Communauté de Paroisses Saint Jean-Baptiste de Perpignan, Le sacrement de l'Eucharistie : la présence réelle
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L'Eucharistie la présence réelle

La transsubstantiation est littéralement la transformation d'une substance en une autre. Dans la théologie catholique, c'est la doctrine selon laquelle au cours de l'eucharistie, au moment de la consécration, les espèces du pain et du vin deviennent le Corps et le Sang du Christ tout en conservant les caractéristiques physiques et les apparences originales. Cette doctrine prend le nom de transsubstantiation au concile de Trente (1551) où elle est officiellement proclamée par l'Église catholique, prenant ainsi position à l'encontre de la consubstantiation envisagée par les protestants. Aujourd'hui, les catholiques préfèrent utiliser l'expression "présence réelle".

 

Peut-on se passer de l’idée de transsubstantiation ?

Le sacrifice eucharistique présuppose l’identification réelle des oblats avec la chair et le sang du Christ. Sans cela, on ne pourrait parler de sacrifice eucharistique. Ce qui serait offert par l’Eglise, et donc aussi par nous-même, ne serait pas ce que le Christ a offert. Cela resterait le pain et le vin que nous avons offert et que nous recevrions dans un acte d’auto-célébration.

Si nous devenons ce que nous recevons, ce que nous recevons n’est pas identique à ce que nous avons offert, mais au Christ qui s’est offert lui-même pour le salut de tous. Dans la mesure où le Christ s’est offert une fois pour toute par un sacrifice unique, sur la Croix, ce n’est pas un sacrifice différent qui est signifié par le rite eucharistique, mais le sacrement du sacrifice unique, le signe efficace du salut à l’œuvre dans le sacrifice du Christ.

L’actualisation du même sacrifice requiert la présence réelle du Christ. « Prenez et mangez, ceci est mon corps donné pour vous, prenez et buvez, ceci est mon sang qui est répandu pour vous », « ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment une boisson » (St Jean), « chaque fois que vous mangerez ce pain et boirez cette coupe, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (St Paul).

Cela n’est possible que si cette nourriture et cette boisson offertes sont vraiment la chair et le sang du Christ. « Vraiment », « réellement » ne signifie pas « matériellement », « physiquement », selon le mode d’une présence sensible.

Ce n’est pas l’acte de manger et de boire la chair et le sang qui fait que ce qui est mangé est chair et sang, ce n’est pas non plus l’acte de donner la chair et le sang en nourriture et en boisson qui fait que ce qui est donné est chair et sang.

L’acte de manger et celui de donner à manger présuppose que l’objet qui est mangé et donné à manger soit déjà constitué. Il faut donc une identification réelle. Comment la concevoir ? C’est-à-dire comment l’expliquer ?

Nous avons affaire à deux types d’explications :

  • L’explication classique est basée sur l’idée de conversion substantielle : la réalité du pain et du vin est changée en la réalité du corps et du sang du Christ.

  • Les explications récentes de transsignification et transfinalisation : elles font l’économie d’une transformation miraculeuse et invisible de la réalité à laquelle répugne l’esprit moderne qui la réduit à l’appréhension physique qu’il en fait, et font appel à une notion plus riche et compréhensive de la présence.

Voici la question : malgré les apports positifs des positions récentes, peuvent-elles se substituer à l’explication classique sans nuire à la foi ? Est-il possible de se passer de la transsubstantiation ?

I – La présence réelle et spirituelle

Qu’est-ce que la présence ? C’est un réseau de relations interpersonnelles. Une chose n’est pas présente, on n’est pas présent à une chose, mais à quelqu’un. Pour qu’il y ait la vraie présence de quelqu’un, il faut que la personne soit connue non seulement comme objet mais aussi comme sujet : il faut une connaissance de l’autre dans sa subjectivité même.

Or, connaître dans la subjectivité suppose l’amour, car c’est lui qui fait des deux êtres en relation un seul, au moins partiellement : aimer, c’est ne faire qu’un avec l’autre de sorte que chacun expérimente l’autre en s’expérimentant soi-même.

