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Célébrer et Prier

 
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Abbé Samuel Delmas Vicaire
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Cœur à cœur
Jésus-Christ en acceptant
et offrant sa mort, a accepté la vôtre
 

et l’a offerte à son Père :
il lui a remis entre les mains votre vie,
en lui remettant la sienne ;
il l’a fait en votre nom
et en acquit de votre obligation.
Il faut donc dire avec lui
et avoir l’intention de le dire
dans tous les sentiments
dans lesquels il l’a dit :

  In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum.
  Bossuet
Opuscule sur l’agonie de Jésus-Christ
 
 
 
Cœur à cœur
Que cette grâce nous soit donnée
de ne pas mourir sans le viatique,
  d’entrer dans le mystère de la mort avec le seul ami qui puisse
en franchir avec nous le seuil.
Que cette grâce nous soit donnée
de retrouver, au-delà des ténèbres, celui qui s’abaisse jusqu’à donner
sa chair, son sang à un corps déjà corrompu et aux trois quarts détruit…
Qu’endormis avec le Christ, ensevelis dans l’Eucharistie, nous nous réveillions aux pieds du Christ-Roi vainqueur du monde.
Et qu’il soit béni à cause de
  notre immense espérance
de ne pas mourir seuls. 
  François Mauriac
Le Jeudi Saint, 1931
 
Donner du temps à l'essentiel
Je voudrais dire avec force ayez toujours dans vos cœurs cette certitude : Dieu marche à vos côtés, il ne vous abandonne en aucun moment ! Ne perdez jamais l’espérance ! Ne l’éteignez jamais dans vos cœurs ! Pape François - Aparecida 

Sépulture Chrétienne

L’homme est naturellement religieux et son premier acte religieux fut d’avoir ritualisé la mort. Dans les Actes des Apôtres (7, 56-60), alors qu’on le lapide, le diacre Etienne, en témoignage de sa foi jusqu’au bout (martyre) fléchit les genoux et prie pour ses bourreaux avant de remettre l’esprit. La mort du martyr ressemble à la mort de Jésus. L’imitation du Christ est le ressort de ces premiers chrétiens : mourir, c’est mourir comme Jésus, c’est-à-dire c’est offrir sa vie.

Progressivement se développe la conscience que la mort est aussi une pâque, c’est-à-dire la participation à l’unique Pâque du Christ, comme victoire de l’amour sur la haine et le péché. La mort est alors célébrée par l’Eglise et la communauté. Les rites d’accompagnement du mourant sont liés à l’Eucharistie (le viatique). De son côté, l’Orient médite sur la dormition de la Sainte Vierge, vrai sens de la mort. La mort est vaincu.

La mort du Chrétien

Le chrétien est un autre Christ, il doit lui ressembler au cours de sa vie terrestre, y compris lors de sa mort, lorsqu’il achève son parcours ici-bas. Depuis au moins le VIIIe siècle, on prit l’habitude de faire lire au chrétien qui meurt par un prêtre ou un diacre le récit de la Passion selon St Jean. On prépare ainsi à la « commendatio », la remise et l’abandon amoureux dans la mort de Jésus, qui est l’abandon du Fils au Père : Père, en tes mains je remets mon esprit, « commendo spiritum meum ». La mort est donc vécue comme une offrande, un acte de confiance filial et d’adoration. Jésus offre sa mort comme Nouvel Adam, comme chef de l’humanité rachetée, comme premier né d’entre les morts : notre mort est assumée dans la sienne. Le baptisé est prêtre, prophète et roi jusque dans sa mort. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». Devant le Christ mort sur la croix, le Centurion confesse : «  Oui, vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ». La mort est donc aussi un moment de confession de la foi.

Si la mort chrétienne est aussi une pâque. On dit des morts qu’ils sont « trépassés » (ils ont accompli leur passage), qu’ils sont « défunts » (les defunctum sont ceux qui ont accompli leur fonction), qu’ils sont « disparus » comme le Christ en Luc 24 qui disparaît lors de sa rencontre avec les disciples d’Emmaüs.

La préface pascale cite 2 Timothée 1, 10 : « En mourant, il a détruit la mort ». La mort chrétienne n’est pas une mort niée, c’est une mort vaincue, qui demeure comme fait, mais dont le sens change radicalement. De malédiction, la mort devient un passage, un signe de libération définitive de tous les péchés (Romains 7, 22-24), la délivrance de l’exil avec la vision de Dieu pour les bienheureux. Elle n’est pas une démission à l’égard des tâches terrestres, mais une libération à l’égard des tâches terrestres. Elle est le « requiem aeternam », le repos définitif que Dieu offre à son peuple après les heures de combat.

