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Sépulture Chrétienne

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On a assisté récemment à une révolution copernicienne des mentalités face à la mort. S’est imposée chez nous la mode des salons funéraires de type anglo-saxon : un mensonge pathétique qui consiste à nier le symbolisme de la mort (refus du gisant, habillement et parfois déguisement du mort, mis en position assise pour faire plus vivant…). Les sociologues et anthropologues qui ont étudié ces changements parlent d’une rupture et même d’une blessure anthropologique et d’un retour de la mort ensauvagée, c’est-à-dire d’une mort hideuse. L’Eglise est là avec son trésor spirituel, devant une modernité qui maquille la mort.
 

Dans ce contexte de déni et d’oubli, l’Eglise accomplit un devoir d’humanité et ne veut pas ajouter à la conspiration du silence qui consiste à évacuer tout ce qui gêne. Il suffit de se promener dans un cimetière pour voir l’évolution de l’art sépulcral : le symbolisme chrétien est parfois remplacé par des idoles du moment (tel objet ou ex voto). Le cimetière est pourtant un lieu kérygmatique : la foi y est affirmée partout, et les obsèques sont un lieu majeur d’évangélisation. Lors des obsèques, on accueille beaucoup de non ou mal-croyants qui demandent paradoxalement à l’Eglise de dire la dignité humaine.

La célébration des obsèques Chrétiennes

La foi en la résurrection des morts

Dans le rituel actuel (1969), la célébration des obsèques doit être kérygmatique : il faut que soit confessée la foi en la résurrection des morts. Il faut souligner le caractère pascal de la mort, sans être tonitruant et nier devant des gens dans la peine la douleur de la mort et la difficulté du deuil. L’homélie n’est pas un éloge funèbre, c’est l’annonce du mystère pascal dans le drame de la mort. Pour souligner encore plus ce caractère pascal, on allume le cierge pascal, on encense et bénit le corps. Tout se fait dans la sobriété et la simplicité. Pas de grandiloquence ni d’artifice.

L'intercession pour le défunt

Le deuxième aspect de la célébration, c’est son objet : l’Eglise intercède pour le défunt. On offre toujours la « salutaris hostia » (l’hostie salvifique » pour celui qui est mort, même si on le fait d’une manière différée : une messe est, quoi qu’il arrive, célébrée pour le défunt, le jour même de la veillée ou à un autre moment. Cette dimension de l’intercession est capitale : l’Eglise ne peut rien faire de plus grand pour intercéder que de célébrer l’Eucharistie. Le fidèle défunt est offert à Dieu par l’Eglise dans le Saint Sacrifice. Dès le IIe siècle, les prières sont orientées vers l’intercession : attente de la résurrections des corps, nécessité de la prière pour une dernière purification (solidarité dans le salut).

La prière pour ceux qui sont dans la peine

Enfin, nous trouvons un troisième aspect de la célébration : la prière pour ceux qui sont dans la peine. La consolation active et stimule l’espérance des endeuillés. Bien des prières du rituels évoquent le sort des vivants et visent ceux qui sont là.

En résumé, lors de la célébration, l’Eglise :

• professe sa foi en la résurrection des morts,
• intercède pour le défunt,
• console les vivants.

D’une manière générale, le rituel veut manifester le regard de Dieu sur l’homme et mêle réalisme (du péché et du pécheur) et miséricorde de Dieu. Le rituel « idéalise » le défunt tout en le reconnaissant pécheur.

Quant à l’homélie, elle doit faire passer l’auditoire de la crainte servile à la crainte filiale. Elle doit évoquer les fins dernières de manière à consolider ou susciter l’espérance, certainement pas pour faire peu ou faire la leçon. Sinon, mieux vaut ne pas en parler !

 

Les obsèques chrétiennes à travers les siècles

Il faut faire un peu d’histoire. Dès l’origine du christianisme, des usages romains se glissent dans les pratiques chrétiennes mortuaires dès lors qu’elles ne sont pas incompatibles avec l’Evangile. On fait un tri et on rejette tous les rites trop païens.

• La toilette funèbre 
Le corps du défunt est lavé, oint et parfumé. On utilise parfums et aromates pour la sépulture en fidélité à l’usage juif et à la Passion du Christ. 

