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Ce que je crois

 
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Jésus de Nazareth
Extraits de l'ouvrage de Benoit XVI
Credo in unum Deum

L'humanité du Christ

  une humanité sainte
 

L'humanité du Christ est exempte à la fois du péché originel et du péché personnel.

 

Pour le Christ, que signifie être exempté du péché originel ? Cela signifie que le Christ n'a pas besoin de sacrifice rédempteur, alors que pour la Sainte Vierge cela ne veut pas dire qu'elle n'avait pas besoin d'être sauvée mais qu'elle a été sauvée par anticipation dans le dessein de Dieu. Par comparaison avec Jésus-Christ, elle n'est pas rédemptrice, elle est sauvée, c'est le seul être sauvé conçu sans péché, parce que sa conception est déjà inscrite dans le plan de salut divin tandis que le Christ, lui, ne peut pas être sauvé puisqu'il est le Sauveur. Il ne se sauve pas lui-même et c’est le propre du Sauveur de ne pas se sauver soi-même : parce qu'il est sauveur, il ne se sauve pas lui-même (celui qui se sauve lui-même n'est plus sauveur par définition…).

 

Le Christ a-t-il été conçu sans péché ?

Cette exemption du péché originel n'est pas explicitement affirmée dans l'Ecriture, mais celle-ci enseigne l'absence complète de péché en lui. En voici quelques exemples dans l'Ancien Testament  qui enseigne que le futur messie sera exempt d’injustice et de fraude, qu’il donnera sa vie en sacrifice d’expiation pour d’autres, qu’il est le juste serviteur de Dieu, qu’il en justifiera plusieurs et portera leurs iniquités (Is 53, 9-11). On est là dans l'idée d’un messie qui sera juste, revêtu de sainteté personnelle et non pas explicitement naturelle. Le Nouveau Testament va un peu plus loin : l’Ange Gabriel l'appelle « saint » (Luc 1, 35). Or, dans l'Ecriture, le titre « saint » est réservé à Dieu. Sa conception n'est pas n’obéit pas aux lois de la nature, elle est le fait de la grâce du saint Esprit. Elle est donc exempte de péché originel (Mt 1,  20). En outre, Jésus lui-même déclare qu'il est entièrement exempt de péché  (Jn 8,  46 ; 8, 20 ; 14, 30). Les apôtres parlent de lui comme « l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde » (Jn 1, 29), « l'agneau immaculé et sans  tâche » (1P 1, 19), « comme n'ayant pas connu le péché » (2Cor 5,  21), « dans lequel il n'y a pas de péché » (1  Jn 3, 5), « qui a été tenté de toute manière sans pécher » (Heb 4, 15), « qui est saint, sans faute et sans souillure, séparé des pécheurs " (Heb 7,  26).

Le témoignage des Ecritures est donc sans ambiguïté : non seulement le Christ est le juste, celui qui n'a accompli aucun acte qui l’a séparé de Dieu, mais bien encore, il est le saint, c'est-à-dire que dans sa constitution même il est exempt de péché donc du péché originel. Le dogme de l'impeccabilité n'a jamais été attaqué ni fait l'objet d'une hérésie christologique ; ni les monophysites ni les nestoriens, personne n'a contesté cette sainteté, ça allait de soi. Si vous défendez que le Christ est Dieu, vous ne pouvez pas dire qu'il n'est pas saint.

La confusion entre nature et péché, entre origine et commencement

La contestation de la sainteté du Christ se développa dans le protestantisme libéral, et elle se fait aujourd'hui dans le sens commun d’une objection un peu mièvre disant que le Christ aurait manifesté une solidarité plus complète avec ses frères humains s'il avait été un pécheur parmi les pécheurs plutôt qu’un saint parmi les pécheurs. Juste éventuellement, saint certainement pas. Cette objection repose, dans les milieux académiques, sur l’objection plus fondamentale faite à la conception virginale du Christ ; dans le sens commun, elle repose sur une confusion entre nature et péché, entre origine et commencement.

