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La Résurrection 

  arguments en faveur de la résurrection 
 

La question de la résurrection du Christ sous l’angle apologétique est la question de son historicité, de sa fiabilité historique (1).

 

La nécessaire « falsifiabilité » du Christianisme

En 2007, Simcha Jacobovici (2) prétend avoir découvert les ossuaires contenant les restes de Jésus et de membres de sa famille. Ainsi, il aurait découvert les ossements de l’homme dont les Chrétiens qu’il est ressuscité, c’est-à-dire corporellement revenu de la mort au matin de Pâques. Les conclusions de Jacobovici furent récusées par les archéologues, qu’ils soient Chrétiens, Juifs ou athées. Il n’existe aucune preuve scientifique qui puisse attester ce qu’il affirme. Mais là n’est pas le plus intéressant de l’affaire. Il réside dans la réaction de certains théologiens chrétiens à l’annonce de la « découverte » : « Même si tout cela est vrai – c’est-à-dire si on peut prouver scientifiquement qu’il s’agit bien du corps de Jésus  - cette révélation n’affecterait pas la foi chrétienne ». Et de fait, si Jocobovici avait eu raison, nos pères depuis la première annonce des Apôtres et nous-mêmes aurions tort et nous ne pourrions plus affirmer notre foi. La foi chrétienne en la résurrection du Christ repose sur la vérité d’un fait, sur l’historicité de ce qui est affirmé. Que l’on ait besoin d’y croire pour le confesser ne signifie pas qu’il n’ait pas besoin d’avoir eu lieu pour qu’on y croie. Si le Christ n’est pas littéralement et historiquement ressuscité, à quoi bon proclamer sa résurrection ?

Les Actes des Apôtres révèlent que le message central les Apôtres, ce que nous appelons le kérygme (« the » proclamation) était la résurrection de Jésus reconnu comme le Christ, l’envoyé du Père éternel et que de cet événement les Apôtres étaient les témoins oculaires, non pas au sens où ils auraient assisté à la résurrection, mais au sens où ils ont rencontré Jésus ressuscité.

2, 32 :
« Dieu l’a ressuscité, ce Jésus ; nous en sommes tous témoins. »

3, 15 :
« Tandis que vous faisiez mourir le prince de la vie, Dieu l’a ressuscité des morts, nous en sommes tous témoins. »

5, 30-32 :
« Le Dieu de nos pères a ressuscité ce Jésus que vous, vous aviez fait mourir en le suspendant au gibet. C’est lui que Dieu a exalté, par sa droite, le faisant chef et sauveur, afin d’accorder par lui à Israël la repentance et la rémission des péchés. Nous sommes témoins de ces choses, nous et l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »

10, 39-41 :
« Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Lui qu’ils sont allés jusqu’à faire mourir en le suspendant au gibet, Dieu l’a ressuscité le troisième jour et lui a donné de se manifester, non à tout le peuple, mais aux témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. »

13, 29-31 :
« Et lorsqu’ils eurent accompli tout ce qui était écrit de lui, ils le descendirent du gibet et le mirent au tombeau. Mais Dieu l’a ressuscité ; pendant de nombreux jours, il est apparu à ceux qui étaient montés avec lui de Galilée à Jérusalem, ceux-là mêmes qui sont maintenant ses témoins auprès du peuple. »

Le cœur de la prédication apostolique n’était pas le ministère terrestre de Jésus mais la résurrection de son corps, son réveil de la mort et son exaltation dans la gloire, dans l’attente de son retour sur terre. Saint Paul, dans tout le chapitre 15 de sa Première Lettre aux Corinthiens, le déclare avec une force inouïe : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide alors est votre foi ! ». La résurrection charnelle du Christ n’est pas une doctrine optionnelle ni même simplement adjacente, elle est la réalité sur laquelle se fonde les autres doctrines. Sans elle, c’est tout l’édifice chrétien qui s’effondre et nos cathédrales, même restaurées, deviennent les ruines antiques.

