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Célébrer et Prier

 
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Renaud Dedies  
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Cœur à cœur
Nous Te rendons grâce,
Dieu éternel et tout-puissant,
  car Tu es glorifié dans l'assemblée
des saints : lorsque Tu couronnes leurs mérites, Tu couronnes tes propres dons. Dans leur vie, Tu nous procures un modèle, dans la communion avec eux, une famille,
et dans leur intercession, un appui ; afin que, soutenus par cette foule immense de témoins, nous courrions jusqu'au bout l'épreuve qui nous est proposée et recevions avec eux l'impérissable couronne de gloire,
  Par le Christ, notre Seigneur.
  Préface de la Toussaint  
Donner du temps à l'essentiel

Le culte des Saints  les saints d'ailleurs

Saint Antoine de Lisbonne dit de Padoue  - 13 juin

Né à Lisbonne en 1195 d'une famille noble aux traditions militaires, il s'appelait Fernando Martins de Bulhões. Il entra tout jeune chez les Chanoines augustins à Lisbonne puis à Coimbra où après d'excellentes études il fut ordonné prêtre. En 1220, il entra chez les Frères Mineurs et prit le nom d'Antoine. Enthousiasmé par les premiers martyrs franciscains, il désirait aller au Maroc pour prêcher. Dieu avait d'autres plans : malade, il dut rebrousser chemin; et la tempête poussa son bateau vers la Sicile. En 1221, il est à Assise au chapitre de l'Ordre avec saint François où il étonne ses frères par ses talents d'orateur et de théologien lors d'un sermon qu'il doit improviser. Il deviendra le prédicateur le plus renommé de son temps : avec la permission de saint François, il va enseigner à Bologne, Toulouse, Montpellier. En 1126 il est custode du couvent de Limoges. A Brive, on conserve le souvenir des grottes où il vécut  quelque temps en ermite.

En 1227, après la mort de saint François, il est élu provincial de l'Italie du Nord. En 1230, il renonce à sa charge. Envoyé à Rome, il devient l'un des conseillers du pape Grégoire IX. La fin de sa vie reste consacrée à la prédication. Il convertit le tyran Ezzelino da Romano, responsable de massacres de masse. Venu à Padoue prêcher le Carême de 1231, il meurt d'épuisement à 36 ans.
Trente ans plus tard, une grande basilique fut érigée pour abriter ses restes : on constata que sa langue était demeurée intacte ! Saint Bonaventure s'exclama : « O langue bénie, tu as toujours béni le Seigneur et tu as aidé les autres à le bénir ! » Cette relique est toujours vénérée à Padoue.
Antoine est « Docteur de l'Eglise », le « Docteur évangélique » disait Pie XII. Mais la piété populaire, dans le monde entier, préfère voir en lui un intercesseur efficace. Rares les églises où manque son image et les fioretti abondent à son sujet : en Languedoc il obtint d'une mule qu'elle s'agenouillât devant le Saint-Sacrement pour convaincre son propriétaire qui doutait de la présence réelle. A Brive, il retrouva miraculeusement un manuscrit de ses commentaires sur les Psaumes qu'on lui avait volé : de là sa spécialité posthume de faire retrouver les objets perdus. Gemona du Frioul abritait un groupe hérétique, les patarins ; devant leur refus d'écouter ses discours, Antoine alla prêcher aux poissons qui se pressèrent en foule, bouche bée, pour l'écouter, entraînant bien des conversions. Un de se hôtes, généreux mais indiscret, voulut l'observer dans la nuit : il le vit en conversation affectueuse avec l'enfant Jésus nimbé de lumière qu'il tenait dans ses bras. Conscient d'avoir été observé, le saint exigea que personne n'en fût informé, et le fait ne fut révélé qu'après sa mort.
Il aurait guéri un pénitent, sincère mais peu avisé, qui s'étant entendu dire qu'il aurait mieux valu perdre un pied que commettre la faute qu'il avouait, avait pris cet avis à la lettre et s'était mutilé. De nombreuses autres guérisons lui sont attribuées. Un beau panneau peint de l'église d'Ille montre ces scènes, dont un miracle en faveur d'un marchand de Perpignan.
L'iconographie le présente en frêle adolescent, tenant un lys de pureté d'une main, et de l'autre un livre sur lequel est juché l'enfant Jésus. Cette image, parfois un peu mièvre, ne correspond pas à son aspect physique d'hydropique, mais veut exprimer le rôle qu'il assignait à l'amour divin qui pénètre la volonté, le cœur, et qui est source de profonde connaissance spirituelle. Il concevait la prière comme relation d'amour, qui pousse l'homme à un dialogue affectueux avec le Seigneur, enveloppant doucement l'âme d'une joie ineffable. Laissons-lui le dernier mot : « Si tu prêches Jésus, il libère les cœurs durs; si tu l'invoques, il adoucit les tentations amères; si tu penses à lui, il illumine ton cœur; si tu le lis, il comble ton esprit ».

