! Pardonner, c’est rendre à l’autre sa dignité, son bonheur auquel nous ne pouvons rien retirer, quand bien même il nous aurait fait le plus grand tort !

Bénéficier de la Grâce

L’expression « faire grâce » vient alors tout naturellement répondre à cet appel du Seigneur. C’est en quelques sortes cette capacité à rendre à l’autre sa dignité antérieure. Nous pouvons penser à cette attitude du souverain qui accorde un grâce à un prisonnier, lui rendant ainsi sa liberté.
Mais faire grâce, c’est aussi accepter de se retrouver soi-même dans la situation antérieure, où je suis à nouveau vulnérable devant celui qui m’a fait du tort. Je perds le confort de savoir que sa liberté est bridée. Il ne s’agit plus d’être dans une « position de force », mais bien de se retrouver dans la position de faiblesse. Je fais donc le sacrifice de ma puissance (au moins apparente), pour accepter de me faire faible devant celui qui était faible par le tort qu’il m’avait fait.
Lorsque nous bénéficions de la Grâce que Dieu nous fait en nous pardonnant nos péchés, nous pouvons considérer cette action remarquable du Seigneur, qui vient se mettre dans une position de faiblesse. L’image du Serviteur souffrant dans le livre d’Isaïe, ou encore du Christ se mettant à genoux devant celui qui va le livrer est en ce sens très parlante. Il se fait effectivement, réellement, efficacement petit devant moi, pour me rendre cette dignité que j’avais perdue par mon péché.
Ce même abaissement, nous le retrouvons dans l’Eucharistie, où Dieu lui-même se fait nourriture pour fortifier l’homme blessé. Nous l’appelons Sacrifice du Salut, parce que Dieu s’y donne complètement, concrètement, en nourriture pour notre vie. Nous l’appelons Sacrement du Salut, parce qu’il vient relever l’homme blessé, lui montrer toute cette dilection que Dieu a pour lui. Cependant, avant de communier, il est important que l’homme se soit disposé à recevoir ce Bien ultime. Une réconciliation antérieure est nécessaire. C’est ce que la Liturgie nous fait vivre lorsque nous vivons la liturgie pénitentielle au début de la Messe, à l’image de ce à quoi le Seigneur nous appelle :
« Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. » (Mt 5, 23-24)
Si nous sommes invités à demander pardon à notre frère, combien de fois plus devons-nous demander pardon à Notre Père du Ciel !

Attitude d’humilité

Celui qui entre dans la dimension du sacrifice est celui qui offre ce qu’il est ou ce qu’il a en vue d’un bien plus grand. Cela demande une humilité étonnante. En effet, nous pourrions nous placer dans l’attitude du maître, lorsque nous sommes nous-mêmes appelés à pardonner : « vois donc ma générosité, n’oublie que tu me devras de la reconnaissance ». Mais nous le voyons bien, une telle démarche ne serait pas vraie, parce qu’elle est marquée par l’orgueil.
La démarche d’humilité de celui qui pardonne, comme de celui qui est pardonné demande d’être vécue avec persévérance. Il y a certainement des moments où l’amertume semble plus forte, où notre force semble disparaître. Il s’agit à ce moment-là de puiser la véritable humilité là où elle se trouve, et c’est là encore le Christ qui est notre modèle.
Saint Paul le rappelle ainsi dans la lettre aux Philippiens :
« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Ph 2, 5b-8)
L’humilité parfaite réunit à la fois la condition de serviteur, cet abaissement dont nous parle saint Paul, mais également l’obéissance totale.
Dans l’œuvre de Miséricorde, nous sommes appelés à servir celui à qui nous avons un pardon à accorder, jusqu’à lui rendre sa vie. Mais cela ne se vit que dans une démarche d’obéissance. La véritable obéissance chrétienne consiste à honorer le commandement de Dieu, que le Christ nous rappelle en répondant à la question du docteur de la loi : « quel est le grand commandement ? »
« Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mt 22, 37-39)
Dans l’œuvre de Miséricorde, la plus grande humilité est de rendre à celui qui nous a fait du tort un véritable amour, une véritable charité.