Le philosophe Karl Popper estime que l’une des caractéristiques d’un système scientifiquement recevable est sa falsifiabilité, c’est-à-dire qu’il peut être réfuté par des preuves empiriques. Par exemple, le freudisme est un système non falsifiable dans la mesure où toute preuve possiblement portée contre lui peut être expliquée comme étant une résistance consciente (ou même inconsciente) à la psycho-analyse ou à la méthode psycho-analytique. Tout ce qui ne peut pas être observé ou mesuré ni établi par une quelconque forme d’expérimentation est infalsifiable : cela ne veut pas dire qu’ils sont vrais, mais qu’on n’a pas la possibilité de montrer que c’est faux, de iure. On ne peut logiquement le réfuter au sens où il se tient en dehors des lois de la logique humaine.

Or, le Christianisme est, contrairement à ce qui précède, « falsifiable », sujet au caractère de « falsifiabilité », dans la mesure où il aurait pu être réfuté si quelqu’un avait pu « produire » le corps de Jésus. Imaginons que les os dans la « tombe de Jésus » avaient pu être authentifiées sans l’ombre d’un doute, comment continuer à adhérer au message central des Apôtres ? Un Chrétien qui dit que sa foi ne serait pas affectée le moins du monde par la preuve que Jésus ne serait pas ressuscité aurait été semblable à un Musulman ou à un Mormon disant que leur foi ne serait pas affectée par la preuve authentique et incontestable que Muhammad ou Joseph Smith auraient inventé le Coran ou le livre de Mormon. Si on pouvait montrer que Jésus ne s’est pas relevé charnellement de la mort, le Christianisme serait lui-même défunt ; il resterait même dans l’histoire comme une gigantesque supercherie. La preuve ultime du Christianisme n’est donc ni une émotion ni un vœux ni un mythe, ni même la foi, mais un événement physique, historique qui est ou n’est pas arrivé, un événement dont la recherche moderne nous montre qu’il est historiquement vérifiable (ce qui ne veut pas dire logiquement démontrable !)

Le tombeau vide

Comme avec l’auto-affirmation de Jésus de sa divinité, le courant libéral, depuis deux siècles, a essayé de se défaire de sa résurrection en tant que fait : elle serait un ajout mythique a posteriori. Les apologistes, pour réfuter cette critique, ont mis en avant un passage crucial (versets 3 à 8) du fameux chapitre 15 de la Première Lettre aux Corinthiens, qui est un véritable traité paulinien de la résurrection. Il n’est pas inutile de relire ce passage crucial au sein du « traité » :

« Je vous ai donc transmis en premier lieu ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecriture, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures, qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart d’entre eux demeurent jusqu’à présent et quelques uns se sont endormis – ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Et, en tout dernier lieu, il m’est apparu à moi aussi, comme à l’avorton. »

Pratiquement tous les spécialistes, qu’ils soient d’obédience libérale ou orthodoxe, reconnaissent l’authenticité paulinienne de la Première Lettre aux Corinthiens ainsi que son ancienneté : il s’agirait d’un écrit des années 50-51, et sans doute même que des fragments, comme le passage cité, sont antérieurs à cette date. Paul exprime ici, non pas sa propre croyance, mais celle de la première communauté chrétienne, de l’Eglise des origines, qu’il tient des Apôtres eux-mêmes. Il a en effet rencontré Pierre et Jacques (celui qui est présenté comme le « frère de Jésus » et qui est devenu le chef de l’Eglise à Jérusalem et le représentant du judéo-christianisme) dans les années 30. En conséquence, il est absolument sûr et certain que cette croyance en la résurrection charnelle du Christ est contemporaine des événements qu’elles décrit et que l’enseignement de saint Paul ne lui ait, dans sa forme achevée, postérieure que de quelques années.