Le viatique

Cette Pâque est paradoxale : elle est déjà réalisée et elle est encore en attente. La mort fait entrer le bienheureux dans la vision (Lc 23, 24) mais il faut encore attendre le retour du Christ en gloire et la résurrection. Le défunt rencontre son Dieu mais il doit encore attendre la résurrection de la chair. La prière chrétienne a très vite comblé le vide de l’entre deux (mort – résurrection charnelle) avec une doctrine élaborée des fins dernières à trois « étages » et la doctrine du purgatoire. Dans cet entre-deux, l’homme peut vivre un temps de purification.

Le viatique a un rôle important, puisqu’il souligne ce double aspect (le « déjà là » de la gloire de Dieu dans l’attente du « pas encore » de la résurrection glorieuse). La communion du mourant annonce que la vie va jaillir de la mort. Le viatique est le pain de la route, la provision de nourriture pour le grand voyage, pour l’inconnu (1 Rois 19, 8), pour surmonter les difficultés de la dernière étape (ps.22 : je ne crains aucun mal…). Cette communion est un acte de foi sacramentel et existentiel en la résurrection. On appelle le « remède de l’éternité » (pharmacôn athanasias en grec) par lequel on reçoit les arrhes de la résurrection. La foi nous donne la certitude vitale de posséder par la matérialité du signe le corps du Christ ressuscité. Saint Irénée, dans l’Adversus Haereses, écrit : « Nos corps qui reçoivent le viatique ne sont plus corruptibles, ils reçoivent l’espérance de la résurrection immortelle ».

Il existe un usage merveilleux qui est la messe du viatique, messe que l’on célèbre au chevet du malade. Le rituel actuel la prévoit. C’est un moment très intense où le mourant communie aux deux espèces s’il le peut. Le vin consacré est à la fois le précieux Sang du Christ versé pour notre libération et le signe du banquet céleste. Le viatique est l’appropriation eucharistique du mourant, une communion solennelle par excellence.

Ainsi, dans la mort chrétienne, la mort humaine est incorporée à un sacrement. Le Christ n’a pas aboli la mort, il l’a incorporée à un sacrement pour en faire un passage vers Dieu. Le viatique est l’authentique sacrement de la mort (ce n’est pas l’onction des malades !). Cette forme de l’Eucharistie qui est le viatique est un peu absente aujourd’hui. Elle est distincte de la communion de dévotion ou du sacrement des malades, elle a une signification propre qui est cette incorporation du mourant, l’annonce de sa résurrection à venir.

En cas de péril de mort, toute loi ecclésiastique est abolie quelle que soit sa portée disciplinaire. Il existe donc un droit absolu au viatique : le baptisé peut communier alors qu’il va mourir, quelle que soit sa situation de vie. Autrefois, on parlait d’ami spirituel pour désigner le « nuntius mortis », celui qui devait annoncer la mort, qui devait dire au mourant : « Il faut te préparer ».

La mort est simultanément personnelle et communautaire 

Tout s’achève par la commendatio, lorsque le mourant est comme envoyé par l’Eglise qui l’aide en même temps à faire le passage. La mort n’est pas un acte isolé, bien que personnelle, elle est essentiellement communautaire et liturgique.

La mort chrétienne est totalement à rebours de nos pratiques occidentales actuelles. En effet, le mourant passe de l’Eglise terrestre à l’Eglise du ciel. La litanie des saints suggère que l’assemblée du ciel vient au devant du mourant pour l’accueillir. La mort ritualisée devient alors une réplique du baptême avec la présence du prêtre, de la communauté. La mort est simultanément personnelle et communautaire : le chrétien s’offre, l’Eglise l’offre.

L’Eglise de la terre l’accompagne, l’Eglise du ciel l’accueille. Le rituel, au n°138, dit que l’amour du prochain engage les chrétiens à tout faire pour que le mourant soit aidé, accompagné, il demande une solidarité sans faille devant la mort, à l’image de la communion des saints. La mort vient ratifier le baptême : le baptisé entre dans la grâce, le mourant entre dans la gloire. Le mort réalise ce que le baptême avait anticipé.

L’Eglise terrestre joue alors le rôle de mère : de même qu’elle l’a accueilli à son baptême, elle accompagne le mourant. Le baptême est le commencement sacramentel de cette mort qui est le point culminant de l’appropriation du salut. La prière énonce une espérance mais elle préserve le mystère de Dieu et de la mort en ne précisant pas « la matérialité » de Dieu : elle se contente d’images comme « paradis », « repos éternel ».

 

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