Générosité

Ce désir doit habiter nos cœurs, et pour cela, ceux-ci doivent être habités de la plus profonde générosité. Non pas seulement une forme de bienveillance, mais bien d’une profonde générosité. Être généreux consiste à donner ce que nous avons pour le bien de celui qui n’a pas. Il y a là une préoccupation qui fait partie de l’œuvre de charité. Cela signifie que nous devons garder à l’esprit sans cesse que l’autre n’a pas forcément ce que j’ai.
Il y a des acquis, que nous pourrions même appeler « de confort », qui ne sont pas de l’ordre du droit. Ceux-ci impliquent que nous devons veiller à ce que ceux qui n’ont même pas le nécessaire pour vivre le reçoivent. Donner le nécessaire est une œuvre de Miséricorde. En matière de pardon, celui-ci ne peut pas être considéré comme superflu. Il en va donc de notre générosité à rendre à ceux qui n’ont même plus le nécessaire (c’est-à-dire leur dignité, perdue par le péché) ce dont ils ont besoin pour vivre.
Il s’agit encore une fois d’un sacrifice, parce que cela signifie que nous sommes appelés à renoncer à quelque chose pour l’offrir généreusement à celui qui n’a plus le nécessaire.

D’agréable odeur

Ceci dit, il y a un véritable écueil à éviter, qui est celui de faire sentir le poids du sacrifice. Il s’agit de vivre cela de « bon cœur », c’est-à-dire en ne faisant pas sentir à quel point le poids de ce cadeau est lourd. C’est un peu l’image de celui qui ferait un joli chèque à une œuvre de charité tout en y ajoutant une copie de son dernier relevé de compte…
Pour prendre une illustration, nous pouvons penser aux saintes Huiles, qui seront bénies et consacrées lors de la Messe Chrismale. L’huile choisie est classique. Dans notre pays, nous prenons de l’huile d’olive. Au fur et à mesure du temps, leur conservation ‘étant pas toujours idéale, il peut leur arriver de rancir… Pourtant, au-delà des huiles simplement bénies, qui sont celles des catéchumènes et des malades, il y a le Saint Chrême, auquel est mêlé un parfum d’agréable odeur. Cette odeur, plus belle, plus noble que les autres, ne disparaît pas. Au contraire, elle reste, jusqu’à en imprégner le bénéficiaire (baptisé, confirmé, ordonné). C’est la bonne odeur de la sainteté.
De même, lorsque nous voulons vivre vraiment le pardon, il faut non seulement que l’odeur de notre pardon soit belle, mais également qu’elle imprègne celui qui en est le bénéficiaire, pour lui permettre de vivre de manière plus belle à l’avenir. Ce parfum a un prix, qui est celui du renoncement à l’amertume et à la rancœur. Le prix de ce parfum est vraiment celui de notre générosité. Celle-ci ne se limite pas à un acte extérieur, ou à un effort isolé, mais elle vient rejoindre ce que Saint Paul rappelle dans la Lettre aux Romains :
« Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. » (Rm 12, 1)
Ce culte est bien celui que nous devons rendre à Dieu. Et nous sommes appelés ày inclure le culte de la Miséricorde.

Pardonne-nous

Vécue, la Miséricorde se célèbre. C’est tout le sens du sacrement de la Réconciliation, qui, au-delà de la notion de remise de notre propre péché est avant tout la célébration du Pardon offert et scellé en Dieu. Il y a là la réponse à une soif originelle, que tout homme (toutom) a besoin d’étancher. A partir du premier instant où l’homme est séparé de Dieu par le péché, il porte en lui la soif de la Miséricorde. L’on ne peut s’épanouir dans le péché ou la souffrance, parce que nous ne sommes pas faits pour être séparés de Dieu. C’est pourquoi cette 5° demande du Notre Père commence par demander à Dieu de nous pardonner nos offenses. Ceci dit, il nous faut être bien clairs sur ce que sont ces offenses dont nous espérons le Pardon.

Qu’avons-nous à nous faire pardonner ?

Lorsque nous cherchons à faire le bilan de nos offenses, nous pouvons prendre comme fil conducteur bien des éléments qui nous sont donnés par les Saintes Ecritures ou l’Enseignement de l’Eglise. Il y a ainsi, de manière évidente les 10 commandements. Mais nous pouvons aussi partir de Béatitudes, des vertus théologales et cardinales, des 7 péchés capitaux, et grâce à tout cela, nous pouvons une belle liste.
Mais celle-ci ne se limite pas à notre péché personnel ou immédiat.