Or, en l’espace d’une seule génération (20-25 ans), il n’y a pas assez de temps pour élaborer ce qu’on appelle un mythe de la résurrection. L’élaboration d’un mythe prend davantage de temps. En outre, saint Paul ne raconte pas un mythe, ne fait pas un récit sous la forme d’un mythe, mais donne une liste de témoins oculaires d’un événement historique, car rencontrer le ressuscité revient à affirmer que le fait de la résurrection a bien eu lieu, que celui qui était mort a bien été corporellement relevé de la mort. L’absence de cadavre est donc nécessaire, car par ailleurs, il s’agit bien d’une résurrection charnelle qui est affirmée, l’exaltation ou la glorification passent par une victoire de la chair sur la mort. En outre, lorsque Paul écrit, les témoins dont ils parlent sont pour une part importante encore vivants. Si Paul avait inventé ses faits de toutes pièces, il aurait pu être facilement réfuté. Or, les témoins sont vivants et vivent à Jérusalem. Paul n’offre pas une légende ou un mythe à ses lecteurs de Corinthe mais une liste de personnes sur lesquelles il s’appuie, jusqu’à, « en dernier lieu », sa propre expérience du Ressuscité.

Cette croyance « première » ou « originelle », cette foi de la première communauté, celle fondée sur les Apôtres, non seulement sur leur prédication (ce sera le cas de l’Eglise postapostolique qui fera de l’apostolicité le critère d’authenticité d’une doctrine et de son interprétation par les successeurs des Apôtres) mais sur une expérience collective (et non pas universelle il est vraie) du Ressuscité encore vibrante, vivante et présente en chacun. L’idée libérale selon laquelle l’Eglise des origines n’était intéressée qu’aux préceptes de Jésus et non à cette doctrine « mythique » de la résurrection et donc de la divinité du Christ, est réfutée ici par cette croyance originelle exprimée par saint Paul. L’authenticité et l’ancienneté reconnue du passage invalide l’idée selon laquelle la résurrection serait un mythe créé de toutes pièces pour affirmer la divinité du Christ qui serait elle-même l’hellénisation ultérieure du christianisme. Pour Adolf von Arnack, il y une stricte séparation de fait entre le message d’amour universel de Jésus et la doctrine qui concerne son identité. Il faut donc se séparer de cette doctrine et ne garder du christianisme que le message universel et moral. L’autorité du message n’a pas besoin de l’autorité du messager. Cette théorie pour séduisante qu’elle soit est invalidée par les faits eux-mêmes : le christianisme des origines est fondé sur la proclamation de la résurrection. Le christianisme naissant met l’accent, non pas sur Jésus, comme professeur de bonnes manières, ou maître moral et spirituel, mais comme bonne nouvelle d’un Messie ressuscité qui était mort pour nos péchés. Lorsque saint Paul dit que Jésus est mort pour nos péchés et est ressuscité selon les Ecritures, par ce double « selon les Ecritures », il montre que la proclamation centrale du disciple du Christ est que Jésus a accompli dans sa naissance, son ministère, sa mort et sa résurrection, les prophéties de l’Ancien Testament à propos du Messie.

Pour corroborer  cette croyance originelle rapportée par saint Paul, l’histoire fournit des sources qui ne sont discutées par personne : la tombe dans laquelle le corps de Jésus fut placée le vendredi saint était vide au matin de Pâques. Aucun spécialiste du Nouveau Testament ne conteste l’historicité du tombeau vide. La question n’est pas de savoir si la tombe était vide, mais ce qui arriva au corps de Jésus qu’on y avait placé. Pour répondre à cette question, on peut procéder par élimination : on commence par éliminer les solutions impossibles. C’est la technique de Sherlock Holmes : « Quand tu a éliminé l’impossible, quoiqu’il reste, bien qu’improbable, doit être la vérité. » Si on peut montrer qu’il n’y a pas d’explication naturelle ou scientifique possible pour rendre compte du tombeau vide, alors, aussi improbable que cela soit au regard des mentalités matérialistes actuelles, l’hypothèse de la résurrection doit être la meilleure réponse à donner. Procédons à l’élimination des explications « naturelles » :

  • Certains disent que les Pharisiens ou les Romains auraient pu voler le corps. Si c’était le cas, ils auraient mis en évidence le corps pour que le mouvement chrétien naissant avorte. Le corps était la preuve de l’échec.