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Saints Cyrille et Méthode - 14 février

Les Saint-Patrons de l'Europe.
Dans les années 1950, l'Europe prend conscience d'elle-même, d'abord dans sa partie occidentale à la suite des horreurs de la guerre.  Le rôle civilisateur et unificateur des monastères bénédictins, au Moyen Âge, incite Pie XII à proposer, dès 1958, Saint Benoît comme « Père » à cette Europe qui panse difficilement les plaies des luttes fratricides et des totalitarismes. Paul VI le proclame Patron en 1964. Mais une vision plus large de l'espace européen va s'imposer malgré la division politique est-ouest : Jean-Paul II, artisan majeur de la libération des pays de l'est déclarait en 1984 : « Parmi les chrétiens divisés grandit l'exigence profonde de retrouver leur unité historique pour construire ensemble la maison de famille des peuples européens. L'unité des chrétiens est profondément liée à l'unification du continent : c'est notre vocation et notre devoir historique à l'heure présente ».

Aussi, en 1980, va-t-il associer au père du monachisme d'occident, deux moines évangélisateurs de l'orient slave, les Saints Cyrille et Méthode. Leur mémoire liturgique, le 7 juillet à l'origine, passait bien inaperçue ; c'est désormais une fête, fixée au 14 février, anniversaire de la mort de Cyrille. Leur père, militaire de haut rang à Salonique, mourut jeune : Constantin (qui deviendra Cyrille) avait 14 ans et Michel (le futur Méthode) 25 ans. Le ministre Theociste se chargea donc de leur éducation. Constantin devint l'un des intellectuels les plus brillants de Constantinople et commença une carrière de diplomate. Son aîné Michel entra en religion en 856 au monastère du mont Olympe sous le nom de Méthode, suivi bientôt par Constantin. Là ils créeront l'alphabet glagolitique, à l'origine du cyrillique actuel, pour traduire les textes sacrés en langue slave. Ils vont d'abord évangéliser la Crimée et les bords de la Mer Noire, d'où ils rapportent les reliques du pape Clément Ier mort en exil.
A leur retour, le prince de Moravie ayant demandé à Constantinople des clercs capables d'instruire ses sujets dans leur propre langue, les deux frères furent envoyés en mission chez les slaves d'Europe centrale. Mais l'influence germanique commençait à s'exercer sur ces contrées et la mission contrariait les prétentions de l'archevêque de Bavière. Ils durent donc chercher à Rome l'appui du pape, les reliques de Clément Ier qu'ils rapportaient facilitant leur démarche.
Le pape Adrien II accepta l'usage du vieux slave comme langue liturgique, et consacra Constantin évêque. Mais peu de temps après, devenu moine sous le nom de Cyrille, il mourut. Adrien nomma alors Méthode archevêque de Pannonie, et missionnaire pour les Slaves. Mais l'opposition des évêques allemands ne désarmait pas : il faudra l'intervention du pape Jean VIII pour que Méthode, emprisonné en Souabe soit libéré. Appelé à Rome, approuvé par ce pape et consacré évêque de Moravie, il fit un dernier voyage à Constantinople et mourut en 885. La région sera ensuite reprise en main violemment et latinisée par des clercs germaniques, et l'invasion magyar finira de ruiner en apparence l'œuvre de Méthode, mais la dispersion des disciples fera essaimer la liturgie et le nouvel alphabet dans les pays voisins, Macédoine et Bulgarie, chez les Serbes et les Russes, qui lui doivent pour beaucoup leur foi et une culture exprimée en langue vernaculaire.
Pour nous, européens qui voyons enfin s'estomper la frontière religieuse qui sépara le christianisme latin et le grec, et celle qui coupa en travers l'Europe politique, les deux saints frères, derniers acteurs d'un christianisme d'avant la rupture entre Rome et Constantinople, retrouvent une exemplarité très actuelle. Par l'importance qu'ils ont donné à l'inculturation dans la diffusion de l'évangile, ils concernent même tous les peuples. De bons patrons pour l'Europe !

