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Abbé Jean-Paul Soulet Curé-Archiprêtre
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Une vie qui n’est pas donnée est une vie perdue
 

Memento mori

 

La doctrine catholique sur le purgatoire trouve ses origines dans les Pères de l’Eglise : au IV° siècle  GrĂ©goire de Nysse disait des dĂ©funts : « Quand il a quittĂ© son corps il ne peut pas s'approcher de Dieu avant que le feu de purification ait Ă´tĂ© les taches dont son âme Ă©tait infestĂ©e Â», et saint Augustin prĂ©cisait au sujet des peines qui nous frappent  Â« Certains subissent des punitions temporelles dans cette vie seulement, certains après la mort, pour certains avant et après, mais tous avant le jugement dernier.... Mais ceux qui subissent des punitions temporelles après la mort n’encourront pas tous les punitions Ă©ternelles, qui doivent suivre ce jugement. »  Le sujet a provoquĂ© bien des dĂ©bats : la RĂ©forme en fait un de ses points importants de dĂ©saccord. De nos jours le catĂ©chisme de la confĂ©rence des Ă©vĂŞques de France indique : "...Pour parvenir Ă  cette contemplation de Dieu, une "Ă©tape" de purification, appelĂ©e purgatoire, peut ĂŞtre nĂ©cessaire. Il ne s'agit ni d'un lieu, ni d'un temps ; on peut parler plutĂ´t d'un Ă©tat. En tout cas, le purgatoire, qui est bien une peine, n'est pas Ă  concevoir comme une punition, par laquelle Dieu se vengerait en quelque sorte de nos infidĂ©litĂ©s. La communion avec Dieu, dans laquelle nous introduit la mort, nous fait prendre conscience douloureusement de nos imperfections et de nos refus d'aimer, et du besoin de nous laisser purifier par la puissance salvatrice du Christ.

Et plus loin :
C'est Dieu lui-même qui purifie et transforme. Mais la Tradition de l'Église catholique affirme que ceux qui sont au purgatoire bénéficient des prières et des supplications adressées en leur faveur à Dieu par leurs frères, et aussi de l'intercession des saints déjà introduits dans la béatitude de la vision de Dieu".

Cette conviction explique que le souvenir des défunts ait donné lieu au cours des temps à de multiples pratiques dont certaines restent chères au cœur de bien des fidèles.

On doit la commĂ©moraison du 2 novembre Ă  Saint Odilon, abbĂ© de Cluny qui l’a dĂ©crĂ©tĂ©e pour sa congrĂ©gation avant qu’elle se rĂ©pande dans l’Eglise. Il disait « Qu'y a-t-il, en effet, de plus suave au cĹ“ur que ce culte pieux qui nous rattache Ă  la mĂ©moire et aux souffrances des morts ? Croire Ă  l'efficacitĂ© de la prière et des bonnes Ĺ“uvres pour le soulagement de ceux que l'on a perdus; croire, quand on les pleure, que ces larmes versĂ©es sur eux peuvent  encore leur ĂŞtre secourables ; croire enfin que mĂŞme dans ce monde invisible qu'ils habitent, notre amour peut encore les visiter par des bienfaits : quelle douce croyance!  et dans cette croyance, quelle consolation pour ceux qui ont vu la mort entrer sous leur toit ! »

A cette occasion, de mĂŞme que pour des funĂ©railles, le retable du chĹ“ur Ă©tait couvert de grandes tentures noires ornĂ©es de symboles de deuil : larmes, croix, encensoirs.et un catafalque dressĂ© au pied de l’autel.

La plus vivante de nos coutumes est la visite des cimetières Ă  la pĂ©riode de Toussaint et le fleurissement des tombes. Mais d’autres ont subsistĂ©, mĂŞme si elles tendent Ă  s’effacer dans notre monde :
Le lendemain d’une fĂŞte patronale, on cĂ©lèbre la messe pour les dĂ©funts. C’était aussi le cas du lundi (après la fĂŞte dominicale) dans beaucoup de nos paroisses : j’ai le souvenir de vĂŞpres des morts le lundi Ă  Saint-Joseph. C’est lĂ  encore une pratique clunisienne: que rapporte la Chronique de Tours du XII°: Â« le lundi de chaque semaine, devra ĂŞtre cĂ©lĂ©brĂ©e dans toutes les Ă©glises la mĂ©moire de tous les fidèles dĂ©funts. Â»

Nos Ă©difices religieux gardent des traces du culte pour les dĂ©funts. Dans les Ă©glises importantes, on trouve sur le retable d’une chapelle une inscription qui intrigue souvent, "Autel privilĂ©giĂ©" ou "Altare privilegiatum quotidianum perpetuum" ou encore "Altare privilegiatum pro defunctis" : Le privilège, concĂ©dĂ© par les autoritĂ©s romaines, consiste en des indulgences particulières applicables aux âmes des dĂ©funts pour lesquels on y dit la messe. A la cathĂ©drale, la chapelle du Saint-Sacrement le reçoit de Pie VII en 1817.

Mais aussi la prĂ©sence de chapelles dĂ©diĂ©es au culte pour les morts, tĂ©moigne de l’importance qu’y attachaient nos prĂ©dĂ©cesseurs : A la Real, c’est la Chapelle de la Soletat qui surmonte un ossuaire contenant des cercueils des prĂŞtres desservants ; on y a apportĂ© aussi les ossements en dĂ©shĂ©rence après le transfert de l’ancien cimetière, actuelle cour, lorsque les inhumations furent interdites dans les villes ; Ă  Saint Mathieu aussi, un ossuaire semble exister sous la chapelle des Saintes Epines. Ă€ la cathĂ©drale, la « funerĂ ria Â» dans le cloĂ®tre-cimetière, Ă©tait rĂ©servĂ©e au chapitre. Mais une chapelle des âmes jouxte celle de l’ImmaculĂ©e oĂą se tenait le culte paroissial. Elle prĂ©sente un amĂ©nagement homogène dans le goĂ»t nĂ©o-gothique de la fin du XIX°: des lambris peints Ă  l’imitation du marbre blanc et gris de l’autel, et une unique niche abritant un calvaire : le crucifiĂ© entre la Vierge Marie et Saint Jean surmontĂ© d’un baldaquin. L’ensemble, en fonte moulĂ©e et peinte, Ă©tait peut-ĂŞtre prĂ©vu pour l’extĂ©rieur. Les peintures murales montrent le Christ libĂ©rant les saints de l’ancien testament ou soulageant les âmes du purgatoire. A Saint-Jacques, un beau retable baroque aux Ă©lĂ©ments dorĂ©s sur fond noir montre des anges libĂ©rant les âmes des flammes pour les monter au ciel.

Pour nous Ă©viter de cĂ©der Ă  l’ambiance du monde actuel qui ne veut pas voir la mort et tend Ă  escamoter le souvenir des dĂ©funts, tout cela semble nous redire doucement : Memento mori, souviens-toi que tu vas mourir.

R. Dedies




     
   

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