Or, qui dit amour dit aussi réciprocité du lien créé (ce qui ne veut pas dire symétrie parfaite, mais échange, absence d’unilatéralité, car la relation peut être plus intense d’un côté que de l’autre, sans être pour autant unilatérale).

En résumé, la présence est toujours spirituelle, bien que les personnes ne soient pas purement spirituelles et qu’il y ait aussi une dimension corporelle.

S’ajoute aussi une conception spatio-temporelle de la présence : être au même endroit et en même temps. C’est ce qu’on appelle « l’être-là ».

Il y a donc 2 grands modes de présence : la présence spirituelle (la relation interpersonnelle, relation de connaissance et d’amour) et la présence spatio-temporelle.

La présence réelle requiert d’être spirituelle, c’est-à-dire plus que matérielle. Cependant, une présence purement spirituelle peut-elle suffire ? Non : il faut aussi le socle de l’être-là lorsqu’il s’agit d’unir des êtres qui ne se sont pas purement spirituels, car nous ne sommes pas des êtres purement spirituels. Et le Christ auquel nous sommes unis est le Verbe fait chair, c’est par l’humanité du Christ que nous sommes sauvés, c’est-à-dire conduits au Père. Cependant, cet être-là ne suffit pas non plus.

Il ne faut donc pas insister unilatéralement sur la « réalité » de la présence du Christ dans l’eucharistie au risque de négliger la vérité de sa présence : elle est présence de quelqu’un à quelqu’un (ce qu’on appelle la présence spirituelle). Il ne faut pas non plus négliger la « réalité » de sa présence fondée sur l’identification des oblats à la chair et au sens du Christ (ce qu’on appelle la transsubstantiation ou l’être-là, c’est-à-dire la présence spatio-temporelle du Christ). Lorsque le Christ est « présent » dans l’Eucharistie, pour les croyants il est « là », et pour eux, il n’est pas seulement « là » du fait de leur acte de foi, mais il est « là ». La foi consiste à dire « c’est vrai qu’il est là », mais ce n’est pas la foi qui le fait être là. La foi consiste à tenir pour vrai quelque chose qu’il ne peut établir par ses propres conclusions. Mais ce qu’elle accepte, accueille ou reconnaît est indépendant d’elle. La foi n’est pas à l’origine de ce qu’elle reconnaît comme vrai.

Autrement dit, le Christ ressuscité n’est pas seulement présent comme un être aimé absent vers lequel on tend et qui habite la pensée et le cœur du croyant, mais il est « là » pour être aimé et pour habiter la pensée et le cœur du croyant. La présence « spirituelle » qui est vraie présence à moi du Christ est le fruit de la présence « réelle », et non l’inverse. 

Par conséquent, il faut tenir que la présence eucharistique est spirituelle et réelle, réelle pour être spirituelle. Elle n’est pas seulement réelle comme « vraie présence », mais réelle au sens strict comme le rappelle le pape Paul VI : une présence assurée par et dans les choses extérieures, indépendamment de tout acte de l’esprit qui connaît ou non cette chose.

II – La transsubstantiation est « l’être-là » du Christ dans l’Eucharistie

La difficulté de la transsubstantiation, c’est qu’elle explique la réalité de la présence à partir d’un raisonnement de type métaphysique. Or, pour notre esprit moderne, l’être en tant qu’il est (la substance, la profondeur de l’être) est souvent confondu avec la chose (la surface de l’être, ce qu’on perçoit de manière sensible, selon une expérience limitée à ce qui lui est immédiat).

C’est le mot employé par le concile de Trente. C’est donc une appellation canonisée par le Magistère de l’Eglise. Il l’estime nécessaire pour exprimer « l’être-là » du Christ dans l’Eucharistie dont nous avons montré qu’il constituait le socle de sa présence, c’est-à-dire de notre mise en présence avec le Christ. On l’a dit, ce terme renvoie à l’identification des oblats à la chair et au sang du Christ : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ». On appelle la conversion du pain en la chair et du vin en le sang « transsubstantiation » dès le XIIe siècle. 