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Saint Honorat de Lérins, évêque d'Arles - 16 janvier

L'église Saint-Jacques conserve d'importantes reliques de Saint Honorat, qui avaient fait la renommée du couvent des grands carmes de Perpignan. La disparition de cette communauté a conduit chez nous à l'oubli de ce glorieux personnage, un de ceux auxquels on doit l'expansion du christianisme et le développement du monachisme en Gaule méridionale. Fait rare, on connaît sa vie par une source très sûre, où la légende n'intervient pas, ou très peu : le témoignage écrit de son compagnon et successeur Hilaire.

Honorat naît vers 375. Issu de l'aristocratie gallo-romaine, il reçoit une éducation soignée (philosophie, rhétorique). Mais il manifeste très tôt le désir du baptême, qui entraîne un renoncement radical au monde. La vie monastique l'attire, ce qui entraîne l'hostilité de sa famille d'autant plus qu'il y entraîne son frère Venance. On tente vainement de les distraire. Leur réputation grandit. Effrayés par cette gloire, ils décident de fuir avec Caprais leur compagnon, en Orient, patrie du monachisme. Venance y meurt, Honorat et Caprais reviennent en Occident. Après un bref séjour en Italie, ils tentent une expérience érémitique près de Fréjus, où l'évêque Léonce les accueille et ordonne prêtre Honorat. De nouveau leur réputation attire les visiteurs. Ils partiront donc vers 410 à Lérina, petite île déserte de l'archipel de Lérins. Même là, les foules accourent.
C'est l'époque où surgissent un peu partout des lieux de vie monastique en commun : à la suite de Saint Pacôme, dès le milieu du IVe siècle, saint Basile, en Orient, fonde des communautés. Le récit de sa vie se répand en Occident. Jérôme, venu vivre à Rome auprès du pape Damase en 382, propage l'idéal ascétique ; Martin fonde Ligugé puis Marmoutier ; Cassien fonde Saint-Victor de Marseille. Honorat lui aussi doit renoncer à la solitude, et organiser une vie communautaire, fondée sur la joie de vivre sous la discipline et l'ascétisme : « Il faut que l'esprit reconnaisse sa nature supérieure et livre combat aux vices ». Il veille beaucoup à la cohésion de sa communauté. La fondation prospère, son rayonnement en fait une véritable pépinière d'évêques : Hilaire d'Arles, Loup de Troyes, Hucher de Lyon, Vincent de Lérins, Fauste de Riez, Salvien de Marseille ont tous vécu dans l'île avant l'an 430.
Mais Honorat devra renoncer à finir sa vie dans la paix de son île quand, sans avoir été consulté, il est choisi pour le siège épiscopal d'Arles. Les empereurs résidaient dans cette ville depuis 395. C'est ce qui explique que la discorde et l'intrigue régnaient dans les milieux ecclésiastiques, car le choix de l'évêque métropolitain et primat des Gaules suscitait des luttes partisanes plus socio-politiques que religieuses. L'élection est contestée. Alerté, le pape Célestin ler, qui n'avait aucun grief contre Honorat, écrivit en 428 à tous les évêques de la région pour leur demander qu'à l'avenir « on n'élise un prêtre venant d'une autre Eglise que dans le cas où aucun clerc de l'Eglise à pourvoir ne serait jugé digne ».
Trouvant les caisses du trésor pleines, Honorat exclut, nous dit Hilaire, d'amasser injustement des richesses, et tout ce qui avait été accumulé sans but fut enfin affecté à des usages légitimes. Il ne réserva donc pour l'évêché que le nécessaire au ministère. Dès lors la ville commença à respirer, la concorde revint ! « ». Honorat fit rapidement l'unanimité dans son diocèse. Mais épuisé par ses efforts, il meurt le 16 janvier 430, entouré de l'affection de son peuple, non sans avoir désigné, pour lui succéder sur le siège d'Arles, Hilaire qui avait vécu auprès de lui au monastère de Lérins.
Son exemple démontre que la vie monastique n'est pas une fuite, que l'ascétisme qui trempe le caractère, prépare à l'exercice sans compromission des responsabilités les plus délicates. Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu.