Le péché originel

Le premier ordre de péché, est le péché originel. Si nous ne sommes ni le serpent, ni Eve, ni Adam, celui-ci a pourtant marqué de manière définitive toute la nature humaine, lui octroyant une faiblesse particulière, voire ce que l’on appelle une condamnation : « Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu … » (Gn 3, 14 sq)
Passant par la mort et la Résurrection du Christ, victoire sur toute mort, nous sommes libérés de ce péché originel, et cela est vraiment efficace dans le Sacrement du Baptême. Celui-ci nous fait entrer dans la vie nouvelle d’enfants de Dieu, et nous retrouvons cette condition originelle qui n’aurait pas du être brisée.
Ceci dit, le péché originel a laissé en nous la marque d’une faiblesse. Celle-ci se retrouve dans les tentations personnelles que nous pouvons éprouver, en particulier sur les points les plus faibles de notre nature.

Le péché dont je n’ai pas conscience

Notre état de pécheur nous entraîne à une forme d’aveuglement. D’ailleurs, dès l’origine, le discernement de l’homme a été altéré par la tentation, et par le désir d’obtenir ce qui ne lui revient (jalousie, orgueil). Dans l’ordre de la responsabilité du pécheur, nous devons voir qu’il y a toute une partie de notre péché que nous ne mesurons pas, ou ne reconnaissons pas. Ce sont les conséquences secondaires ou indirectes de notre péché.
Celles-ci nous entraînent bien loin, bien plus loin que ce que nous sommes capables de voir, de reconnaître et de mesurer. C’est ainsi qu’il y a toute une partie de notre responsabilité personnelle que nous remettons dans nos confessions comme étant tout ce que nous ne voyons pas. Il ne s’agit surtout pas de ce que nous ne voulons pas reconnaître, mais bien de ce que notre faiblesse nous empêche de reconnaître. « Pour tout ceci, je vous demande pardon, et pour tout ce dont je n’ai pas conscience ».

Le péché personnel

Le péché personnel est peut-être celui que nous avons le plus de mal à assumer. D’une manière générale, l’on observe que l’homme se cache de sa propre responsabilité. Ainsi, Adam, dans le Livre de la Genèse, va-t-il se cacher dans le jardin du paradis. Et c’est d’ailleurs cette réaction qui va entraîner la fin de sa chute.
Il ajoutera également le fait que son péché n’est pas de sa responsabilité : « c’est la femme que tu m’as donnée »…
L’homme a toujours eu du mal à assumer son péché, et en conséquence en envisager même de demander pardon… Pourtant, il y a là, nous l’avons vu plus haut, une nécessité, incontournable pour pouvoir entrer dans la démarche de miséricorde. Dans le Sacrement de la Réconciliation, c’est la partie de l’aveu, nécessaire, pour entrer dans la seconde partie de ce sacrement qui est la libération.

 

Retrouver ma liberté

La libération est bien l’objectif de la 5° Demande du Notre Père. Nous voulons retrouver notre état originel, notre vraie vie. Et c’est pourquoi nous désirons ne pas demeurer dans notre état abîmé par le péché.

En me rendant disponible au pardon

Pour cela, il est bien entendu nécessaire que je me rende disponible au pardon. Les fausses impressions sont à ranger au rang des rumeurs et des calomnies. Celles qui laissent penser que je vais être jugé, condamné, regardé sans bienveillance. Il y a là une grave erreur qui nous sépare de la source de Vie. L’opposant le plus notable à l’œuvre de Miséricorde atteint son objectif : il nous fait craindre simplement de nous présenter devant Dieu.
Je dénonce là une maladie très actuelle, qui empêche le malade, c’est-à-dire celui qui a besoin de soins, de s’approcher du médecin, c’est-à-dire celui qui guérit. Au service de cet adversaire redoutable, je voudrais citer plusieurs éléments, qui font que, de nos jours, la grande majorité de ceux qui se disent chrétiens s’empêchent d’accéder à la vraie liberté de l’âme en renonçant au Sacrement de Réconciliation :