• Un mode de sépulture : l’inhumation.
La crémation est alors rejetée car elle est caractéristique du paganisme. On lui préfère l’inhumation aussi parce que ce mode met davantage en valeur l’attente de la résurrection charnelle et imite la mort de Jésus (il s’agit de mourir comme lui). L’inhumation existait déjà. Avec le christianisme, la crémation disparaît dès le IVe siècle. Elle a connu un retour en force. L’Eglise l’autorise sans lui reconnaître la même portée symbolique. Pour l’inhumation, se développe le désir d’être enseveli « ad sanctos » (près des saints). On enterre alors hors les murs (car il est interdit d’ensevelir dans la cité pour des raisons sanitaires)

• La fraternité sacramentelle et baptismale 
La veillée et la sépulture sont ouvertes aux étrangers de la famille.

• Le  Dies Natalis 
Les païens venaient fleurir les tombes le jour de la naissance des défunts. Les Chrétiens conservent cette tradition du « Dies Natalis ».  Mais pour eux, le jour de naissance est l’anniversaire de la mort, le jour de la naissance au ciel.

• Les pleureuses professionnelles sont bannies car elles détonnent avec l’idée qu’on a de la mort.

• On pratique le repas funèbre près de la tombe (mais la pratique est critiquée, car il tourne parfois aux ripailles et aux beuveries). Saint Ambroise de Milan va par exemple les interdire comme le raconte saint Augustin.

Le rôle du clergé se précise très tôt. On est sûr qu’il intervient dès la fin du IIe siècle comme l’atteste les inscriptions funéraires. Dans le paganisme, le prêtre ne participaient pas aux funérailles car c’était considéré comme une souillure. Il est sûr qu’il n’y a pas toujours eu la célébration de l’Eucharistie en concomitance, mais qu’il y a toujours eu au moins une prière de l’Eglise assemblée ainsi qu’une prière du ministre ordonné au moment de la depositio (l’inhumation).

L’une des caractéristiques intéressantes est l’existence d’une veillée de prière : elle constitue le corps principal de la liturgie des obsèques. Vient ensuite la procession aux torches et la mention du défunt au memento de la première messe qui suit. Qu’est devenu la veillée aujourd’hui ? C’est notre célébration à l’Eglise. C’est un moment important du travail du deuil où peuvent participer croyants et non croyants. La mort est dédramatisée devant le corps, et les cœurs sont pacifiés et invités à mêler souvenir du défunt et prière pour lui.

A la fin du IVe siècle se dessine en ensemble rituel cohérent : la préparation à la mort, le rite pénitentiel, la lecture de la passion, la communion en viatique et la commendatio, le chant des psaumes pendant la toilette funèbre, le cortège avec le chant du « in paradisum » qui souligne la dimension pascale de la mort, et la sérénité du défunt qui est conduit par l’Eglise : « Quand je travers les ravins de la mort, ta houlette de berger me guide et me rassure », « sur des près d’herbe fraîche il me fait reposer » (ps. 22). Pour le droit romain, la sépulture était « res inviolata ». Ce caractère sacré de la tombe est bien souligné par le terme de « profanation » pour qualifier toute attentat commis contre une tombe.

Vers la fin du VIIe siècle, sous l’influence de la liturgie gallicane qui accentuait le caractère pénitentiel et multipliait les exorcismes, naquit une tension entre l’espérance pascale et la crainte du jugement. Au Moyen Age apparaît le chant du « Dies irae » (jour de colère) dû à Thomas de Celano, disciple de Saint François. La mort s’enveloppe alors d’une teinte sombre avec le psaume du « de Profundis » (des profondeurs je cris vers toi), le « libera me », le noir.

C’est en 1030 qu’Odilon de Cluny fixe la commémoration des fidèles défunts au 2 novembre (la Toussaint a été fixée le 1er novembre au VIIIe siècle en Angleterre, puis dans le reste de l’Empire carolingien au IXe siècle : auparavant, on la célébrait le 30 juin après la fête des martyrs Pierre et Paul).

On voit bien qu’il y a historiquement une tension entre deux ambiances : il ne faut pas les opposer, mais plutôt les articuler, elles s’équilibrent et s’ajustent l’une l’autre en dévoilant un aspect essentiel de la foi.

 

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