Pour saint Thomas d’Aquin, l’identification des oblats requiert la conversion substantielle après l’action sacramentelle (la consécration des espèces par une parole associée à un geste accomplie in persona Christi par le prêtre). Il y a passage d’un « non être-là » à un « être-là ». Or, le changement qui fait être là un être corporel qui n’était pas là peut se faire :

  • soit (c’est le cas ordinaire) par un changement qui affecte cet être lui-même, c’est-à-dire un mouvement local ;

  • soit par un changement qui affecte un être corporel qui était déjà-là et qui, par ce changement, devient l’être considéré (par exemple, le nouvel être vivant se trouve dans l’organisme maternel par transformation de l’ovule du fait de son union avec le gamète mâle en la cellule initiale du nouvel organisme).

Dans le cas du Christ, il ne s’agit évidemment pas d’un mouvement local ! Point de magie à l’horizon et le prêtre n’a pas besoin de faire bouger son nez comme Ma Sorcière bien aimée pour apparaître, disparaître, faire apparaître ou faire disparaître ! Les espèces du pain et du vin ne sont pas un lieu dans lequel le Christ viendrait comme par enchantement. Le Christ ne vient pas sous les espèces.

Nous avons donc affaire au deuxième cas de figure : le pain et le vin sont eux-mêmes changés. Les apparences du pain et du vin demeurent comme avant (à l’œil nu, au goût, au toucher, mais aussi selon ce qu’on peut connaître par les procédés et les analyses de la science expérimentale). Sur le plan de l’expérience naturelle, de nos sens comme de notre raison, le pain est pain, le vin est vin. Ce qui change, c’est la réalité profonde, c’est-à-dire la substance du pain et du vin. Or, ce type de changement substantiel sans changement accidentel est impossible sur le plan naturel : il faut un miracle, il faut que soit suspendu le règlement ordinaire de la nature pour que soit révélé celui qui est la Vie et pour qu’il puisse se donner à nous, c’est-à-dire nous communiquer ici-bas sa propre vie, c’est-à-dire sa propre nature, la divinité de celui qui a pris notre humanité.

Seule une affirmation de foi permet d’affirmer que ce qui a toutes les apparences du pain et du vin n’est pas du pain et du vin. La substance du pain et du vin n’est plus, elle subit une transformation. Mais ce qu’elle devient n’est pas un être nouveau, mais un être qui existe indépendamment de ce changement substantiel du pain et du vin : le Christ. La substance du corps du Christ succède à la substance du pain. Nous recevons le corps du Christ et nous devenons le corps du Christ. Ce n’est pas le pain qui fait de nous le corps du Christ, mais c’est le Christ qui fait de nous par la communion à son corps, son corps mystique : l’Eucharistie fait l’Eglise. A mesure que nous sommes assimilés au Christ, il construit son Eglise, une Eglise de pierres vivantes dont il est la Pierre d’angle.

« Nous sommes assimilés ». Dans la manducation naturelle, notre corps assimile pour sa survie, c’est-à-dire son maintien en vie (les actes de boire et manger nous permettent de ne pas mourir, mais pas de ne pas vieillir ni de ne jamais mourir) des aliments dont il retire des éléments essentiels, les nutriments : il les détruit pour se les assimiler. Et même si notre alimentation conditionne parfois notre santé, nous ne devenons pas ce que nous mangeons : qui abuse de salade ne devient pas salade. C’est son humanité qu’il maintient en décomposant et en désagrégeant ce qu’il ingurgite sous le nom de salade. En revanche, lorsqu’il communie, le Chrétien n’assimile pas, il est assimilé par un organisme vivant supérieur qui le rend semblable à lui : il est sanctifié et déifié par l’expérience d’une christo-conformation. Cette assimilation repose sur la réalité de ce qu’il consomme et tend vers sa transformation personnelle. Celle-ci dépend de sa réponse d’amour qui doit être semblable à l’offrande qui lui est faite. Cette offrande personnelle du croyant est ce qu’on appelle un sacrifice spirituel ou un sacrifice de louange. Le croyant se laisse lui-même offrir par le Christ au Père, et l’Eucharistie, comme don de Dieu fait à tout homme, devient le don qu’un homme fait à Dieu. C’est ainsi que nous pouvons comprendre le but ultime de l’Eucharistie, sa « res » dirait saint Augustin, et que nous pouvons saisir que la gloire de Dieu c’est l’homme vivant. 

Abbé Grégory Woimbée +

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