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Résurrection ou réincarnation ?
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Credo in unum Deum

La Résurrection 

  proclamation et résurrection
 

Le fait de la proclamation de la résurrection du Christ est inséparable du fait de la résurrection elle-même.

 

Il y a un fait historique sûr et certain, et que personne ne peut nous contester : après sa mort, Jésus-Christ a été proclamé « ressuscité », c'est un fait historique. Si le fait de la proclamation de Sa résurrection est établi, le problème que nous avons à résoudre aujourd'hui porte sur le fait de la résurrection elle-même.

Autrement dit, il faut que le fait de la proclamation, ce fait transmis par la prédication apostolique soit lié au fait de ce qui est proclamé. En conséquence, le fait indéniable de la proclamation, si cette proclamation n’est pas une imposture, doit reposer sur le fait de la résurrection, toujours selon Saint Paul. Il faut ainsi tenir à l'expression « le fait de la résurrection ». Pour un Chrétien, la résurrection est un fait au sens plénier et entier du mot. Le problème consiste dans le processus qui établit ce fait.

Comment concevoir la résurrection ?

Qu'est-ce que la résurrection, si nous admettons comme Chrétien qu'elle est un fait et non pas un mythe, si nous voulons expliquer en quoi elle est un fait puisque de ce fait, il n'existe aucun témoin direct ? Telle est la difficulté : c'est un fait dont nul n'est directement témoin indépendamment d’une Révélation Divine, qui fait partie de ce que Dieu nous révèle, qui appartient à l’objet de la révélation, lequel n’est connu que moyennant la foi. Que la résurrection du Christ soit connu ex fide et proclamé de fide ne contredit pas l’idée qu’elle soit réellement arrivée, comme si tout ce qui arrive devait être nécessairement établi par la seule raison comme faculté et comme moyen d’enquête, puis comme moyen de nécessaire adhésion.

Nous sommes ici au cœur du rapport entre histoire et foi. Nous avons affaire à un événement historique fondé sur la foi. Le fait qu'on y adhère par la foi ne signifie pas qu'il ne s’agisse pas d’un événement historique, non pas au sens de ce que la science historique est capable de reconstituer hypothétiquement par ses propres méthodes, mais au sens de ce qui arrivé réellement dans l’histoire, restant sauve la question du rapport entre le temps et l’éternité. On peut voir pour le cas de la résurrection, l'application directe de la difficulté d'articuler histoire et foi. C'est donc un fait qui appartient à l'objet de la Révélation Divine, qui fait donc partie de ce que Dieu nous révèle ; par conséquent, il n'est connu que moyennant la foi, puisque par définition l'objet de la Révélation Divine est connu moyennant la foi.

Connaissances et croyances

Quelle est la somme de connaissances que nous avons et qui nous servent à vivre, et qui sont le fruit d'une adhésion purement rationnelle ? En fait très peu, notre vie est faite de croyances de divers degrés ; ce n'est donc pas parce que vous n'avez pas la certitude personnelle rationnelle établie par la règle de la démonstration scientifique qu'une chose n'est pas, que cette chose n’est pas. Êtes-vous allés contrôler personnellement que l'Angleterre est une île ? Bien avant les satellites, le fait avait été empiriquement établi, et ceux qui le croyaient n'avaient pas nécessairement eux-mêmes fait le tour de l'Angleterre pour en être bien sûr… La connaissance de foi a une dimension empirique objective fondée sur le témoignage des apôtres, sur la confiance que nous accordons à l’authenticité de leur propre expérience du Ressuscité.

Selon les catégories classiques de l'enseignement théologique, ce qui est révélé par Dieu est connu par la foi et l'objet de la Révélation, qui est l'objet primaire de l'infaillibilité de l'Église, est donc aussi objet de la foi. Dire que la résurrection est au cœur de la foi, c'est dire qu'il faut, non pas seulement y croire, mais aussi la croire vraie, refuser de dire que c'est une c'est l’expression mythique d’une espérance, déçu ici-bas. C'est la nature même de notre foi qui exige que nous ne nous contentions pas de dire : oui c'est quelque chose qui est dans ma tête ; il faut ajouter que ça s'est réellement passé, qu’il s’agit d’un fait objectif indépendant de la perception que j’en ai.