  • Le premier élément dont je voudrais parler est la négation du péché et du mal. Celui-ci conduit à une déresponsabilisation de l’homme devant son péché… Le fameux : « on ira tous au Paradis » d’une chanteuse (ou un chateur ?) connue. Puisque Dieu est miséricorde, je n’ai même plus besoin de lui demander de me pardonner. C’est un peu comme si l’on amputait la prière du Notre Père de cette 5° Demande…
  • Le deuxième élément que voudrais apporter est le lien entre la psychologie et le péché. La psychologie est capable d’expliquer de manière très technique le fonctionnement de l’esprit. De nos jours, malgré des égarements passés, elle est d’un grand secours pour la santé de l’esprit. Ceci dit, elle ne traite pas en profondeur des maux de l’âme, qui est le siège de la présence divine dans notre personne. Il y a un risque reconnu, à vouloir expliquer le péché par un entraînement mécanique, et non plus par une responsabilité personnelle. Cela laisse également une grande place à un vide abyssal… Et il est bien connu que la nature a horreur du vide. Par conséquent, il y a en a un qui est bien content de prendre la place.
  • Le troisième élément que nous pouvons tous reconnaître à notre mesure est le manque de disponibilité, y compris au plan de l’investissement et de l’organisation. Trop de gens ne mettent pas leur santé spirituelle, c’est-à-dire la santé de l’âme au premier plan. Par ailleurs, trop de personnes souffrent de ne pas savoir comment libérer du temps pour le rendre à Dieu. Je ne parle ici uniquement de la vie de prière. Je parle d’une vraie vie d’union à Dieu, orante, mais également concrète, sacramentelle, vécue. Nous regardons comme spectateurs, le fait que de nombreux chrétiens ne vivent plus leur vraie vie d’union à Dieu, ne vivent plus des sacrements, sous le prétexte qu’ils n’en ont pas le temps. Nous devrions avoir une alarme puissante qui se réveille en nous lorsque nous ce type de réponses. Parce que, s’il s’agissait d’un garde-manger ou d’un compte bancaire, je vous assure que nombre d’entre eux seraient capables de trouver les 15 ou 30 minutes nécessaires pour remédier à ce besoin « vital ».

Retrouver donc le sens de Dieu vise à rendre à l’homme le sens de sa vie. Et le sens le plus profond de cette vie se retrouve dans cette liberté d’âme qui permet à l’homme de se reconnaître comme débiteur de son Dieu, vers lequel il se tournera à nouveau pour retrouver la chaleur de ses bras, comme en atteste la parabole du Fils prodigue.

En entrant dans une vie nouvelle

Le retour à la maison fait que la liberté retrouvée s’assume d’une manière différente par rapport à celle que nous expérimentions antérieurement. Il y a un changement, une conversion véritable. Peut-être que c’est ce que recouvre la décision que nous formulons ainsi dans l’acte de contrition : « je prends la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce de ne plus vous offenser ».
Le fils prodigue, après avoir été éloigné de son Père, rentre à la maison avec un regard nouveau sur son Père qui l’accueille, sur sa maison, sur lui-même, et sur sa place au cœur de la communauté. Il comprend quelle est la vie à laquelle il est appelé. S’il réclamait à nouveau l’héritage de son Père, c’est qu’il n’aurait rien compris. S’il partait à nouveau, c’est qu’il n’aurait rien vécu….
Lorsque nous demandons le pardon, et lorsque nous le recevons, nous savons bien que cela vient changer notre vie. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à chaque temps liturgique fort, nous sommes appelés à revivre le Sacrement de la Réconciliation. Parce qu’il s’agit de retrouver qui nous sommes vraiment.