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Saint Jean-de-Dieu - 8 mars

Nous avons souvent une vision bien conformiste de la sainteté : pourtant elle peut assumer et transfigurer les aspects les plus inattendus de notre nature, et les exemples de manquent pas de personnages hors norme, fantaisistes, originaux jusqu'à l'extravagance reconnus saints. Tel est le cas pour Joaõ Ciudad.

Quelle vie agitée ! Il naît en 1595 à Montemor au sud du Portugal au sein d'une famille très modeste. Ses parents émigrent dix ans plus tard en Extremadura. Encore enfant il fugue pour rejoindre un prêtre gyrovague que ses parents avaient hébergé : désespérée de sa disparition, sa mère tombe malade et, sur le point de mourir, annonce qu'une vision l'a rassurée sur le sort et l'avenir de son fils disparu. Son père, une fois veuf, devient franciscain. Jean, quant à lui, se retrouve aux mains d'un employé du comte d'Oropeza dont il garde les troupeaux. Mais il apprend à lire, et gère brillamment une ferme de son employeur qui veut alors le marier à sa fille. Il se dérobe en s'engageant dans l'armée de Charles-Quint. Dans une situation désespérée, il invoque la Vierge qui lui apparaît et le sauve. Mais rien ne change : redevenu berger, puis à nouveau soldat, il participe à la défense de Vienne assiégée par Soliman, puis rejoint Ceuta où, travaillant comme tailleur de pierres, il se propose de ramener à l'Eglise les chrétiens apostats. Mais un franciscain lui ordonne de retourner en Espagne où Dieu lui communiquera ses volontés : le voilà donc marchand ambulant de livres et d'images. Il finit par ouvrir une petite librairie à Granada.
Là, à l'âge de 42 ans, à la suite d'un sermon de Saint Jean d'Avila, il connaît un choc spirituel bouleversant. Par pénitence il traverse la ville, nu et couvert de boue, sous les railleries des enfants : il est pris pour un fou et emprisonné, puis libéré à la demande de Jean qui le conforte dans l'idée de se consacrer aux miséreux et lui donne une règle de conduite. Après un pèlerinage à Notre-Dame de Guadalupe, sans aucun moyen mais confiant en la providence, il fonde un hôpital : il quête chaque jour en criant : « Frères, faites-vous du bien à vous-mêmes en donnant aux pauvres ! » Très vite, on le surnomme Jean de Dieu. Les dons arrivent au fur et à mesure des besoins, des disciples se joignent à lui pour fonder une congrégation. Il meurt le 8 mars 1550. Rainer Maria Rilke raconte, dans ses Cahiers de Malte, qu'en train d'agoniser, Jean-de-Dieu se leva soudain pour aller détacher dans un jardin proche un homme qui venait de se pendre.
L'hôpital prospère, l'Ordre Hospitalier essaime, en Espagne, en Italie et de là en France au début du XVIIe. Jean-de-Dieu sera canonisé en 1690, déclaré patron des malades et des hôpitaux en 1886 et protecteur des infirmiers et infirmières en 1930. On ne compte plus les institutions de soins qui portent son nom. Aujourd'hui, l'Ordre de Saint Jean-de-Dieu est présent sur les cinq continents, avec environ 1200 frères, une cinquantaine de novices, 262 communautés dont 160 en Europe, 40 000 collaborateurs laïcs. Il gère des hôpitaux, des maisons de santé, des centres de réhabilitation, des accueils de nuit, des écoles de formation…
On raconte qu'à son retour d'Afrique, Jean rencontra un petit garçon pauvre dont il eu pitié et qu'il chargea sur ses épaules. Alors qu'ils se reposaient tous deux au bord d'un cours d'eau, le petit garçon, tenant dans ses mains une grenade entr'ouverte surmontée d'une croix, se révéla être l'Enfant-Jésus. La grenade éclatée avec ses grains répandus, symbolise la fécondité (notre Vierge de la Magrana en témoigne) et la charité débordante : c'est tout naturellement qu'elle est devenue le symbole de l'ordre et de son fondateur.

