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La Résurrection 

  divers énoncés du témoignage pascal
 

Les énoncés qui nous transmettent le témoignage pascal se répartissent en deux blocs, en deux traditions littéraires, l’une est formulaire, l’autre est narrative.

 

La tradition formulaire

La tradition des formules est la plus ancienne, elle est surtout présente dans les Epîtres et dans les Actes des Apôtres, mais également dans les résumés évangéliques de la Passion. Nous savons que ces récits de la Passion sont les noyaux essentiels autour desquels se sont écrits les Évangiles. On trouve un premier type de formule :  « Dieu l'a ressuscité des morts » (Rm 4 , 24 ; 8, 11 ; 10, 9 ; 1 Cor 6, 14 ; 15, 15 ; 2 Cor 4, 14 ; Ga 1, 1 ; Col 2, 12). On trouve des formules où sont associées mort et résurrection (1 Th 4, 14 ; 1 Cor 15, 3s ; 2 Cor 5, 15 ; Rm 4, 25 ; Eph 1, 20 ; 1 P 1, 21). On trouve aussi des résumés de la Passion (Mc 8, 31 ; 9, 31 ; 10, 33s).  Selon sa propre expérience personnelle, saint Paul conçoit la connaissance du Ressuscité comme une révélation (Ga 1, 12.15s), comme une apparition (1 Cor 15, 5-8) et comme une connaissance (Ph 3, 8-10).

 

La tradition narrative

La tradition formée par des récits est plus récente. C’est le récit du tombeau vide (Mc 16, 1-13) et les récits des apparitions ou christophanies, lesquels se présentent comme des récits de conversion (Ac 9 ; 22 ; 26), des récits d’envoi ou de mandat (Mt 28, 16-20 ; Lc 24, 36-39 ; Jn 20, 19-23) et des récits de reconnaissance (Lc 24, 13-45 : disciples d’Emmaüs ; Jn 20, 11-18 : Marie-Madeleine ; 21, 1-14 : disciples).  La résurrection du Christ a d'abord été annoncée aux hommes par des anges comme une Révélation Divine, et c'est ensuite à partir de cette Révélation Divine que les apôtres ont agi et ont transmis. La formule dit ce qui est transmis tandis que le récit raconte comment l’annonce a été transmise concrètement de Dieu au hommes et comment elle a fondé subjectivement l'engagement du croyant qui est sollicité par elle.

Mc 16 – 1, 8 est la première finale de cet évangile, et ce récit parle de la découverte du tombeau vide par les femmes, de la proclamation pascale comme étant une relation faite par les anges : « Il n'est pas ici, Il est ressuscité », ainsi que du silence des femmes qui la suivit.

 Mt 28, 1-20 raconte la découverte du tombeau vide qui contient le message pascal révélé : « Il n'est pas ici, Il est ressuscité comme Il l'avait dit » (vv. 1-8). La dernière incise montre que la résurrection accomplit la promesse, souci théologique majeur chez saint Matthieu. Il ajoute en outre, et c'est l'unique occurrence, que l'arrivée de l'ange fut comme un tremblement de terre, expression typique des révélations et des épiphanies dans l’Ancien Testament. La Révélation est faite aux femmes à Jérusalem (vv.9s), l'information est donnée aux soldats qui sont alors corrompus par les chefs des Juifs (vv.1-15). Le Christ ressuscité apparaît aux Onze en Galilée (vv.16s) puis donne mandat de faire de nouveaux disciples (vv.18-20). On a une structuration théologique extraordinaire ; on voit bien les rapports entre foi et mission, entre relation au Christ et relation à l'Eglise naissante dans la théologie matthéenne.

Luc 24, 1-53 raconte la découverte du tombeau vide et la révélation du message pascal : « Il n'est pas ici, Il est ressuscité ». Il y a aussi le fait nouveau que Jésus est dit « vivant » (vv.5.23) ; suivent dans le récit l'apparition à Emmaüs (vv.13-35), particulièrement développée, puis l’apparition à Jérusalem (vv.36-43). Charge est donnée aux disciples d'être témoins de ces choses (vv.44-49) et le récit se clôt sur l'Ascension du Seigneur (vv.50-53).

