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Ce que je crois

 
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Jésus de Nazareth
Extraits de l'ouvrage de Benoit XVI
Credo in unum Deum

L'humanité du Christ

  la grâce du christ
 

La grâce est  soit créée (les dons que Dieu nous fait) soit incréée (c’est Dieu lui-même). Le Christ a la plénitude de la grâce incréée (il est vrai Dieu) et il a la plénitude de la grâce créée, parce que son humanité est unie à la divinité par le principe de l'union hypostatique.

 

L'humanité du Christ a la plénitude de la grâce

En langue scolastique, on parle de grâce accidentelle pour la grâce créée et de grâce substantielle pour la grâce incréée, reprenant la distinction métaphysique entre substance et accident. Donc, Jésus-Christ est saint de la sainteté substantielle de Dieu et il est saint de la sainteté accidentelle des justes. Jésus posséda dès le premier moment de sa conception la grâce de la sainteté substantielle, et là on retrouve l'idée qu'il est exempt du péché originel, il est saint de la sainteté même de Dieu. En même temps, il acquiert au long de sa vie la sainteté qui fait les justes.

On voit cette double sainteté dans les Ecritures : la sainteté des justes et la sainteté de Dieu. On peut dire d'une certaine façon qu'il bénéficia aussi de l'action du saint Esprit comme pour les justes. La nature humaine est unie intimement, réellement, et personnellement au Logos Divin. On en tire la conséquence que la nature humaine du Seigneur, en raison de cette union intime vraie et réelle avec la divinité même, est en soi intérieurement et vraiment sainte. Quand je dis Jésus est saint, je le dis comme : « Saint, Saint, Saint, le Seigneur, Dieu de l'univers…»  mais je le dis aussi au sens où l’Eglise dit que saint François d'Assise l’est. Notre sainteté est fondée sur la grâce  créée, elle n'est pas substantielle, nous sommes saints par accident et non par essence. Lui n’a pas deux saintetés ; il est saint à la façon de Dieu et il est saint à la façon du juste, mais c'est la même sainteté du Verbe incarné.

Qu'y a-t-il comme grâce dans la grâce créée ? Il y a d’abord la grâce sanctifiante. C'est la grâce que nous recevons au baptême. Certains ont objecté que si le Christ avait la grâce incréée, la grâce créée et la sainteté accidentelle ne lui servaient à rien. Or, la grâce sanctifiante est la forme d'après laquelle une âme créée peut devenir sainte (on est toujours dans l'idée qu'on respecte la nature humaine dans son intégralité).  L'humanité du Christ était sainte comme l'humanité peut être sainte.

 

L'union hypostatique

Les grâces ou charismes ne sont pas nécessairement liés à la grâce sanctifiante. Pour Jésus, ils résultent de l'union hypostatique qui est le principe général de toutes les grâces du Christ. Le besoin de charisme est inclus dans sa vocation de docteur et de sauveur du monde ; les charismes sont conférés pour le salut des autres (Mt 10, 8 ;  1Cor 14, 12). Que le Christ ait pratiquement exercé plusieurs charismes, notamment les dons des miracles, le don de la doctrine ou le don de la connaissance des cœurs, cela apparaît clairement dans les Évangiles.

Avec la grâce sanctifiante, il y a la question des vertus théologales (foi, espérance et charité). Celles-ci, d'après le Concile de Trente, sont toujours unies à la grâce sanctifiante. il faut les attribuer à Jésus en raison de l'union hypostatique qui, en tant que don plus grand inclut et postule tous les dons moins grands. Sont exclues néanmoins toutes les vertus qui, précisément à cause de cette union, ne trouvent pas place en lui et ne sont pas conciliables avec sa science et sa sainteté éminentes. Il faut donc exclure la foi, une partie de l'espérance, c'est-à-dire l'espérance de la glorification de son corps et de sa vie extérieure. Il faut inclure par contre la charité qui était en lui dans toute sa plénitude.