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Saint Lin - 23 septembre

De la basilique de Barcelone au prieuré de Marcevol
Lorsque Gaudí, qui alliait le génie à la sainteté, entreprit l'œuvre de sa vie, la Sagrada-Família, il voulut que chaque élément fonctionnel fut chargé d'un sens symbolique : quatre piliers-évangélistes soutenant la coupole-Christ, piliers-apôtres de la nef centrale, … Rien que de très classique. Mais plus en détail, chaque fenêtre représente une région de Catalogne ou d'Espagne, et l'une d'elle notre Catalogne-nord ; chaque lobe de la fenêtre est attribuée à un sanctuaire important, et pour la nôtre par exemple Font-Romeu, ou Marcevol ! Chaque pilier des nefs latérales symbolise une église locale et porte le nom de saints qu'elle vénère. Bien sûr Elne figure parmi les diocèses catalans, avec, entre autres, le nom de saint Lin.

On peut s'étonner de l'importance de Marcevol aux yeux de Gaudí, et de la présence de ce saint Pape Lin, qui n'est pas l'objet d'une grande dévotion locale, bien qu'il figurât au propre du diocèse avant le stupide saccage qui l'a réduit à presque rien. Essayons d'éclaircir le mystère !
Lin est né vers l'an 16 après J.-C. à Volterra, en Étrurie. Venu à Rome pour ses études, il se convertit au christianisme ; il est ordonné prêtre par l'apôtre Pierre qu'il assiste dans sa charge, en l'an 44. Il fait la connaissance de Paul, qui cite son nom dans sa deuxième épître à Timothée : « Linus, Claudia et tous les frères te saluent ». Au témoignage d'Irénée de Lyon, « après que les apôtres Pierre et Paul eurent fondé et organisé l'Église, ils conférèrent à Lin l'exercice de la charge épiscopale. » On fixe les dates de son pontificat de 67 à 76. Dès le IVe siècle, on pensait qu'il avait subi le martyre le 23 septembre, ce qu'Irénée ne précise pas, et qu'il était enseveli aux côtés de Pierre.
Au cours de son pontificat, l'hostilité des romains à l'égard du judaïsme, suite à la destruction du temple de Jérusalem, conduisit les chrétiens à prendre leurs distances. Lin eut à combattre les hérésies : Ébionites, qui exigeaient l'observance de la loi de Moïse, et Ménandre qui suivait Simon le Magicien. Lin a introduit dans le canon de la messe le « Communicantes ».
Marcevol : L'ordre du Saint-Sépulcre avait été fondé en 1099, pour veiller sur le tombeau du Christ ; il s'étendit en Europe. En 1129, l'évêque d'Elne lui cède Nostra-Senyora de les Grades et ses dépendances : c'est là que les chevaliers construisirent le prieuré qui vivra jusqu'à la suppression de l'ordre en 1484. Le prestige des chevaliers en avait fait malgré l'isolement, un centre religieux : le pardon de la sainte croix attirait le 3 mai, des milliers de pèlerins. Et une légende, qui ne craint aucun anachronisme, racontait que la mère du premier successeur de saint Pierre y est enterrée. Voici l'histoire : la vieille dame, en chemin vers Compostelle, montait à Marcevol. Elle s'arrête, fatiguée, alors que l'orage menace. Passent, venant de Vinça, un brave homme et son âne chargé de farine. N'écoutant que son bon cœur, il dépose la charge et cède sa monture. Survient l'orage. La femme lui dit pourtant de ne pas s'inquiéter. Quand le paysan accourut le lendemain, la farine était intacte et sèche ! Mais, à son retour, la dame était morte. Son corps fut déposé sous l'autel de Notre-Dame-de-les-Grades.
L'énigme s'éclaircit un peu : il est bien ténu le fil qui relie la foi populaire, la légende, à l'histoire : nous n'en avons plus que des bribes décousues, Mais le lien reste suffisamment solide pour qu'un génie barcelonais se souvienne de notre hameau perdu, lors de la conception d'un des édifices religieux majeurs d'Europe, et il nous relie encore à nos origines dans l'histoire et dans la foi.