Dans les manuels classiques, la résurrection du Christ était considérée comme la meilleure confirmation de la divinité de Jésus, comme le miracle suprême qui rendait vrais tous les faits précédents. On insistait beaucoup sur les éléments contenus dans les quatre récits évangéliques, et en particulier sur le détail du tombeau vide et sur l'annonce faite aux disciples. L'accent était mis sur la grandeur du miracle et moins sur le mystère de l'événement ou sur les effets qu'il avait produits dans la vie de qui ce miracle touchait. Autrement dit, on insistait sur la dimension d'autorité de la résurrection :  la résurrection avère tout ce qui a été affirmé par le Christ ; et on négligeait une vision plus économique visant à comprendre l'événement lui-même. La résurrection n'est pas qu’une preuve, elle appartient au mouvement même de l'histoire du salut.

Contre cette position unilatérale, Bultmann soutint que le Ressuscité ne pouvait être rencontré seulement dans la foi. Il n'avait pas tort, sauf dans la conclusion qu'il en faisait. Il disait : qui veut démontrer l'objectivité du fait rend vaine la prédication apostolique parce qu’un cadavre ne peut pas retourner à la vie, le fait est donc un mythe et, ce qui compte, c'est que se soit réalisée l'intervention eschatologique de Dieu qui accomplit cette histoire. Croix et résurrection sont l'événement cosmique qui est le signe définitif du jugement de Dieu. On voit là une autre vision unilatérale. Il y a donc aujourd’hui le risque de deux extrêmes : la position de l'apologétique classique et son dépassement par  Bultmann  et consort, et qui engendre un scepticisme quant à la réalité de la résurrection.  Ce n'est plus seulement une séparation entre foi et histoire, mais une séparation entre histoire et réalité, et cela a des conséquences. Car si la foi n'est pas dans la réalité sous prétexte que la réalité se réduit à l'expérience vérifiable et démontrable de l'objet du réel, alors l'expérience religieuse n'est qu'une projection pathologique de quelqu'un sur lui-même, et l'expérience religieuse n'a aucun fondement légitime, elle n'est pas réelle. Les gens qui vivent dans les monastères sont donc en dehors de la réalité et ceux qui s'intéressent à la théologie sont des gens un peu superstitieux qui fuient la véritable science du réel qu'est la sociologie, la statistique, l’économie et la biochimie. Or, il est permis de penser que la théologie n'est pas moins réelle que la science des sondages. La réalité au sens de présence, au sens de disponibilité à ce qui m'environne, qui me comprend moi-même et qui n'est pas moi, à ce qui me convient et ce qui ne me convient pas, cette réalité-là rentre parfaitement dans le champ de la question de la foi et de la question de la résurrection. La question que nous pouvons poser et qui est l'objectif de l'exégète catholique contemporain, pourrait être celle-ci : quelles sont les traces de réalité dans les récits évangéliques, dans la confession de foi ?

En quoi la résurrection est-elle un fait ?

Ceci n'est pas une question oiseuse, c'est une question essentielle en raison de ce qu’elle implique pour nous. Si notre foi est l'avènement d'une rencontre, il faut que cette rencontre soit réellement arrivée dans l'histoire universelle et pas seulement dans l’acte de notre conscience personnelle. La conscience joue une place essentielle, mais il y a d'autres médiations, il y a la Tradition, les structures, l'Eglise, la communauté, il y a la famille, le pays, la culture… Il y a toutes les expériences que nous faisons. Donc, il faut tenir la présence historique non pas seulement de la proclamation, mais aussi de l'événement lui-même, non pas seulement de la confession de foi mais aussi de l'objet de foi, la réalité de la foi se fondant sur la réalité de son objet, elle-même indissociable de son historicité.