Jean 20, 1-29 présente la découverte du tombeau vide (vv.1-10) et l'apparition à Marie-Madeleine qui ne l'avait pas reconnu (vv.1-18), et ensuite aux disciples à Jérusalem, d'abord en l'absence de Thomas (vv.19-23), puis en présence de celui-ci (vv.24-29). On trouve de nouveau une extraordinaire construction théologique, un récit avec de multiples incises qui montrent d'une certaine façon la relation du disciple au Ressuscité, la relation du disciple à Jésus après la résurrection, dans la foi, c'est-à-dire que même pour le disciple, même pour celui qui a partagé Son existence terrestre, la relation au Christ après la résurrection est une relation de foi. C’est un point essentiel chez saint Jean : ceux qui ont vécu avec Lui et qui ont partagé son intimité ont besoin de la foi pour communier au mystère pascal. Ce qui est intéressant, c'est que tous les récits qui racontent des résurrections hallucinantes (les récits apocryphes racontent comment ça s'est passé à la façon des théophanies de l'Ancien Testament) ont été écartées par les autorités chrétiennes. Le Canon des Ecritures n’a conservé que les récits qui montraient qu'il n'y avaient pas de témoins immédiats du fait même de la résurrection. Or cela est très important : ce critère que nous mettons en avant aujourd’hui parce qu'on y est un peu obligé par la critique contemporaine et par la modernité, c'était la position des Apôtres. Les premières communautés chrétiennes n'ont pas eu besoin de se représenter la résurrection, d'en faire une construction mentale, le Christ était suffisamment merveilleux pour ne pas l’astreindre au genre littéraire du miraculeux. Et si Mathieu insiste sur la dimension théophanique de l’annonce de la résurrection (soit dit en passant : c’est l’annonce qui est théophanique non pas la résurrection elle-même…) en reprenant les catégories deutéro-testamentaires de la théophanie, c'est pour dire à ses contemporaines : c’est une Révélation, cet événement ne nous est donné que par une Révélation de Dieu. On peut dire que Mathieu est totalement « moderne » dans sa façon d'utiliser le tremblement de terre et le vent, puisqu’il manifeste bien que la résurrection du Christ, c'est dans la foi, dans la relation intime et spirituelle au Christ qu'elle se découvre.

L’appendice de Jn 21, 1-23 fait le récit des apparitions à sept disciples en Galilée, mettant le contraste entre le disciple bien aimé (Jean) et Pierre. L’appendice de Mc 16,9-20  parle de trois apparitions aux environs de Jérusalem (vv.9-11 ; vv.12s) où le Christ apparaît sous une autre figure ; puis ensuite, il y a Sa montée au ciel (vv.14-18) le soir du même jour.

L'événement de la résurrection dans le récit qu'on en fait est intimement lié à celui de l'Ascension. On peut citer ici une source qui n'est pas canonique mais qui  peut nous éclairer, c'est l'évangile apocryphe de Pierre (nn. 35-42) qui prétend expliquer sous une forme unique le moment de la résurrection de Jésus-Christ (qui n'est décrit dans aucun évangile canonique) sous la forme qui rappelle le récit de l'Ascension fait par Luc en Ac 1, 9-11. Voici en résumé : durant la nuit de samedi à dimanche, alors que les soldats montaient la garde à tour de rôle deux par deux, raisonna dans les cieux une grande voix ; ils virent les cieux s'ouvrir et en descendre deux hommes dans une grande splendeur et s'approcher de la tombe ; la pierre qui était adossée à l’entrée fut roulée et posée à côté, le sépulcre fut ouvert et y entrèrent les deux jeunes gens. À la vue de cela, les soldats réveillèrent le centurion et les anciens qui étaient aussi de garde pour leur expliquer ce qu'ils avaient vu. Ils virent encore trois hommes sortir du tombeau suivis par une croix. Ces trois hommes sortirent du tombeau, d'abord les deux êtres lumineux du départ, puis un troisième à leur suite. La tête des deux premiers joignait le ciel tandis que celle de celui qu'ils conduisaient par la main surpassait les cieux. Ils entendirent une voix dans les cieux qui disait : « As-tu prêché aux dormeurs ? » et par la croix se fit entendre une réponse : « oui ! » Le mot « dimanche », absent des évangiles canoniques mais fréquent dans l'Apocalypse ainsi que chez saint Ignace d’Antioche. La présence des autorités juives sur place sert à rendre au témoignage de la résurrection un caractère évident. L’image de Jésus accompagné par deux anges rappelle l’ajout en Mc 16, 4 dans ce qu'on appelle le codex Bobbiensis (4-5e siècle). Quant à la présence de la croix ambulante, elle peut se référer à un agraphôn cité par le Ps Barnaba 12, 1 (« quand le bois sera couché à terre et puis relevé », relevé traduisant le verbe anistémi qui sert pour dire la résurrection). La croix exprime la victoire sur la mort et la stature démesurée du Ressuscité est une manière de mettre l'accent sur la divinité que l'on trouve dans le Pasteur d’Hermas (en IX, 6,1). L'annonce à ceux qui dorment, on la trouve en Eph 4, 9 ; 1 P 3, 19 ; Ignace, Ad Magn. 9, 3 ; Pasteur d’Hermas IX, 16, 5. Ce qui est intéressant ici, c'est de voir ce qu'aurait pu être l'évangile canonique s'il n'avait pas été canonique, s'il n'avait pas été sérieux, c'est-à-dire si l'Évangile n'avait pas été la prédication des apôtres, mais une espèce de ramassis d’éléments piqués de droite et de gauche, souvent très valables par ailleurs, et composés dans un récit laissé à l’imagination débordante de son auteur et conforme à la rationalité du temps. Si les écrivains sacrés s’expriment dans les catégories de leur époque, il ne cèdent jamais à la sphère de crédulité de leur époque, car chaque époque à ses récits et qu’elles croient sans à nulle autre pareille, y compris la nôtre. Il est toujours plus facile pour convaincre de dire que l’on veut entendre.

 

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