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Saint Nicolas - 6 décembre

Saint Nicolas de Myre (ou de Bari) fait l’objet, depuis peu, de nombreuses tentatives de récupération mercantiliste, (certaines villes ont même déposé la marque « Saint-Nicolas » !) On introduit partout des traditions venues des pays du Nord de l’Europe où il joue le rôle de porteur de cadeaux tenu dans les pays méditerranéens par les Rois mages et en France par le Père Noël (qui n’est probablement qu’un avatar de notre saint). Alors Perpignan fêtera-t-il les trois ? Ce ne sont pas les enfants qui s’en plaindraient.

Le culte de St Nicolas est très ancien dans l’Eglise grecque. Au 6ème siècle Justinien lui dédia une église à Constantinople. On attribue à la princesse byzantine Théophano, la diffusion de ce culte dans les pays que gouvernait au Xe siècle son époux, le roi germanique Otton II. En 1087, Myre étant tombée aux mains des musulmans, la dépouille du saint fut amenée à Bari en Italie. Pour la recevoir, le pape Urbain
II fit construire une église, qui devint un des grands lieux de pèlerinage de l’époque médiévale, d’où le culte se diffusa dans tout l’occident. En 1477 René II de Lorraine le fit patron de son duché, en signe de reconnaissance pour l’avoir sauvé des bourguignons. Le Nicolas historique est né vers 255 en Asie mineure, à Patare, port florissant où Saint Paul s’était embarqué. Orphelin très jeune, il fut choisi comme évêque de Myre, aujourd’hui Demre, charge qu’il assuma avec beaucoup d’attention. Il était apprécié pour son zèle, sa sainteté et ses miracles. Selon une biographie du IXe siècle, il fit le pèlerinage de Jérusalem. Emprisonné et maltraité lors des persécutions de Dèce, il fut libéré à l’avènement de Constantin. Il participa, avec véhémence dit-on, au concile de Nicée qui, en 325, précisa la nature du Christ, vrai Dieu et vrai homme. Ensuite, la légende vient remédier à la concision de l’histoire par de savoureux épisodes :
Le jeune Nicolas apprenant que trois filles risquaient de tomber dans la prostitution car leur père ruiné ne pouvait les doter, résolut de les assister : il jeta discrètement une bourse de pièces d’or dans la maison et la fille aînée put ainsi se marier. De même pour la deuxième. Pour la cadette, trouvant la fenêtre close, il grimpa sur le toit et fit passer la dot par la cheminée, façon d’opérer reprise depuis par le Père Noël.
Mais surtout, devenu évêque, il délivra trois enfants qu’un boucher peu regardant voulait transformer en salaisons. Selon certaines versions il les ressuscita alors qu’ils étaient déjà dans le saloir ! C’est ce qui explique son rôle dans le folklore des régions de l’est et du nord de la France, de la Suisse, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la Belgique, la Pologne, l’Autriche, la Russie, …
Saint Nicolas apparut en songe à Constantin pour sauver trois officiers impériaux condamnés à mort par erreur.
Une autre scène d’apparition du saint est souvent représentée chez nous où le commerce maritime était florissant, par exemple sur les retables de Camelas, de Canapost, et peut-être celui de la Loge de Mer : des marins en difficulté le voient intervenir pour calmer la tempête et sauver leur bateau et sa cargaison de blé très attendue à Myre.
De tels épisodes justifient que, selon les pays, Saint Nicolas soit le patron des enfants, celui des banquiers et des prêteurs, celui des marins, pilotes, dockers et débardeurs, ou encore des boulangers, des condamnés injustement, et même des filles à marier. Il l’est même, plus curieusement, des brasseurs, des cireurs de chaussures, et enfin …des poètes.
C’est un peu trop, mais quel témoignage de popularité !