  • D’autres disent que des bandits auraient pu voler le corps. Si c’était le cas, pourquoi n’avaient-ils pas pris le corps avec ces précieux vêtements funéraires ; ils auraient pu aussi le vendre au Pharisiens pour une petite fortune.

  • Mais la plupart disent que les Chrétiens avaient le plus intérêt à faire disparaître le corps de Jésus. Mathieu (28, 11-15) montre que c’est l’explication naturelle première qu’on donne à la tombe vide. Ainsi les disciples auraient volé le corps pour sauver leur foi en Jésus : comment expliquer que ces personnes, dont on nous dit qu’ils sont morts martyrs de la foi, aient pu donner leur vie pour quelque chose qu’ils savaient faux ? La thèse est psychologiquement intenable.

  • Une autre possibilité serait que les disciples aient été victimes de leur imagination. La thèse d’une hallucination est difficile à croire : les témoins insistent sur le caractère extérieur de leur expérience du ressuscité et cette expérience est collective et répétée en différents endroits, à différents moments, pour différents groupes de personnes. En outre les témoins affirment qu’ils l’ont non seulement vu mais encore touché et qu’ils l’ont vu mangé (Lc 24, 37-43, Jn 20, 27 et 21, 15). Les premiers à le voir crurent qu’il s’agissait d’un fantôme et Jésus dut les inviter à le toucher (Lc 24, 37-39).

  • Il existe aussi la théorie de l’évanouissement : Jésus était encore en vie lorsqu’il a été placé dans la tombe. En raison de ce que nous savons de la crucifixion pratiquée par les Romains, c’est techniquement impossible. En outre, si Jésus avait survécu à la crucifixion, s’il avait pu sortir de lui-même du tombeau et rouler la pierre, il est difficile d’imaginer que son état aurait pu convaincre qui que ce soit qu’il avait triomphé de la mort.

  • Il y a enfin la théorie de la « mauvaise tombe » : les femmes étaient agitées, troublées, entrèrent dans le mauvais tombeau le matin de Pâques, lequel était effectivement vide. Dans ce cas, les adversaires auraient pu produire un corps sans peine.

Aussi difficile que cela puisse paraître aux yeux de la raison moderne, la proclamation des Apôtres selon laquelle Jésus était charnellement ressuscité des morts constitue une réponse recevable à la question posée : « Qu’est-il arrivé au corps de Jésus ? » Aucune explication naturelle n’est satisfaisante : le vol, la machination, l’hallucination, l’évanouissement, l’erreur. On parvient à cette conclusion logique non pas par l’usage d’un raisonnement déductif, mais d’un raisonnement inductif. L’induction (enquête policière) n’a pas le caractère contraignant et absolument nécessaire de la déduction (mathématiques), il n’empêche qu’elle a une valeur qui peut être décisive dans la plupart des situations de notre vie, car notre raison ne donne pas accès aux choix que par la seule déduction, lorsque tous les éléments de l’équation sont posés a priori. On parvient à cette conclusion sans avoir besoin de recourir au caractère divinement inspiré des Saintes Ecritures. On parvient à ce résultat sur la base du témoignage écrit de témoins oculaires. Si nous avions utilisé un raisonnement déductif, nous serions partis du caractère inspiré et de l’inerrance de la Sainte Ecriture ou bien de la divinité du Christ. L’apologétique utilise la méthode de l’avocat devant le juge : pesant les éléments de preuve et la valeur des témoins oculaires, on produit une « inférence » (ou un verdict) qui explique le mieux les faits connus. La logique inductive oriente, dispose, conduit plus qu’elle ne contraint ou produit d’elle-même la réponse, elle crée une certitude morale basée essentiellement sur la certitude très probable que la position contraire existe.  Jésus est ressuscité non pas selon « ce verdict » mais selon les Ecritures, il n’empêche que ce « verdict » est favorable à la proclamation des Ecritures !

