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Recevoir les Sacrements

 
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Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
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La théologie du Sacerdoce

Le concile Vatican II n’introduit pas de nouveauté en la matière mais permet par un exposé dense de dépasser la théologie post-tridentine baroque, une théologie de controverse.

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Puiser à la source du Salut

L'Ordre     aller plus loin

Que dit l’Ecriture ?

Le Christ a scellé le dernier état de la révélation divine. Par lui, tout est accompli. L’histoire du salut n’est plus en attente ni une préparation, mais elle est une communication. Les ministres sont les serviteurs de cette communication (dispensateurs, intendants des mystères selon l’expression de saint Paul). C’est par une théologie du mystère (on entend par mystère la réalisation du salut dans le Christ et sa communication dans la communauté chrétienne par la parole et les sacrements célébrés) que le sacerdoce peut se comprendre. Le ministre de la communauté sera porte-parole (ambassadeur selon le mot de saint Paul), serviteur de la parole et des sacrements.

Il est un fait certain : le groupe des Douze apôtres est déjà constitué lorsque survient la Pentecôte. Se pose d’emblée la question de leur remplacement, car ce ministère de communication doit rester permanent. Les ministres stables apparaissent relativement tard.
Deux remarques :

  • les sources historiques connues les attestent pour le début du IIe siècle, mais cela ne veut pas dire qu’ils n’existaient pas avant ;

  • la continuité historique à établir entre Jésus, les Douze puis les ministres post-apostoliques est fondamentale pour la fidélité à l’Evangile.
    Cf. Ac.1, 21-22 : le critère pour le remplaçant de Judas est d’avoir été avec le Christ depuis le début et d’être témoin de sa résurrection, autrement dit la continuité entre J.C. et les Douze. Pour la continuité entre les Douze et les suivants,
    cf. 2Tim.2, 2 : Paul désigne Timothée et le charge de choisir à son tour des hommes sûrs, Paul se désigne comme un maillon de la chaîne ;
    cf. 1Cor.11, 23 : « J’ai reçu du Seigneur (= d’une tradition qui remonte au Seigneur) ce qu’à mon tour je vous ai transmis »,
    cf 1Cor.15,1 : « Je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu ».

Le Christ a transmis à ses Apôtres qui eux-mêmes ont transmis à des hommes choisis (pour l’agir sacramentel et la parole).

Dans l’Ecriture, voici ce que nous avons :

Une place spéciale des Douze

Ac.1, 20 : « qu’un autre prenne sa charge (épiscopé) ». Les douze ont à exercer une épisopé. Quel en est le contenu ?

La finale de Mt.28, 16-20 répond : prêcher, baptiser, conduire. Il y a une nette prédominance du groupe des Douze dans le N.T.

Le groupe des Sept

Mais ils ne sont pas seuls.

Ac.6, 1-6 rapporte la toute première transmission attestée dans l’Ecriture. Le texte ne dit pas explicitement « diacre », mais parle d’hommes pour le service (la diaconie) particulier des Grecs. Cependant, on voit qu’Etienne et Philippe prêchent et baptisent. On ne dit pas que les Hébreux ont reçu un service semblable. Il est probable que la communauté judéo-chrétienne ait connu cela (groupe des presbutéroï à Jérusalem – Ac.11, 30, Ac.15 – qui assiste les Douze).

On peut faire cette conjecture : l’Eglise naissante a eu une organisation première du ministère du vivant même des Apôtres assez comparable à l’organisation juive de l’époque : une autorité suprême (Grands Prêtres) et, à côté, des assistants (les presbytres chez les judéo-chrétiens et les hommes de service chez les pagano-chrétiens). Les Douze sont des prédicateurs itinérants et fondateurs de communautés pour le service desquelles ils instituent des ministres stables, fixes, attachés à une communauté et qui les assistent.

Les ministres institués par Paul

Saint Paul revendique la qualité d’Apôtre au même sens que les Douze en raison de l’apparition du Christ dont il a bénéficié, mais il a reçu l’Evangile de l’Eglise naissante (catéchisé à Damas, Ac.9) et transmet ce qu’il a reçu des Apôtres. Il eut un grand souci d’être en accord avec les Douze (Gal.2, 10).

