Accueil > Les paroisses catholiques > Ce que je crois > La Résurrection > Énoncés du témoignage pascal

Ce que je crois

 
Contact
Abbé Grégory Woimbée Curé-Archiprêtre
06 23 73 49 78 Contact
 
 
Résurrection ou réincarnation ?
Lire la conférence de l'Abbé Woimbée
Credo in unum Deum

La Résurrection 

  divers registres littéraires et théologiques
 

Il y a deux registres dans la communauté primitive pour affirmer sa foi en la victoire définitive de Jésus sur la mort : dans les professions de foi, on affirme le fait de la résurrection de Jésus ; dans les hymnes, on proclame l'élévation du Seigneur (on aura donc ici plutôt le vocabulaire de l'exaltation, de la glorification, une image spatiale).

 

C'est le verbe grec égueireîn qui veut dire réveiller, lever, mais c'est surtout le verbe grec anistèmi (et le nom anastasis qui a donné Anastasie).

Il semble que la formulation la plus ancienne du message pascal soit connue comme « résurrection » et que le langage de l'exaltation lui soit postérieur. L'inconvénient de ce registre, c'est qu'il peut s'appliquer à beaucoup d'autres cas de résurrections, la résurrection n'étant pas un fait nouveau dans la Bible (Elie, Elisée, Lazare) et faire perdre le sens spécifique de la résurrection du Christ qui est une résurrection eschatologique.

Lorsque la Sainte Ecriture nous parle de la résurrection de Lazare, on peut penser que les écrivains sacrés sont quelque peu téméraires en n'hésitant pas à confronter la résurrection de Lazare et la résurrection de Jésus qui est le message central de l'Ecriture.

C’est encore ici un élément qui nous permet de dire qu'on n'est pas dans une construction accommodante, mais qu’on est dans une réalité à laquelle les apôtres tentent de faire face avec des moyens et des représentations qui sont les leurs.

 
  Comment traduire le caractère unique
        et fondamentalement nouveau de l'événement Jésus-Christ ?

Le danger pour les contemporains ( et aussi pour nous) c’est de perdre de vue le caractère spécifique de la résurrection du Christ qui est une résurrection non pas purement terrestre mais eschatologique (le Christ ne revient que pour repartir, il est dans la Gloire). Le Christ ressuscité est comme absorbé par le Christ glorieux ; on n’a pas affaire à un retour de la mort, on a affaire à un passage à la vie. Dans son livre Les fins dernières, Romano Guardini montre bien que la mort n'est pas détruite comme fait, mais qu’elle est détruite comme signification, c'est-à-dire que la mort devient un passage à autre chose, une ouverture à Dieu alors qu'elle était une fermeture de l'humanité sur elle-même ; par la mort l'homme se traîne sur lui-même, par la résurrection du Christ la mort devient une ouverture sur l’infini, sur l’Amour. Pour éviter toute confusion entre la résurrection terrestre de Lazare et la résurrection eschatologique de Jésus, il faut entendre la précision de saint Paul en 1 Cor 15, 20 : « Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui dorment ».

 

La résurrection

Dans le langage de résurrection, on a un registre qui est associé souvent au registre du vivant et de la vie (« dzaô ») qui est présent dans les traditions lucanienne et johannique et qui implique un schéma qualitatif soulignant le  nouvel état du Ressuscité. On insiste sur la nouvelle condition assumée, c’est-à-dire la vie pleine : l’association de résurrection et de vie souligne l’opposition entre mort et vie (avant et après la mort) et manifeste l’identité entre Celui qui est mort et Celui qui ressuscite, identité qui comporte une vie nouvelle. Vivre c’est plus que de ne pas être mort ou mourir, c’est être vivant de la vie même de Dieu. Ressusciter, ce n'est pas seulement revenir de la mort, mais c’est être ressuscité, c'est changer. La résurrection est un état, le Christ est un Christ ressuscité :  il y a une identité entre Celui qui est mort et Celui qui ressuscite, c'est le même Jésus-Christ, mais cette identité comporte une vie nouvelle, c'est ce que souligne la profession de foi des apôtres. Ce n'est pas une invention a posteriori, est bien au cœur de la prédication apostolique ce sentiment que c'est le même Jésus-Christ que les apôtres ont connu, qu’ils ont aimé, qu’ils ont entendu, qu’ils ont servi, mais qu’Il est entré dans une vie nouvelle. Ils ne retrouvent pas le Jésus terrestre, mais le Christ ressuscité.

 

L'exaltation

Le langage de l'exaltation ou d'élévation ou encore de glorification est le second registre qui sert à proclamer le passage de Jésus de la mort à la vie. Du grec hupsoô, anlambanô (élever) ou doxadzô (glorifier), ce langage sert à décrire la nouvelle situation de Jésus après sa mort par laquelle il réalise sa promesse : « Je monterai à mon Père qui est votre père » (Jn 20, 17). C'est un langage qui est lié au titre de Seigneur (Kurios) et à l'appellation de Maranatha (notre Seigneur, viens ! en 1 Cor 16, 22), expression typiquement palestinienne. L'inconvénient de ce registre de l'exaltation, c'est qu'il peut faire s'interroger sur son incidence spécifique dans l'histoire. « Le Christ nous quitte », « Le Christ monte », voilà qui peut donner lieu à une compréhension purement spiritualiste de cette nouvelle vie de Jésus. Si le langage de la résurrection peut donner lieu à une vision trop charnelle ou trop physique, celui de l’exaltation, très lié à celui de l'Ascension comme apparition finale de Jésus, ne doit pas en contre-pied exprimer le départ ou la séparation d'avec le Christ qui serait désormais dans la vie éternelle et coupé de tout. Si ce langage souligne l’opposition entre bas et haut et manifeste la nouveauté radicale de la vie après la résurrection, il ne parle pas d’une séparation mais d’une mise en présence. Le Christ ressuscité est présent, et le signe de sa présence est l'Église avec la descente de son Esprit à la Pentecôte. La limite qu'avait le premier registre est compensée par le second (de même que celle du premier est compensée par le second). On voit bien que la vie  avec le Ressuscité est très différente qu’il y a un saut qualitatif, que dans la résurrection, la vie terrestre entre dans l'ordre de la promesse eschatologique. Le point de convergence entre les deux registres, c'est l’expression selon laquelle « le Seigneur se fit ou se laissa voir », vivant, mais d’une vie nouvelle.

 

 

Vous aimerez aussi ...