Le témoignage des Apôtres

Nous assistons à un changement radical parmi les disciples qui peut difficilement s’expliquer par autre chose que la résurrection de celui qui a été crucifié. Quand Jésus fut crucifié, tous les disciples, sauf Jean, fuirent terrorisés, persuadés que celui qu’ils avaient pris pour le Messie avait échoué. Il n’avait rien fait pour échapper à l’arrestation ou à la condamnation, lui qui avait été si souvent insaisissable face à ses adversaires. Quand Jésus leur apparut, ils n’étaient pas en train de proclamer son message ou de répandre ses enseignements, mais ils étaient réunis là où ils avaient célébré avec lui la dernière Cène. Loin d’être les témoins de ses paroles et de ses actions, ils étaient désespérés. Et soudain, quelques jours après, ils défendaient leur foi avec un courage suhumain, prêts à tout, à risquer leur propre vie : Christ était mort pour leurs péchés et était ressuscité. Qu’est-ce qui avait pu changer en si peu de temps, car le groupe que Paul persécute est déjà constitué ? Qu’est-ce qui les a galvanisé au point de les conduire à tout sacrifier pour un leader religieux exécuté comme un criminel ?

La foi originelle met en lumière trois personnes dont les transformations furent étonnantes : Pierre, le chef des disciples qui avait confessé le premier que Jésus était le Christ et qui avait publiquement nié trois fois qu’il connaissait le Christ, et qui devait mourir martyr. Jacques, mentionné par Paul, n’est pas Jacques l’Apôtres (frère de Jean) mais celui que l’Ecriture présente comme le « frère de Jésus » et qui n’avait pas accepté l’enseignement de Jésus au départ (Jn 7, 5). Il devient le premier chef de l’Eglise de Jérusalem et il mourut martyr. Enfin Paul, lui-même, auquel le Christ apparut sur la route de Damas (Ac 9, 3-6), commença sa vie comme Saul de Tarse, un pharisien zélé, persécuteur de l’Eglise. Quelque chose bouleversa le pharisien ethnocentrique qui devient un missionnaire sans peur et un apôtres des païens, ce qui changea radicalement son interprétation de l’Ancien Testament. Qu’est-ce qui a pu arriver ?  Il est impossible d’expliquer la résurrection comme une hypnose collective.    

La résurrection est attestée dans les évangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean au moyen de deux prétendues faiblesses. En effet, les quatre évangiles n’hésitent pas à insister sur le fait que les premiers témoins de la résurrection étaient un groupe de femmes, alors que dans la culture de leur temps, le témoignage d’une femme n’était pas accepté lors d’un procès (tout le monde connaît l’épisode de Suzanne et des vieillards lubriques…). Dans le cas d’une conspiration des évangélistes, ils auraient sans doute revu le casting ! Ils y auraient ajouté Pierre ou Jean, ou même Nicodème ou Joseph d’Arimathie.  Peut être que si les femmes sont mentionnées en premier, c’est tout simplement que c’est arrivé ainsi ! Une seconde faiblesse serait les quatre récits de la résurrection comportent des divergences mineures qui sont difficiles à harmoniser. L’argument a souvent été utilisé par les sceptiques pour nier le caractère historique de la résurrection. Paradoxalement, ces divergences renforcent la fiabilité des évangiles. Quatre récits identiques pourraient donner l’impression d’une collusion alors que les quatre récits, loin de s’opposer (loin d’être contradictoires) se complètent.