Le lien entre Paul et les Douze est voulu et certain, la charge de Paul est une véritable épiscopé. Il institue des responsables dans les Eglises qu’il fonde (cf. 1Th.5 ; Ph.1, 1 ; 1Cor.12, 28). Paul prêche, ce qui entraîne la création d’une communauté, puis s’en va après avoir confié la communauté à des hommes sûrs(1). On ne connaît pas précisément le rôle de ces ministres. Les épîtres pastorales indiquent que Timothée et Tite ont eux-mêmes à instituer d’autres ministres (Tite 1, 6-11 ; 1Tim.3, 2-7). Le vocabulaire pour désigner les ministres n’est pas encore fixé.

On a donc le fait d’une transmission consciente, voulue et d’une distinction entre les baptisés et ceux qui exercent à un titre ou à un autre la charge apostolique (le fait est clair, mais son contenu est encore obscur).

 

Que se passe-t-il avec la génération post-apostolique ?

Clément de Rome, dans sa Lettre aux Corinthiens (vers 95), ne distingue pas encore très clairement épiscope et presbytre, entre épiscopat et presbytérat, mais a une conscience très nette que ces ministres ont été mis en place par les Apôtres. Sa lettre contient une véritable doctrine de la succession apostolique.

Saint Ignace (martyre vers 110), dans sa Lettre aux Magnésiens, est le tout premier témoin qui affirme le ministère chrétien dans le degré hiérarchique. L’authenticité de la lettre a été discutée, sans qu’aucun élément décisif n’ait été apporté (en 140 au plus tard). Elle connut un grand succès. Saint Irénée la cite vers 180 (Ad. Haer. V, 28, 4). L’épiscope, dans les autres lettres d’Ignace, est monarchique : l’évêque/les presbytres.

Que peut-on conclure ?

Au début du IIème siècle (aux alentours de l’an 100) :

  • nous avons le fait irrécusable de l’existence de ministres du vivant même des Apôtres, ministres qui demeurent après eux.
  • La réflexion sur ce fait vise à dire que nous avons l’idée de succession.
  • Cette succession permet de remonter aux Douze et par les Douze de remonter au Christ.

Donc : nous avons une ORIGINE APOSTOLIQUE DES MINISTERES, mais un FONDEMENT CHRISTIQUE DU MINISTERE. Le Christ n’a pas institué directement et précisément les trois degrés du ministère, mais il a institué et envoyé les Douze (il a instituté le ministère apostolique lui-même) et ce sont ces ministres choisis par le Christ, qui, sous l’action de l’Esprit Saint (la révélation court encore), ont  pourvu à leur succession. La communauté n’est pas passive, elle intervient parfois dans le choix des ministres (cf. Ac.6 ; tradition de Jérusalem différente de la tradition de saint Paul) ; mais ce n’est pas le choix qui fait le ministre, c’est l’imposition des mains du ministre. C’est la communauté qui est la raison d’être des ministres. Ils n’existent que parce qu’il y a une communauté à servir avec la Parole et les sacrements.

Il faut considérer deux plans de la naissance de l’Eglise :

  • Le plan de la réalité de grâce (du côté transpercé du Christ en croix). Le Christ est le fondement permanent.
  • Le plan subordonné des ministres de la grâce. C’est le Christ qui a fondé directement les Apôtres qui ont institué les ministères liés à la succession apostolique.

 

Que dit la Tradition ?

La Tradition, c’est l’Ecriture qui se transmet. Remarquons le silence de l’Ecriture sur la qualité sacerdotale des ministres.

L’adoption d’un vocabulaire spécifiquement sacerdotal

Dans les écrits de Tertullien et Hippolyte de Rome, le « summus sacerdos » n’est pas supérieur spirituellement ou moralement au sacerdoce baptismal qui est premier par rapport aux ministres. L’évêque a une valeur représentative du sacerdoce du Christ. C’est une représentation ministérielle et non pas en sainteté. Le sacerdoce baptismal est un sacerdoce de sainteté. Le sacerdoce de l’évêque est un sacerdoce de ministère. La primauté de l’évêque tient à ce qu’il représente et non pas à ce qu’il est personnellement. Le vocabulaire sacerdotal et cultuel est utilisé à plein pour les ministres tant dans la partie latine que dans la partie grecque de l’Eglise. C’est un vocabulaire d’abord liturgique, c’est la foi commune de l’Eglise et non l’opinion de tel Père de l’Eglise.