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Saint  Philippe Néri - 26 mai

“ Le saint de la joie ”
Terrible époque que ce seizième siècle pour le christianisme : l’institution ecclésiale, engluée dans les enjeux de pouvoir et fragilisée par la décadence des mœurs, subit le grand schisme protestant qui la brisera, non sans violences, en confessions rivales. La société italienne n’est pas épargnée: sac de Rome par l’armée impériale, insurrection de Florence contre les Médicis. L’Eglise réagit par la réforme catholique qui impose au clergé une stricte discipline de comportement, une rigueur au moins de façade.

Or voici donc que surgit un saint de la joie, de la liberté d'esprit, un homme de foi doublé d'un anticonformiste qui n'hésite pas à revendiquer ses excentricités ! L'action de l'Esprit semble parfois paradoxale.
Filippo Neri nait à Florence le 21 juillet 1515, fils de notaire, il subit l'influence des Dominicains de San Marco, et de Savonarole, le grand agitateur. Encore adolescent, il est promis à une vie de négociant aisé, mais finit par tout quitter et part pour Rome. Là, sans appui ni argent, il est recueilli par un florentin dont il assure l'éducation des enfants, tout en étudiant les sciences ecclésiastiques. Dans une ville qui se relève du pillage, les mœurs des fidèles, jeunes en particulier, mais aussi des ecclésiastiques, demeuraient souvent peu évangéliques. Lui, pourtant, choisit le genre de vie assez particulier de l'ermite urbain : port d'un habit caractéristique, vie d'ascèse et de prière, soins aux malades. L'apostolat des rues surtout auprès des jeunes, ainsi que des pérégrinations dans la campagne et dans les catacombes romaines lui font rencontrer des frères vivant comme lui. C'est là qu'une expérience mystique l'emplit d'une joie folle qui lui vient tout entière de l'amour de Dieu.
Il commence sa prédication comme laïc. Très soucieux des besoins de son temps, il rassemble une quinzaine d'hommes voués au soin des pèlerins. Il fondera une maison de convalescence. Ordonné prêtre à la demande de son directeur en 1551, il s'installe à San Girolamo, puis à la Chiesa Nuova où sa renommée s'accroît. Il a le contact facile : il répond sans se lasser, d'un bon mot, ou d'un geste complice. Ces jeunes qu'il sent loin du Christ, il a le don de les faire méditer et prier, se déplacer tous ensemble dans Rome pour se réunir ici ou là, au vu et au su de tous. Il ose leur donner la parole. Il n'enseigne aucune doctrine particulière, n'impose aucune pratique, il suggère tout au plus : « Tenez vous tranquilles, si vous pouvez ! ». «Amusez-vous bien, mais n'offensez pas le bon Dieu !» Mais on ne peut vivre avec Philippe sans être transformé : il ouvre à tous sa pensée et son cœur. Il ne donne que son amitié, mais c'est sa vie intérieure qu'il communique. Il a l'art de voir les choses du bon côté. Gai, plein d'entrain, d'enthousiasme et d'imagination, il humanise la religion. Et il étonne ses supérieurs, ses méthodes font scandale. Son amour de l'église ne lui évite pas d'en recevoir des souffrances : il est jalousé, calomnié, menacé de condamnations. Il attire pourtant des compagnons désireux de vivre à son exemple, et finira par fonder, à contrecœur, la congrégation de l'Oratoire promise à un brillant avenir. Mais cet homme d'action restait un mystique enflammé. Il était souvent pris d'extase, en célébrant la messe, et évitait de le manifester au moyen d'une distraction : il poussait le missel, et lisait une histoire drôle, ou bien il caressait son chat couché près de lui sur l'autel… il pouvait alors reprendre le cours de sa messe. Il aurait même, à la grande joie de l'assistance, tiré la barbe d'un garde suisse pendant la procession du Saint-Sacrement. Le tempérament très spécial de ce prêtre un peu trop original permit à des milliers de gens de se laisser saisir par la mystique et l'amour si particulier qui l'habitent. On s'amuse parfois en compagnie des saints.
Il meurt à Rome le 26 mai 1595. Aucun autre n'a travaillé avec autant de succès à corriger le visage de la Ville Éternelle, qui en a fait son patron. Son action inspirera hors de l'Italie bien des initiatives au service des jeunes et ses intuitions sont toujours d'actualité. Béatifié dès 1615 et canonisé en 1622, surnommé le « Saint de la joie », il est fêté le 26 mai.