Ce besoin qu'il soit comme moi (mais comme moi dans ce qui le sépare de Dieu), cette sorte de solidarité humaine dans le péché n'est pas des plus saines. Elle défend cette idée que le Christ ne serait pas pleinement homme. Mais d'où vient cette idée ? Elle a des présupposés anthropologiques et théologiques protestants, notamment avec l’idée de prédestination et de l’homme simul peccator et justus. C'est l'idée que la nature humaine est intrinsèquement pervertie par le péché, assumer une nature humaine complète revient donc à assumer aussi le fait qu'elle soit foncièrement pervertie. Il y a l'idée que le péché originel est plus qu'originel, qu'il fait partie de la constitution même de l'homme et non de sa décision et de la transmission générationelle de cette décision. L'homme reste pécheur, fondamentalement pécheur. Plus lointainement de nous, il s'agit de la fameuse opposition entre saint Augustin et Pélage. L’augustinisme radical (non pas saint Augustin, mais une interprétation très antipélagienne) associé à l’esprit moderne dissociateur met sur un même plan d’immanence d'un côté la liberté humaine, de l'autre la grâce de Dieu. Qu'attribue-t-on à la grâce de Dieu, et qu'attribue-t-on à la coopération de l'homme ? Pour Pélage, on peut se sauver soi-même par ses propres forces, par sa volonté et l’ascèse ; pour saint Augustin, c'est Dieu qui nous sauve, et nous, nous sommes les causes secondes de notre salut ; la liberté humaine est seconde par rapport à la toute-puissance de Dieu. Et il y a cette idée qu’on est obligé de mépriser la liberté humaine pour célébrer la grandeur de Dieu ; mais inversement, pour célébrer la liberté humaine, on se sent obligé de diminuer au maximum la grandeur de Dieu, et l'erreur peut se produire alors de mettre sur le même plan Dieu et l'homme hors du fait de l’union hypostatique, unique et inédite.

Or, Dieu et l'homme ne sont sur le même plan qu’en Jésus-Christ, et si j'enlève Jésus-Christ, il y a un abîme de transcendance. Donc, je ne peux pas mettre sur un plan linéaire de cause à effet, la liberté de Dieu, la toute-puissance de Dieu et la liberté de l'homme, ça n'a aucun sens ; la liberté créée et la liberté incréée ne sont pas sur un même plan. Cela veut donc dire que ce que je retire à Dieu je ne peux pas le donner à l'homme, et inversement. L’homme est l'effet de la cause qui est Dieu, mais on sait bien que la cause n'est jamais proportionnelle à l'effet, on n'est pas dans un rapport d'une causalité linéaire proportionnelle. Tout ceci pour dire que quand on considère que la nature humaine est totalement corrompue par le péché, que l'homme n'a aucun moyen de réellement coopérer à la grâce de Dieu, mais que c'est la grâce de Dieu qui le sauve totalement (ce qui est vrai), mais qu'il n'y a absolument aucune place pour la coopération humaine, alors en effet on a tendance à faire du péché un élément constitutif de la nature humaine. On va dire en allant jusqu'au bout : s'il nous a assumé totalement, il a assumé notre nature pleine, et nous mettons le péché dans la nature humaine, ce qui est  faux. Ce qu'il faut dire, c’est que l'histoire des hommes ne commence pas avec le péché originel, elle commence avec la création, or la création est bonne. Il y a eu au Moyen Âge divers débats pour savoir quel a été le premier instant, le deuxième instant de la création, à quel instant les démons, créatures angéliques, ont été déchus. Ce sont là des questions qui peuvent paraître absurdes par ce qu'elles affirment, mais qui par leurs implications et leurs hypothèses sont considérables.

