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Ce que je crois

 
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Jésus de Nazareth
Extraits de l'ouvrage de Benoit XVI
Credo in unum Deum

L'humanité du Christ

  les tentations du Christ
 

Le Christ a été tenté, c’est attesté dans l'Ecriture. Il y a les trois tentations au désert qui montrent le conflit entre Satan et la mission du Christ, il y a l'épisode de Gethsémani qui montre les luttes intimes dans l'âme de Jésus. Ce denier épisode va poser davantage de questions, car ce sont des tentations qui sont présentées comme des conflits intérieurs.

 

L'exemption du péché n'exclut pas l’exemption de la tentation.

Le Christ a été tenté, mais lorsque l'Eglise déclare le Christ exempt du péché, elle affirme aussi l'exemption de la concupiscence. Celle-ci n'est pas strictement de l’ordre du péché, mais ce qui provient du péché originel et incline au péché comme l’enseigne le Concile de Trente (DS 1515). La concupiscence est une suite du péché originel ; puisqu’il est exempt du péché originel, il est exempt de la concupiscence, c'est-à-dire d’une inclination intérieure au mal. Le péché est un acte lié aussi à une tendance au péché, une disposition qu'on appelle le vice. Celui-ci peut se transformer en habitus et devenir un vice caractérisé, c'est-à-dire dans une disposition active, à laquelle il est difficile de se soustraire.

La concupiscence est une suite du péché originel, une tendance désordonnée au mal ; le Christ n’a pu éprouvé ce type de déséquilibre. D’une certaine façon, la concupiscence est quelque chose qui est inséparable de l'acte de la volonté humaine, mais qui n'est pas totalement réductible à cet acte. Il y a l'idée que le péché s'inscrit dans une histoire, dans un avant, dans un après. La concupiscence n'est pas un fait de la nature humaine ; elle est inscrite dans la nature humaine par le péché, elle n'est pas la conséquence de ce que nous sommes hommes, mais que nous sommes marqués par le péché originel, c'est-à-dire que celui-ci s'est inscrit dans la nature humaine.

La tentation n'est pas la concupiscence

L’erreur est de confondre tentation et concupiscence. Scorsese dans La dernière tentation du Christ commet cette confusion. Le problème n'est pas qu'il attribue au Christ une tentation (en ceci son film n’est pas blasphématoire et ne mérite nullement les hydres fanatiques des fondamentalistes) mais c'est qu'il définit cette tentation et qu'il la représente comme une concupiscence : en fait, il n'a pas compris ce qu'est une tentation.

Face à la tendance à définir la concupiscence comme une tentation intérieure, certains ont pu dire a contrario que si la tentation du Christ n'est pas une tentation intérieure, alors c'est seulement une tentation extérieure, c'est seulement quelque chose de formel. Et alors il est facile d’expliquer les trois tentations de Satan, on dit que c'était pour faire un pied de nez à Satan. Formellement on brise les trois molestations de Satan en les voyant comme on est dans une représentation formelle (Mt 4, 11). Les tentations n’auraient atteint le Christ que de l'extérieur, et sa réponse aurait simplement été une manière de se révéler comme Dieu à Satan (en gros pour remettre Satan à sa place…). Est-ce cela le statut des tentations ? On risque alors de tomber dans une forme de docétisme et de réduire la psychologie humaine de Jésus à une espèce de "truc" formel pour nous donner des leçons.

Pour le Père Galot (sj), une tentation qui n'est qu'externe n'est pas une véritable tentation, il faut une sollicitation qui pénètre à l'intérieur de la conscience et qui y fasse sentir son attrait. Pour lui, les conflits ont été profondément éprouvés par l'âme du Christ comme à  Gethsémani (Mc 14, 33). «Pourquoi Père m'as-tu abandonné… ? » Il faut se rappeler que ces passages de l'Ecriture ont servi à Arius pour nier la divinité du Christ (les souffrances psychologiques). Pour Galot, elles ont un sens exemplaire au sens où elles montrent qu'un conflit intime dans l'âme humaine n'implique pas nécessairement un désordre moral. Et ceci est assez réjouissant pour nous, car on peut voir que toute la spiritualité du combat spirituel prend une valeur pour la liberté humaine ; le combat spirituel c'est un acte de liberté humaine. Le désordre moral n'est pas la conséquence nécessaire d'un conflit intime dans l'âme humaine. La lutte entre la volonté et une inclination intérieure n'est pas de soi un signe d'imperfection morale puisqu'elle s'est produite chez le Christ au moment où il méritait le salut de l'humanité. Le sens des tentations est lié à la finalité  rédemptrice de l'Incarnation, c'est-à-dire à l'agir qui comporte la prise en charge du pécheur en vue de la victoire sur le péché. Cela implique la solidarité avec les tentations humaines, une entrée plus profonde dans la lutte contre le mal qui éclate au fond des consciences. Il n'y a aucun problème à reconnaître une véritable tentation sans tomber dans l'idée que le Christ a été soumis à la concupiscence. Nous ne sommes pas obligés de dire que le Christ a subi la concupiscence parce qu'il a combattu le mal au plus profond de notre âme, de notre conscience, de ce qui constitue le principe de notre existence et de ce que nous sommes. Il n'a pas combattu le mal simplement de l'extérieur, car le mal n'est pas seulement à l'extérieur, au contraire la finalité rédemptrice de l'Incarnation suppose que la tentation soit une véritable tentation. Et l’on peut voir ainsi à quel point apparaissent sublimes les récits de tentation dans l'Ecriture pour nous révéler la mission salvatrice du Christ, jusqu'où le Christ a pris chair dans notre humanité…

Si la psychologie humaine du Christ lui fait ressentir un sentiment d'abandon, cet abandon étant requis par ce qu’est l’amour (qui est abandon de soi à l’autre), il ne s’agit ontologiquement d’un abandon à Dieu et non pas d’un abandon de Dieu. Que la psychologie humaine dans les limites de ses capacités à s'exprimer puisse à un moment donné ressentir cet abandon, alors qu’il y a une personne qui subsiste dans l'union absolument parfaite avec Dieu, il ne faut pas avoir pour autant une vision  extrinséciste  du genre :" le saint Esprit arrive…"  on n'est pas face à des substances, mais on est face à une substance et des subsistances. Il faut toujours avoir à l'idée que le Christ n'est pas saint à la façon dont nous le sommes. Si je dis du Christ que le saint Esprit a "fondu" sur lui, j'ai tendance à faire du Christ un mystique parmi les autres, le plus grand de tous les mystiques ; or il n'est pas cela, il est Dieu. Il y aura toujours un abîme ontologique entre le plus grand des saints et Lui et le plus petit des hommes sauvés est plus grand que le plus grand des hommes. Il y a un abîme insaisissable entre la sainteté d'une réalité créée et la sainteté de Jésus-Christ.

 

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