Les fonctions sacerdotales

Elles ne se limitent pas à la seule fonction cultuelle et sacramentelle.

 Le ministère de la Parole
Il vient toujours en premier car la foi naît de la prédication. Jacques 1, 18 : « Vous avez été enfantés par la parole de vérité ». En Rom.15, 16, l’officiant (leiturgos) du Christ auprès des païens est le ministre (iereugunta) de l’Evangile auprès d’eux, afin que les fidèles deviennent offrande agréable à Dieu. Proclamer l’Evangile, c’est véhiculer la Parole de Dieu qui réalise ce qu’elle signifie dans les sacrements. Chez saint Paul, l’annonce de l’Evangile est inséparable du don de la foi. La compétence pour célébrer les sacrements est liée à la compétence pour prêcher. Le baptême est l’accomplissement de la prédication (cf. Ac.7, Philippe). Ce que je prêche c’est ce que je donne (les ordres de la prédications sont des ordres de prêtres). Dans l’AT, on fait connaître sans donner (cf. Jean-Baptiste).

Le ministère des sacrements
L’ordre du Christ avant l’institution :

  • s’adresse aux Douze comme envoyés, fondateurs d’Eglises
  • implique de célébrer le repas du Seigneur et de tenir sa place en le présidant ; dans les Synoptiques, les récits de la multiplication des pains montrent que Jésus fait distribuer les pains par ses disciples. Ac.2, 42 montre l’assiduité à l’enseignement des Apôtres, à la communion des fidèles, à la fraction du pain, aux prières.

Cf. Didaché (texte aux environ de 50-70) 14, 1, 3 : les épiscopes et les diacres célèbrent la liturgie de la synaxe dominicale.
Cf. Saint Ignace d’Antioche : l’eucharistie légitime est présidée par le ministre légitime.
Cf. Saint Justin (1ère Apologie, chap.65-66-67) : « Celui qui préside ».
On a une adoption rapide d’un vocabulaire sacerdotal pour les ministres (sacerdotes, iereus) et un développement très rapide et cohérent.

Le ministère de gouvernement
S’il se distingue de l’autorité civile, il n’en diffère pas en tous points. L’autorité chrétienne est le vrai visage de l’autorité comme telle. L’autorité civile dégénère souvent en autoritarisme (Cf. Congar, L’épiscopat et l’Eglise universelle, Unam Sanctam 39, pp.61-130).
Quel est le bien commun (c’est-à-dire la finalité d’une communauté, ce en vue de quoi les hommes vivent ensemble) ecclésial servi par le pouvoir ? Les hommes sont rassemblés en une communauté de salut qui assure à chacun et à tous ensemble les moyens de salut, signes et moyens par lesquels le Christ nous communique sa grâce. Il y a trois grands moyens : la prédication de sa parole (doctrine), la célébration de ses sacrements, les règles de vie. Toute communauté doit tendre vers ce bien commun et pour cela doit être gardée dans l’unité. Toute autorité communautaire a sa raison d’être et son critère de légitimité dans le bien commun (base d’appréciation de son activité). Le ministère met sous le bien commun. L’autorité ( > augere = faire croître) doit assurer l’unité de la communauté par le service du bien commun. Dans l’Eglise, l’Ordre dispose certains baptisés à cette responsabilité.

Cette guidance, fait de la charité pastorale, est l’intendance la plus concrète de la vie, en tant qu’il s’agit de faire passer à l’acte tous les aspects de la grâce dans la vie et de défendre la communauté contre les attaques qu’elle peut subir. Pour cette guidance, la Tradition a très tôt employé le vocabulaire sacerdotal. Ex : Polycarpe, à propos du soin des veuves (figures du nécessiteux, du pauvre) dit : «  Les veuves sont l’autel de Dieu » ; « les ministres de l’autel doivent avoir soin d’elles ». Dans la grande tradition caritative, les pauvres sont l’autel du Christ ; c’est dans les œuvres pour eux que s’exerce la charité du Christ ; c’est une œuvre du culte.

 

1. Cf. P. Grelot.

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