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La Rédemption

  étymologie du rachat
 

Le mot « rédemption » est un terme générique qui sert à désigner le salut du genre humain par la mort du Christ. À l’origine, dans l’Antiquité, ce terme a une dimension juridique et commerciale.

 

De la substitution à l'expiation

Le mot n’a pas été inventé par le christianisme, mais il a eu un nouveau sens avec celui-ci. Initialement, ce mot n’a pas un sens spirituel, c’est le christianisme qui va lui donner ce sens-là. Redemptio en latin (redimere indique un achat qui libère), lytrosis ou apolytrosis en grec se rapprochent d’une notion hébraïque dont la plus connue est désignée par kofer. Ces mots évoquent l’idée ou un acte de rachat ou de rançon. Dans les sociétés antiques, il a le sens commercial de rachat de la vie ou de la liberté, c’est-à-dire de rachat d’un esclave. Dans la justice hébraïque, il y a l’idée qu’on paie une certaine somme d’argent à la victime pour commuer la peine. On donne par exemple une certaine somme d’argent à la famille de la victime quand on a tué un de ses membres, pour éviter la peine de mort; celle-ci est commuée par le fait de cet acte de rachat.

Il y a donc l’idée de substitution, de remplacement, l’idée de monnaie d’échange; ce n’est pas l’achat mais le rachat qui vise à la libération de celui dont on achète la liberté. On pourrait dire étymologiquement que la notion comporte l’idée d’un acte de libération, et aussi le prix de cette libération ; c’est donc à la fois le fait que je vais être libéré, et le fait de ce qui a été donné pour que je sois libéré, c’est le prix de cette libération. Dans la langue chrétienne, le mot va être appliqué à Jésus-Christ, à son œuvre, à son mandat. Cela correspond à la première phase de son œuvre, la Rédemption ; à la première phase de son œuvre correspond le premier acte qui s’accomplit entre Dieu et le Christ et aboutit à une réhabilitation de principe pour le genre humain déchu. Dans la médiation salvifique, il y a une première phase qui est la Rédemption stricto sensu c’est-à-dire la réhabilitation de principe du genre humain déchu, c’est ce que le Pape Jean-Paul II appelle la dimension divine de la Rédemption : le Christ nous réconcilie avec Dieu. Nous parlons ensuite d’économie, de dispensation pour désigner la seconde phase de la médiation du Verbe. Elle consiste dans la répartition des grâces acquises par sa vie et par sa mort, ce qui est la dimension humaine de la Rédemption, l’application de la Rédemption à l’homme, et c’est là que se fait la rédemption « in se. »

Dans l’étymologie et notamment celle de kofer, on a l’idée de sacrifice expiatoire ; appliquée au christianisme, cela veut dire que le Christ se donne pour nous par l’expiation de nos péchés. Cette expiation ouvre à une participation de l’homme à la vie de Dieu. Il faut retenir que le terme a une origine profane et juridique, comme étant la somme d’argent que l’on donne en cas d’homicide (Ex 21, 29 ss). Cela présuppose que l’expiation remplace la peine de mort, qu’elle est libre et qu’elle se réalise moyennant une compensation. Celle-ci n’est pas un dédommagement total, mais s’apparente à une réparation partielle et répond à l’intérêt de la collectivité. Dans le monde hébraïque, cette notion est la solution d’un conflit humain qui évite une sanction qui aurait fait couler le sang, c’est le moyen utilisé par les hommes en conflit pour en venir à une réconciliation. Elle a été transposée dans le domaine religieux et cultuel pour exprimer la relation entre l’homme et Dieu. La source du conflit est ici le péché, et par l’expiation de nos péchés, Dieu renonce à une sanction pénale, la réconciliation est préférée à la vengeance; ceci est la notion générale issue d’une transposition de la notion profane.

L’application au christianisme.

Comme toutes les notions appliquées, elle garde toujours un peu le parfum du premier sens. On aura donc la tendance anthropomorphique d’une vision hyperjuridique de la Rédemption: l’homme a péché, la conséquence du péché est la mort, le Christ est mort, sa mort se substitue à notre mort, donc il détruit la conséquence du péché. C’est là une vision trop juridique de la justice divine. On peut voir que l’interprétation juridique de l’œuvre du Christ vient du fait que la notion est elle-même juridique, qu’on a compris la justice de Dieu à partir d’une analogie, à partir de la justice humaine. La mort est conséquence du péché dans l’Ancien Testament; dans le Nouveau Testament, la mort devient l’événement de la satisfaction et donc de la réparation du péché. Guardini a dit exactement la même chose: le fait de la mort demeure, mais son sens est transfiguré ; la Rédemption transfigure l’événement de la mort qui devient l’élément de la réhabilitation de l’homme, alors qu’il était dans l’Ancien Testament la conséquence du péché. La mort, qui était le signe du péché, comme étant sa conséquence, devient le signe de notre réhabilitation. Jusqu’alors désespoir, elle devient objet d’espérance par la résurrection du Christ. Dieu nous sauve en allant jusqu’à assumer la peine de la conséquence de l’acte par lequel nous nous sommes séparés de Lui ! Est-ce que la Rédemption est nécessaire ? Rédemption ici désigne la modalité, c’est-à-dire le sacrifice; Dieu pouvait-il nous sauver d’une autre façon qu’en nous rachetant par un sacrifice? Pourquoi le Christ a-t-il dû racheter notre vie en assumant notre mort ? C’est la première question.

Nous avons dit que la Rédemption était une communication, l'instance suprême de la parole de Dieu, une communication personnelle qui est de l’ordre d’un ministère de la réconciliation. Nous avons dit que la notion générale venait d’un contexte juridique, que cela pose la question de savoir pourquoi la Rédemption est nécessaire. En quoi convient-t-elle? Y a-t-il une logique, une intelligibilité de la Rédemption? La Sainte Écriture ne se pose pas cette question, elle part du fait de la Rédemption, comme on l’a vu dans l’épître de saint Jean. Mais peut-on le comprendre pour mieux y participer? Le Christ devait-il souffrir et mourir sur la croix? Le salut du genre humain devait-il nécessairement passer par un acte rédempteur ? Il existe des réponses extrêmes : certains vont même dire que la kénose de l’Incarnation suffit à nous glorifier (le fait d’avoir assumé la vie humaine) et que la kénose de la Rédemption n’a qu’une valeur formelle ou accidentelle, pour nous montrer qu’il nous aime (mais pas pour réaliser notre salut). Pour éviter ce genre de réduction, il faut bien situer la rédemption dans l’économie du salut.

 

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