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Les églises en un clic

... qu’il suffise, dans un pays comme la France, de compter simplement les églises !
Ces œuvres ne sont pleinement intelligibles que si l’on prend en compte la foi qui a contribué à leur conception, à leur réalisation et à leur réception. Et j’ajouterai que si elles ont été portées par la foi, il est bien possible qu’elles puissent toujours porter vers elle. Monseigneur Doré
 

L'église saint-Matthieu

La paroisse des Saintes Epines

La paroisse de Saint-Matthieu honore l’évangéliste, qui, d’abord collaborateur de l’occupant romain comme percepteur d’impôts, suivit Jésus sur un simple appel, prêcha aux hébreux puis mourut martyr en Éthiopie. Longtemps au centre d’un quartier populaire très peuplé, elle a connu ces trente dernières années une évolution sociologique radicale, par le départ des populations locales et l’arrivée de populations émigrées en très forte proportion. La vie communautaire a évolué, autour d’un petit groupe très présent qui assure  l’entretien,  l’accueil, et  la  visite  des  malades  ou des personnes âgées. Actuellement la messe du samedi soir rassemble des pratiquants venus de toute la ville, attirés par une liturgie soignée et un horaire pratique. Ce bouleversement n’est pas le premier de son histoire : Rarement église paroissiale n’a connu autant de tribulations. Détruite pour faciliter la défense du palais, elle fut reconstruite à l’emplacement que nous connaissons ; mais, à la révolution française, la paroisse fut transférée à l’église des franciscains bien plus vaste ; elle ne revint à l’édifice actuel qu’à la fin de la période révolutionnaire.

Cette instabilité a été fatale au mobilier bien sûr et n’a pas favorisé la continuité des dévotions : disparu le culte de saint Luc, avec la confrérie des peintres et sculpteurs qui l’avait pour patron, il n’a laissé qu’un beau tableau au dessus des fonts baptismaux ; oublié saint Magin, ermite et martyr de la fin du IIIe siècle, patron de Tarragone, à l’intercession duquel on attribua une victoire survenue en 1597, le 19 août, jour de sa fête, sur les armées françaises qui tentaient de forcer les défenses de la ville - après l’annexion à la France, ce culte n’était plus politiquement correct.

Seules les dévotions les mieux enracinées on survécu :

Saint Pancrace (Sant Brancat) jeune adolescent romain martyrisé au troisième siècle,  est invoqué dans toute la péninsule ibérique comme protecteur des travailleurs, des commerçants et des enfants. On le fête le 12 mai.

Sainte Barbe (Santa Bàrbara) martyrisée au milieu du IIIe à Héliopolis. Enfermée dans une tour à deux fenêtres. Barbe fit percer une troisième fenêtre pour symboliser la Trinité. Furieux, son père mit le feu à la tour. Puis sa fille restant fidèle à la foi, il la tua de ses propres mains sur ordre du gouverneur : il mourut aussitôt foudroyé ! Sainte Barbe est donc la patronne des artilleurs, mineurs, pompiers, et des architectes, on la représente portant la tour à trois fenêtres.

Sainte Lucie, martyre de Syracuse au début du Ve siècle, fut, selon la légende, condamnée pour avoir refusé le mariage ; enfermée dans un lupanar, elle conserva miraculeusement sa virginité, puis on lui arracha les yeux. Sa fête, le 13 décembre, est toujours célébrée. Elle était très vénérée par les couturières pour qui la conservation d’une bonne acuité visuelle était primordiale.

Le Bon Pasteur est représenté par une belle statue du sculpteur perpignanais Belloc. Plusieurs congrégations religieuses placées sous son patronage, s’occupaient de la protection des prostituées désirant changer de vie ou des jeunes filles en danger : une telle institution existait à Perpignan au couvent de la rue Sainte-Magdeleine, non loin de l’église. Faut-il y voir l’origine de ce culte dans notre paroisse ?

La dévotion à Notre-Dame des Anges s’est déplacée du couvent des franciscains voisin dans la chapelle gauche du transept où un beau Crucifix grandeur nature,  en  bois  d’olivier du au talentueux sculpteur Caseblanque, porte une émouvante inscription évoquant les difficiles années de la deuxième guerre mondiale (« anys de sanch, de foch y de fam »)

Mais c’est le culte des Saintes Épines qui s’impose comme la caractéristique de la paroisse de Saint-Matthieu. Vénérée à Jérusalem au moins depuis le IVe siècle, emportée à Constantinople pour la soustraire aux destructions des armées musulmanes, la couronne du Christ fut prise en gage lors du sac de la ville par les croisés, puis rachetée par le roi Louis IX et ramenée à Paris. Selon la tradition locale, il remit à son fils Philippe quatre épines. que le futur roi conservait sur lui dans le pommeau de son épée. Alors qu’il guerroyait contre l’Aragon, sous prétexte de « croisade », Philippe III, tomba mortellement le 5 octobre 1285 à Perpignan. Avant sa mort, il fit remettre les quatre épines en l’église Saint-Matthieu. Depuis cette date, elles sont toujours exposées et vénérées le sixième dimanche de Pâques en l’église Saint-Matthieu. La Confrérie des Saintes Épines toujours vivante, est après la confrérie de la Sanch, la plus ancienne association de la ville.

Si une mode intellectuelle voua, dans un passé récent, les dévotions populaires au mépris d’esprits éclairés, force est de constater qu’elles sont porteuses de sens, riches de souvenirs historiques locaux, et à ce titre éminemment respectables. Les petits à qui les secrets du royaume sont révélés mieux qu’aux sages et aux puissants, s’y sont appuyés pour transmettre la foi. Pourquoi ne pourrions-nous pas suivre leur exemple !

Reinald Dédiès

 

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