En fait, en raison de l'union hypostatique, on considère que la foi et l’espérance ne sont pas nécessaires à la sainteté de l'humanité du Christ, en revanche la charité : oui. Ce qui vient appuyer cette thèse, c'est la distinction qui est faite entre foi, espérance, et charité puisque c'est la seule vertu qui demeure. Car la charité est le don de Dieu qui n'a pas de fonction viatique comme la foi et l'espérance qui elles sont ordonnées au régime de la vie terrestre et tendent vers un régime eschatologique, alors que la charité est Dieu lui-même comme il se donne. Donc, on considère qu'après la mort on n'a plus besoin de croire en Dieu ni d'espérer en lui, en revanche on est toujours dans l'amour. Il y a l'idée que la plus grande des trois c’est la charité, parce que précisément c'est celle qui demeure, qui n'a pas seulement une fonction viatique. La foi est ordonnée à la vision béatifique et l'espérance à la vie éternelle, l'une et l'autre nous préparent à ce qui nous attend, tandis que la charité est ordonnée à elle-même.

L'Ecriture attache la plus grande importance aux vertus du Christ, et les dons du saint Esprit sont déjà attribués au Messie par Isaïe (11, 25) et Luc (4, 1). L'Eglise attribue donc à l'humanité du Christ les sept dons du saint Esprit dont la crainte de Dieu (au sens de piété filiale). En attribuant les dons, les vertus, les charismes à Jésus, que l’on découvre à travers l'Ecriture, on perçoit le véritable sens de ces dons. Et l'attitude fondamentale de Jésus nous dit ce qu’est la sagesse, ce qu’est la science, ce qu’est la vraie crainte de Dieu, puisqu'il était possesseur plénier de ces dons durant son existence terrestre.

 

La gratia capitis

On appelle cette grâce en plénitude la gratia capitis ou grâce capitale. Quand on dit que le Christ est chemin d'humanité, l'humanité du Christ ayant la gratia capitis, on dit que toute grâce humaine découle de la grâce du Christ. Les grâces que nous recevons du Saint Esprit sont des grâces du Christ, ce sont des grâces qui nous unissent à Dieu en nous configurant au Christ. Cette gratia capitis, la plénitude de la grâce comme dotation personnelle, veut dire que le Christ est chef de l'humanité à racheter, et qu’à ce titre, sa plénitude doit s'écouler dans ses membres (Jn 1, 14-16). Par là, il est devenu le second Adam (Rm 5, 14). Cette grâce de chef n'est pas différente de sa grâce personnelle, c'est la même grâce, mais c'est la grâce du Christ en tant qu’elle est communiquée aux hommes justifiés. Le Christ est donc pour nous la source de la grâce. Donc on peut comprendre que la conformité de l’humnité du Christ avec Dieu (son impeccabilité) est le principe de notre conformité avec Dieu, c'est-à-dire que la grâce de Dieu passe par l'humanité du Christ. Nous sommes sauvés en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, dans l'unité du Christ, et non pas du Logos divin dissocié du Logos incarné.

Mais l'humanité du Christ unie à Dieu est beaucoup plus qu'un instrument, qu'un principe, c'est véritablement le point de contact entre Dieu et l'homme, une relation verticale en deux relations horizontales, Jésus-Christ étant le centre, le point de récapitulation et le médiateur. Et quand nous parlons de la psychologie du Christ, nous découvrons son humanité comme étant médiatrice, comme médiane entre Dieu et notre humanité. Son humanité touche notre humanité pour que nous puissions être touchés par Dieu. La sainteté du Christ n'est pas seulement là pour célébrer le Christ comme un decorum de sa puissance, la sainteté du Christ est en même temps le chemin de notre propre salut.

L'impeccabilité du Christ, la liberté du Christ, la grâce du Christ oeuvrent à notre propre lutte contre le péché, oeuvrent à notre propre liberté, oeuvrent à notre propre disposition à la grâce. Tout cela transforme notre rapport au péché et à nos actions (conscience morale) et notre façon de recevoir les grâces de Dieu (conscience religieuse). La psychologie du Christ n'est pas simplement là pour nous faire dire : « il est vrai homme » au sens de « mais quel homme ! », elle nous permet de mieux percevoir la fonction rédemptrice de sa constitution personnelle. Sa psychologie nous révèle comment il nous sauve, et il nous sauve précisément à travers cette humanité. On peut en voir les implications : c'est vraiment le Christ pour nous.

 

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