Pour Oscar Cullmann, il faut bien saisir ce qu’est l'eschatologie : elle n'est pas seulement le mouvement de ce qui doit advenir, encore inaccessible, elle est aussi le mouvement de ce qui arrive, le mouvement d’une actuation. Il y a donc un lien entre le fait historique et le sens eschatologique, entre l'événement et sa signification. Pour la foi chrétienne, le fait historique n'est pas séparable du sens eschatologique. La résurrection est objet de foi, cela est vrai ; elle est connue moyennant la foi, cela est vrai ; mais ce sont des signes et des motifs historiques qui la légitiment comme événement, c'est bien ce que reconnaît la foi : un événement qui est bien arrivé dans l'histoire. Ces événements sont accessibles par l'enquête historique qui montre que l'affirmation de la foi en Jésus en tant qu’elle est enracinée dans l'histoire est une proposition sensée et crédible. Il ne s'agit pas de dire que l'enquête historique me permettra d'affirmer que le Christ est ressuscité ; les apôtres n'ont pas fait d'enquête historique avant de dire qu'Il était « vraiment » ressuscité, ils en ont fait l’expérience religieuse. Mais nous qui ne sommes pas les apôtres, nous pouvons dire : « une enquête historique va nous permettre d'établir que ce que nous croyons n'est pas bâti sur un mythe mais sur quelque chose de vrai, de réel ». Autrement dit, quand nous employons le mot « vraiment », nous embrassons la réalité dans son intégralité selon le principe de l'Incarnation, et pas seulement une espèce de tension intersidérale ou intergalactique saisie dans la seule conscience, dans l'inconscient, dans le subconscient, ou dans les cieux. Lorsque nous disons qu'une chose est réelle pour Dieu, nous disons qu’elle est aussi réelle pour l'homme, et nous incorporons la réalité entière. Lorsque nous disons que le Christ est vraiment ressuscité, nous n’employons pas une espèce de métaphore, nous disons que c'est vrai comme nous disons que nous sommes vraiment le fils de quelqu'un, que nous avons vraiment faim…

Il faut donc faire jouer la distinction entre fait et signe, entre objet de foi et signes historiques. La résurrection est d’une certaine manière un fait trans-empirique et méta-historique. La foi est la médiation d’un fait (par elle on le connaît et l’expérimente) et le fait dont elle est la médiation est aussi le signe de cette médiation. Pour appuyer notre théorie, nous allons nous appuyer sur ce que dit la Commission Biblique Pontificale (organisation du magistère romain) dans son étude de la relation entre Bible et christologie (De Sacra Scriptura et christologia). Elle offre des éléments herméneutiques importants. L'histoire du salut inclut de soi l'expérience commune, mais suppose une compréhension à laquelle on n’accède pas sauf au moyen de l'intelligence de la foi. Cette observation s'applique de façon particulière à la résurrection du Christ, qui échappe par nature à une constitution purement empirique (« ratione mere empirica »). Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'expérience, mais cela veut dire qu'on n'est pas dans l’empirique pur d’autre chose en raison même de l’objet de cette expérience. En fait, cette expérience introduit Jésus-Christ dans le monde qui vient. Sa réalité peut être déduite comme vraie (« deduci ut verum ») à partir des manifestations du Christ glorieux à quelques témoins privilégiés, et elle est corroborée du fait de la tombe ouverte et vide. C’est ici la reprise de l'apologétique classique, qui, loin d’être fausse, est insuffisante, car il y a un « mais » qui ouvre à la critique contemporaine. La Commission ajoute en effet qu’il ne faut pas simplifier les choses en supposant que ce soit historique au sens où la seule ressource de la recherche scientifique pourrait la démontrer (« certo demonstrare ») comme un  fait accessible à n'importe quel observateur : aussi ici, la décision de foi, ou mieux, l'ouverture du cœur, guide la prise de position.

Ce texte reprend la position classique de la théologie, tout en y introduisant une dimension essentielle qui est le primat de la foi. Ce qui est vrai en matière de foi l’est dans un sens universel (et pas seulement pour celui qui croit), même si ce n'est pas le même registre de vérité ni le même but, et qu’il s’agit d’une vérité plus profonde qui touche tout l’homme, et en tout cas plus profondément. Elle est plus importante sans être moins vrai que « deux et deux font quatre », ni moins réelle que « l’eau me mouille ». Nous ne sommes pas des êtres irréels et ce que nous disons n'est pas irréel. Autrement dit, nous établissons notre foi sur un fait et non sur une légende ou un mythe. Ce n'est pas une construction mentale, c'est quelque chose qui est réellement arrivé, mais qui n'est pas perceptible en dehors de l'acte de foi. C'est ce que dit l'Église d'une manière générale, en matière de foi, les faits ce sont des choses auxquelles on adhère. On colle à ce fait lorsque l’on vit de ce fait, lorsqu’il continue d’être présent, actuel en nous.

 

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