Dans The case for Christ (En faveur du Christ), Lee Strobel interroge l’apologiste J. P. Moreland au sujet de la résurrection. Dans sa réponse, Moreland donne un ensemble d’éléments basés sur notre connaissance croissante du lien qui existe entre le judaïsme et l’Eglise naissante. Nous oublions parfois que si tout les disciples du Christ n’étaient pas juifs, tous les Apôtres choisis par le Christ étaient juifs et que Jésus était juif et rabbin, il enseignait d’abord dans les Synagogue et le Temple, et que le christianisme naissant est essentiellement juif. Moreland montre que l’événement de la résurrection bouleversait les piliers de la religion juive et de son identité culturelle, éléments qui pourtant étaient sacrés pour les Douze et les premiers convertis. Premièrement, les premiers croyants éliminèrent immédiatement les sacrifices d’animaux, une pratique essentielle au judaïsme, et ce bien avant la destruction du Temple en 70, estimant que la mort et la résurrection du Christ rendaient obsolètes de tels sacrifices. Deuxièmement, bien que le judaïsme fût fondé sur la loi de Moïse, qui demandait un sacrifice sanglant pour la rémission des péchés, les premiers croyants firent passer le focus de la religion de la loi (loi ancienne) à la grâce (loi nouvelle) : une grâce aurait été donnée dans le monde par le pouvoir de la résurrection. Troisièmement, leur croyance que Jésus était ressuscité les conduisit à faire deux choses impensables pour des Juifs pieux et strictement monothéistes : ils déplacèrent le Shabbat du samedi au dimanche et proclamèrent Jésus était Dieu (Mt 28, 17). Finalement, bien que les Juifs du premiers siècles continuaient à attendre un Messie politique qui les auraient sauvé du pouvoir romain (cette attente apparaît à travers l’échec terrible des révoltes juives des premiers et deuxièmes siècles), les premiers Chrétiens s’adaptèrent aux lois romaines (sauf les religieuses !) et célébraient le Christ comme un messie spirituel dont le royaume n’était pas de ce monde.

Un autre apologiste (anglican) est précieux sur le thème de la fiabilité historique de la résurrection : Nicholas Thomas Wright, The Resurrection of the Son of God (3). Il montre combien la croyance de la première Eglise en la résurrection était choquante et inédite à l’époque. Malgré le fait que les Pharisiens voyaient le fait de la résurrection du corps comme devant arriver à la fin des temps (Jn 11, 24), que les païens, influencés par Platon, rejetaient l’idée comme absurde (Ac 17, 32 : réponse stoïcienne et épicurienne à Paul), l’Eglise naissance, composée d’anciens juifs et d’anciens païens, croyaient unanimement que la résurrection était arrivée « maintenant » au Christ. Elle n’a jamais eu besoin de faire l’objet d’une définition dogmatique, contrairement à tant d’autres doctrines (Trinité, constitution personnelle du Christ, maternité divine, présence réelle du Christ dans l’Eucharistie…etc.). Wright explique que la résurrection n’avait jamais été centrale dans le judaïsme. Malgré cela, elle devient l’enseignement central de l’Eglise naissante. Seule une résurrection « actuelle » peut avoir conduit à une telle innovation dans les croyances et la culture juives.

Wright, étudiant de près les récits évangéliques de la résurrection, discerne en eux une tradition orale primitive qui apparaît dans les lettres pauliniennes. Paul, dans les années 50, ne mentionne pas les femmes à la tombe, mais les évangiles le font, suggérant que Paul aurait « nettoyé » le texte de cet éléments embarrassant. Wright montre la fiabilité historique des récits évangéliques : la tombe était vide et le Christ ressuscité est apparu à beaucoup, c’est l’essence de l’histoire et de la proclamation chrétienne centrale. C’est le message que les anges donnèrent aux femmes effrayées, un message qui après plus de 2000 ans n’a pas été abandonné, altéré ou détruit.

Luc 24, 5-7 :
« Et tandis que, saisies d’effroi, elles tenaient leur visage incliné vers le sol, ils leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici ; mais il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée : il faut, disait-il que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour. »

1. Cette note a été réalisée à partir de Louis Markos, Apologetics for the 21st Century, Crossway, Wheaton, Illinois, p.165-173 (l’auteur, qui occupe la Robert H. Ray Chair in Humanies à l’université baptiste de Houston, est un spécialiste de C.S. Lewis). 

2. Réalisateur de documentaires, Canadien, il est né en Israël (1953). Il a réalisé avec James Cameron un documentaire pour Discovery Channel : Le tombeau de Talpiot, découvert en 1980 et qu’il prétend être la tombe perdue de Jésus.

3. (né en 1948) Prêtre anglican, théologien du Nouveau Testament, doyen de la cathédrale de Lichfield (1994-99), Evêque de Durham (2003-10), professeur à l’université de St Andrews.

 

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