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Sancta Teresia  - 1er et 15 octobre

Amour et sincérité  
Elle perdit sa mère dès l'enfance. Elle montra une nature passionnée et une imagination fertile. Elle aimait prier. Après son entrée au Carmel, sa santé se détériora, et l'austérité, la pauvreté vécue n'arrangeait rien. Elle rédigea son autobiographie. Le mysticisme de son œuvre influença durablement les théologiens. Dans toutes les pages du livre de sa vie se voient les marques d'une passion vive, d'une franchise absolue. Toutes ses révélations témoignent de son expérience d'une union spirituelle profonde avec le Christ. Au fait, de qui s'agit-il donc ?

Le premier octobre, nous faisons mémoire de Thérèse de Lisieux, « la petite », morte très jeune le 30 septembre 1897 et le 15 de Teresa d'Avila, « la grande », décédée après une vie active et mouvementée la nuit du jeudi 4 au vendredi 15 octobre 1582 (au moment du décalage du à la réforme du calendrier). Et à l'une comme à l'autre conviennent parfaitement ces traits biographiques.
Pourtant tout semble les opposer :
Teresa, aristocrate, orpheline mal influencée à l'adolescence, mène une vie de coquette frivole, ce qui conduit son père à l'enfermer dans un couvent. Ce n'est qu'après une sérieuse maladie qu'elle choisira de rentrer dans les ordres, allant jusqu'à fuguer pour rejoindre le monastère, ce qui ne l'empêcha pas, vu le relâchement de la discipline qui régnait alors dans l'ordre, de mener pendant plus de vingt ans une vie plutôt mondaine, spirituellement médiocre. Vient sa conversion ! Elle engage alors une lutte contre l'affadissement de la vie religieuse par la réforme drastique de son ordre, ce qui lui vaudra des tracasseries de l'inquisition, et des persécutions lancées par l'ordre carmélite de l'ancienne observance. Cela ne l'empêchera pas de fonder une douzaine de carmels réformés. Elle laissera aussi une œuvre littéraire qui la met au rang des classiques de la littérature castillane.
Thérèse, issue de la petite bourgeoisie, ne désire que le carmel, contre l'avis de son père, qui pourtant ne s'opposera pas à sa vocation. Elle harcèle son entourage, son évêque, et ose même s'adresser au pape pour y entrer avant l'âge requis. Religieuse exemplaire, elle pratique scrupuleusement l'obéissance et vit dans la discrétion. Spirituellement unie aux missionnaires qu'elle admire et soutient de ses prières, elle ne sortira jamais de son couvent. À sa mort, elle était inconnue au point que la supérieure de son monastère s'étonnât de l'introduction de sa cause en béatification. Qu'est ce donc qui unit ces deux personnages, au-delà de l'habit carmélitain, et de leur popularité durable auprès des croyants ? C'est surtout un mysticisme profond, une vie abandonnée sans réserve à l'amour de Dieu, dont l'une et l'autre ont rendu compte dans des écrits autobiographiques d'une totale franchise, sans fausse pudeur, sans cacher les difficultés et le passage par cette « nuit obscure de l'âme » dont parle Saint Jean de la Croix.
Cet amour qui les ouvre au monde, dans l'action ou la prière. « Il faut toujours prier comme si l'action était inutile et agir comme si la prière était insuffisante. » disait Thésèse. Cet amour qui les comble et leur donne pleine confiance « Nada te turbe, nada te espante, todo se pasa, Dios no se muda. La paciencia todo lo alcanza, quien a Dios tiene nada le falta, solo Dios basta », écrivait Teresa.
Amour : l'iconographie, non sans un brin de mièvrerie, les montre, l'une répandant une pluie de roses, l'autre brandissant un cœur enflammé ou transpercé du glaive de l'amour par l'ange. Amour et sincérité : voilà ce qui les rend si accessibles aux humbles ; tout en faisant d'elles, aux yeux des savants parfois réticents, des docteurs de l'Eglise. Deux beaux exemples !

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