Donc, il n'y a aucun besoin de considérer que le péché en soi puisse représenter une solidarité avec les pécheurs. Si le Christ est solidaire avec les pécheurs, il n'a pas besoin d'être solidaire par le péché ; vous n’avez aucun besoin pour être solidaire avec les personnes d'être solidaire de leurs actes. Car une personne est irréductible à ses actes, et on peut voir que sous ses dehors généreux, c’est un thème extrêmement dangereux qui réduit la personne à son acte. Ceci, d'une certaine façon (au nom d'une pseudo solidarité complète) aboutit à ne plus voir la dignité intrinsèque de l'humain. Donc, la création est bonne, la nature humaine est intrinsèquement bonne, mais elle est corrompue par un acte libre de refus à Dieu. Si le péché est un fait de nature (le péché originel est générationnel non naturel, il blesse la nature humaine), à ce moment-là ceci  accrédite la thèse stupide que Dieu s'est trompé, et qu'il a essayé de corriger par la Rédemption ce qu'il avait raté à la Création… La solidarité avec les pécheurs requiert la mission de salut, et donc que le Sauveur soit innocent, qu'il prenne en charge les conséquences du péché de l'humanité. Le Christ prend sur lui les péchés du monde.

Ceci implique que  Jésus-Christ ne pouvait pas commettre de péché.

 

L'impeccabilité est une conséquence de l'unité hypostatique

La notion d’impeccabilité dit plus que celle d'absence ou d'exemption de péché dans la vie de Jésus ; c'est l'impossibilité de pécher. Jésus-Christ était incapable de pécher ; non seulement il était exempt de péché personnel et originel, mais de plus il en est incapable. Et, pourquoi en est-il incapable ? Précisément parce qu'il est exempt du péché originel. Et pourquoi ? Précisément parce qu'il est vrai Dieu. L'impeccabilité est une conséquence de l'unité hypostatique, ce n'est pas une impossibilité liée à la seule nature même de Jésus, c'est le résultat de la Personne divine principe des activités humaines. Le péché est un acte humain ; or, on ne peut pas imaginer un acte dont Dieu serait le sujet et dont le résultat serait de s'opposer à Dieu. Refuser l'impeccabilité, c'est opposer Dieu à Dieu, c’est faire de Dieu le principe de l'opposition à Dieu, c’est faire de Dieu une contradiction à soi. Or, si Dieu c’est l'acte pur, si en Dieu l’être et l'acte sont totalement unis, dire que Dieu s'oppose à Dieu, tout comme l’homme s’oppose à l’homme, c'est-à-dire qu’il est  pécheur, cela revient à dire que Dieu est péché. Dire cela, c’est dire de Dieu qu’il est privation du bien, et donc c’est définir Dieu comme le contraire de la définition qu'on donne de Dieu ; Dieu n'est plus bon il est mauvais.

Le salut des hommes ne peut requérir que Dieu ne soit plus Dieu. La nature humaine de Jésus-Christ est absolument identique à la nôtre, si ce n'est que le principe qui la fait être, c'est-à-dire le Verbe qui la fait être ce qu'elle est, est Dieu. Techniquement, c'est le Christ lui-même dans son unité insécable qui est impeccable, et non sa nature humaine. L'impeccabilité de l'humanité du Christ résulte de l'impeccabilité du principe qui la fait être.

Deux problèmes résultent de cette thèse de l'impeccabilité.

Premièrement, le problème des tentations  : quel est le statut des tentations, puisque nous affirmons à la suite des Ecritures que le Christ a été tenté ? 

Deuxièmement, il y a le problème de la liberté des actes humains du Christ : y a-t-il une liberté humaine en Jésus ? Comment concilier impeccabilité humaine et liberté humaine ? Cette question a une importance pour nous-mêmes, car si on ne peut pas concilier l’impeccabilité, ou à tout le moins l'union totale à Dieu (c’est ce qui nous attend) et la liberté humaine, alors cela a des conséquences un peu tragiques pour nous ; on peut y voir aussi des implications anthropologiques.

 

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