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Ce que je crois

 
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Jésus de Nazareth
Extraits de l'ouvrage de Benoit XVI
Credo in unum Deum

L'humanité du Christ

  impeccabilité et liberté humaine
 

Y a-t-il une contradiction entre liberté humaine et impeccabilité de l'humanité du Christ ?

 

L'impossibilité de pécher est-elle contraire à la liberté ?

L'objection consiste à dire l'impossibilité de pécher (non pas seulement qu'il n'a pas péché, mais le fait qu'il ne pouvait pas pécher) est contraire à sa liberté. Or, l'impeccabilité n'est pas un fait de la nature humaine, mais résulte de l'union hypostatique ; ensuite cette objection implique une vision réductrice de la liberté, car la liberté implique le principe d'autodétermination. Cependant,  la liberté ne se réduit pas à ce principe qui est la liberté telle qu'on la conçoit aujourd'hui, c'est-à-dire comme liberté d'indifférence, comme choix, comme liberté limitée au choix, au fait de choisir, et qui n'implique pas ce que l'on choisit.

Tel est le grand débat sur la liberté : est-ce que la liberté c'est seulement le fait de choisir, ou est-ce que cela inclut aussi ce que je choisis ? Autrement dit : la liberté inclut-elle le bien ? Inclut-elle le vrai ? Et le bien suppose-t-il la connaissance du vrai ? Car une liberté déconnectée du bien et du vrai est ce qu'on appelle une liberté d'indifférence, sans objet, c'est-à-dire qui se moque de savoir ce qu'elle choisit, mais qui est pleinement satisfaite par le seul fait qu'elle choisit.

Or, la liberté n'est pas seulement cela ; la liberté inclut le fait de choisir, mais aussi ce que je choisis : l'objet. Et si elle inclut l'objet, elle inclut le bien, car pour Aristote, on ne veut que ce qu'on perçoit comme bien, et l’on ne perçoit comme bien que ce que l'on connaît comme vrai. On est face à deux conceptions de la liberté. Une liberté qui n'est que le principe d'autodétermination, de choix, s'oppose en effet à la possibilité de pécher ; mais une liberté qui inclut son objet et donc la connaissance de son objet (le bien et le vrai) n'est pas absolument en contradiction avec l'impossibilité de pécher.

Une liberté ontologique

Une liberté sans objet n'est que psychologique, c'est ce qu'on appelle une volonté de puissance ; une volonté sans objet n'est plus ontologique. Or, il convient de défendre (avec Jean-Paul II) l'idée d'une liberté objective, c'est-à-dire d’une liberté ayant un objet, d’une liberté ontologique, qui soit définie par la qualité de ce qu’elle vise, et non pas seulement par le fait qu'elle peut viser quelque chose…

L'acte n'est pas séparable de l'action : il sont deux concepts distincts. Si on réduit la liberté à l'acte, au fait de faire quelque chose d’indifférencié, on est alors dans une liberté purement psychologique. Il faut que l'acte soit inséparable de l'action : le problème n'est pas seulement que vous faites mais il est aussi dans ce que vous faites.

Le principe d'autodétermination n'est pas un principe d'indétermination. Quand on choisit, on a voulu le bien, et quand on a voulu le bien on a connu le vrai. La liberté impulsive n'est pas une liberté, les gens se croient plus libres à mesure qu’ils sont spontanés, impulsifs ou excités. C’est une illusion des affects. Il est possible qu'on utilise mal notre liberté ; la liberté n'implique pas la possibilité de pécher mais la probabilité de pécher. En tant qu'être humain, je n'ai aucune obligation de pouvoir pécher pour être libre. En revanche, en tant qu'être humain, il est possible, il est probable que je prenne un mal pour un bien, que je fasse une erreur, que je choisisse le mal, ou que je prenne un mal pour un mal et le choisisse par mensonge l’asservissant à ce que je perçois comme mon intérêt, mais c’est ici confondre le bien et mon intérêt. Il est donc probable, il est même certain que je sois pécheur, mais le Christ étant exempt de mal, cette probabilité est nulle chez lui. La liberté de pécher est un défaut de liberté, c'est-à-dire que le péché contredit la liberté. C'est la raison pour laquelle le salut est une libération du péché, il libère. La séparation d'avec Dieu est un emprisonnement, le péché étant la séparation d'avec Dieu, se libérer du péché c'est revenir à Dieu. Il serait absurde de dire que Dieu n'est pas libre parce qu'il ne peut pas pécher.

Le problème pour le cas de Jésus vient des mérites de la Rédemption. Le Christ a mérité, sa liberté est méritoire et en même temps il ne pouvait pas en être autrement ; il était impeccable. Ces deux vérités, l'impeccabilité et la liberté sont conciliables psychologiquement parlant. Le Christ à la fois ne pouvait pas ne pas accomplir la volonté de son Père et ne le voulait pas ; à la fois il ne pouvait pas désobéir au Père et à la fois il ne le voulait pas. On ne peut pas vouloir ce qu'on ne peut pas (voler de ses propres ailes…) ; pour les êtres humains vouloir ce qu'on ne peut pas est stupide. Or, le Christ lui ne voulait pas désobéir au Père ni ne le pouvait.

 

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