Retour au Jardin d’Eden

Dans le Paradis terrestre, l’harmonie parfaite qui avait été offerte à l’homme par Dieu est l’un des plus grands manques que nous éprouvons aujourd’hui. Il suffit de voir comment, de bien des manières, les hommes cherchent à reytrouver leur équilibre intérieur ; comment, par des philosophies et des pratiques diverses, ils cherchent à retrouver l’harmonie et la paix intérieure.
Cette soif est légitime, parce que nous souffrons dans notre âme et dans notre nature, de ne plus vivre dans ce Paradis qui nous avait été donné. Cette souffrance entraîne un désir : celui de retrouver cette perfection perdue. Aussi, nous sommes appelés à un faire un usage responsable de notre liberté. A l’inverse de l’usage qui en est fait dans le récit de la chute et du péché originel, nous sommes appelés à choisir ce qui nous conduit à la vie, c’est-à-dire ce qui nous rendre cette harmonie profonde, parfaite. En demandant au Seigneur de nous pardonner, c’est vraiment la demande de retrouver le vrai sens de la liberté qu’Il nous avait donnée.

Par la volonté du Père

Nous voyons bien que nos propres forces ne suffisent donc pas, et nous avons recours à la Grâce toute puissante de Dieu. C’est elle qui vient agir dans notre faiblesse. C’est pourquoi nous crions vers Lui, nous avons besoin de sa Puissance ! Sans Lui, nous ne pouvons rien.

Je demande, il me pardonne

Sans nous lasser, nous sommes donc invités, et c’est Jésus Lui-même qui le fait, à nous tourner vers le Père pour obtenir de Lui sa Miséricorde. Il nous faut prendre garde à ne pas être présomptueux. La Miséricorde, c’est comme les antibiotiques, ce n’est pas automatique. C’est-à-dire que nous sommes appelés à vraiment entrer dans la démarche de la demande de pardon.
En formulant chaque jour le Notre Père, et même plusieurs fois par jour, nous pourrions vivre cette demande de manière très formelle, sans mesurer toute l’importance de ce qu’elle comporte. Et pourtant, la liste quotidienne peut être assez longue. Il nous faut prendre garde à mettre dans cette demande son vrai contenu. Je ne dis pas qu’il faudrait faire un examen de conscience avant chaque prière du Notre Père (quoi que…), mais il faut bien avoir conscience que nous demandons au Père de nous pardonner. Et cette demande construit déjà celle que nous allons formuler la prochaine fois que nous allons recevoir et vivre le Sacrement de la Réconciliation.

Miséricorde infinie

Ceci dit, il ne s’agit pas non plus de gommer l’importance de la Miséricorde divine. Nous nous adressons à Dieu avec la conscience de ceux qui savent que Dieu sait ce qui habite nos cœurs, et qu’Il ne veut pas nous laisser dans notre misère.
N’oublions jamais que Dieu ne veut ni la mort, ni le péché. Il ne supporte pas la souffrance, ni la maladie, ni l’épreuve, et c’est pourquoi il a accepté de les assumer totalement jusqu’à les vivre Lui-même pour nous en libérer. Quelle plus belles preuve de sa dilection et de sa Miséricorde pourrions-nous obtenir ?!
Nous nous tournons vers Celui dont la Miséricorde est infinie, et c’est pourquoi nous formulons une telle demande avec une vraie confiance, sans nous lasser.

Espérance du pécheur

Si cela n’était pas le cas, le grand risque serait de nous laisser nous enfermer nous-mêmes dans notre péché, comme si nous y consentions.
Ni Dieu, ni l’homme juste, ne veulent le péché. Aussi, cette 5° demande du Notre Père comporte en elle-même une grande espérance. Ayant réussi à formuler une demande aussi audacieuse, ayant conscience de l’infinie miséricorde de Dieu, comment pourrions-nous imaginer un seul instant que Dieu n’entende pas une telle demande, adressée avec une telle confiance, soufflée par son Fils Jésus, qui connaît non seulement les secrets des cœurs de hommes, mais qui est Lui-même le secret du Cœur de Dieu.
Il y a là toute l’Espérance du pécheur : le plus grand pécheur, comme le plus petit. Rien ne peut demeurer devant le feu purifiant de la Miséricorde divine.
C’est pourquoi, articulée à toutes les autres demandes du Notre Père, celle dont nous venons de parler a une véritable importance, comme pilier de notre Vie chrétienne. Elle nous fait entrer dans la vertu d’Espérance, c’est-à-dire déjà dans le Salut promis.
Que le Seigneur nous aide à vivre pleinement de son Pardon, pour en faire bénéficier tous ceux de nos frères et sœurs auxquels nous pouvons avoir du mal à pardonner.

 

   

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