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Le Grand-Orgue

 
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 Un Cavaillé-Coll de 1857 La restauration

Selon une disposition ibérique, le grand orgue est installé dans la partie haute de la sixième chapelle nord, qui accède au passage reliant la cathédrale Saint-Jean-Baptiste à l'église Saint-Jean-le-Vieux, et se trouve ainsi du côté de l'évangile.

Si sa présence est attestée depuis le XVe siècle, il a été maintes fois remanié. Il reste toutefois un instrument remarquable tant par son buffet, l'un des plus anciens de France, que par sa partie instrumentale qui est l'œuvre du plus célèbre facteur d'orgue du XIXe siècle, Aristide Cavaillé-Coll.

Il mérite bien les soins passionnés dont il fait l'objet et une minutieuse restauration qui débutera très prochainement.


L'un des plus anciens buffets d'orgue de France 

Le buffet d’orgue gothique pourrait dater de la fin du XVe siècle. Un organiste est mentionné en 1490. L’un des volets de l’orgue, qui encadrent aujourd’hui la porte de Bethléem, figure la date de 1504. De style catalan, il est comparable à celui de Palma de Majorque, de 1482, ou à celui plus tardif de Tarragone qui a conservé ses volets de 1560.

Il se compose d’une tribune, élevée en nid d’hirondelle sur un imposant cul-de-lampe octogonal en saillie sur la nef, et du buffet lui-même

Avec ses 13,60 mètres de haut et de 8,40 mètres de large, il s’agit d’un des plus grands buffets d’orgue gothiques conservés en France. Selon la formule gothique, il reste plat, d’une profondeur de 85 centimètres. Ses 12 compartiments intègrent 86 tuyaux de montre. En sapin et en aulne, il se compose de panneaux de remplages gothiques, de frises aux motifs végétaux, animaliers et humains, ainsi que de claires voies sculptées au profil ondulé typiquement catalan. Des papiers bleus, remplacés lors de la restauration de 1991 par l’entreprise Férignac, créent le fond des frises et des panneaux ajourés. Le buffet était probablement polychrome, à l’instar des voûtes de la cathédrale. Il a été peint de couleur noyer et vernis en 1744 lors du relevage de l’orgue et peut-être partiellement repeint lors de la dernière restauration, empâtant ainsi ses fines sculptures.

Les deux grands volets de l’orgue ont probablement été déposés et plaqués aux murs de la chapelle de la porte de Bethléem en 1842, avant une reconstruction de l’orgue.

Les grands travaux de Cavaillé-Coll ont ensuite modifié l’aspect extérieur de l’orgue. Le Positif de dos, ajouté en saillie sur le cul-de-lampe en 1559, est supprimé. Le compartiment central de la façade est modifié en 1857 : les deux doubles-mitres inversées sont remplacées par une grande plate-face de 13 tuyaux dont les sommets sont masqués par une claire-voie inspirée des autres. La tribune est pourvue d’un garde-corps néo-gothique en bois exotique, probablement dessiné par Viollet-le-Duc et établi par l’architecte César Drogart en 1861, dont le décor en relief s’inspire de celui du buffet.

Le masque sous le cul-de-lampe, enlevé à une date inconnue en raison du scandale qu’il causait, est remplacé par un masque de maure, offert à la cathédrale par un mécène qui l’a acquis en 1932. Un mécanisme encore en place permettait d’articuler sa mâchoire aujourd’hui bloquée en position fermée.

Le buffet d’orgue est classé depuis 1899 et ses volets en 1964.


Une partie instrumentale prestigieuse

L'orgue du XVe siècle est totalement reconstruit dès 1584 par les facteurs d'orgues barcelonais Salvador Estrada et Josep Bordons, puis augmenté par le fils de ce dernier, Francesc, en 1624. Malgré un relevage par les facteurs marseillais André et Jean Eustache, en 1683, cet orgue catalan en mauvais état est remplacé par un instrument de type français, réalisé par le facteur parisien Jean de Joyeuse, en 1689. Celui-ci est réparé vers 1718 par un autre facteur parisien, Cuisinier, relevé et en partie refait en 1744 par le facteur lorrain Claude Moucherel, augmenté en 1785 par Jean Pujol, facteur de Montauban, puis fait l'objet de réparations urgentes en 1819 par Etienne Vignals. Son état restant critique une reconstruction est envisagée, l'orgue devant être refait à neuf à l'exception de sa façade. Le devis est établi en 1843 par le facteur d'orgues parisien Jean Goujon et les travaux sont réalisés par l'entreprise Milacor de l'abbé Larroque, dirigée par le facteur Frédéric Junck. Des problèmes financiers en retardent l'achèvement jusqu'en 1845. Ce grand orgue, qui double presque celui qu'il remplace, est très vite contesté. Dès 1850, la fabrique demande un rapport et un devis à Aristide Cavaillé-Coll qui le dit « reconstruit par un facteur incapable […] déjà aujourd'hui hors d'état de servir ».

Une nouvelle reconstruction de l'orgue commence donc en 1854 et est inaugurée en 1857. Elle fait l'objet d'un rapport élogieux l'année suivante par Jules Antoine Lissajous : « Monsieur Cavaillé […] est arrivé à faire de l'orgue de Perpignan un véritable chef-d'œuvre digne de servir de modèle ». Il reste considéré comme l'un des chefs d'œuvres d'Aristide Cavaillé-Coll, le plus célèbre des facteurs d'orgues. La façade est remplacée et réordonnée. A l'arrière, l'orgue est entièrement contenu dans la partie haute de la chapelle, divisée en trois niveaux desservis par un escalier, selon une disposition tout à fait exceptionnelle : les éléments mécaniques et de soufflerie au niveau de la tribune, avec les claviers en fenêtre, les sommiers de Grand-Orgue, Bombarde et Pédale au premier étage ; les sommiers de Positif, ainsi que le sommier et la boîte expressive du Récit, au second. Si une partie des sommiers sont neufs, les autres sont seulement restaurés et modifiés. De même, des 58 jeux de l'instrument, la plupart sont remployés et remaniés, seuls une quinzaine étant neufs. La grande originalité de cet orgue est l'ordre des claviers, qui s'étagent pour la première fois du plus fort au plus faible et dont la logique correspond à celle interne de l'instrument. Si cet orgue est encore romantique dans sa structure et son plan, il annonce l'ordre qui deviendra courant (Grand-Orgue, Positif, Récit). Il apporte également une autre innovation importante, celle de l'entaille de timbre, qui consiste à allonger les tuyaux et à pratiquer une ouverture à l'arrière afin de densifier le timbre.

Cet orgue de Cavaillé-Coll a toutefois été modifié par une restauration effectuée par Maurice Puget en 1929-1930. Le Grand-Orgue et la Bombarde ont vu leurs pressions unifiées et l'ordre de leurs claviers interverti. Des jeux ont été déplacés ou transformés. De plus, l'augmentation de l'instrument a  conduit à un encombrement éloigné de la clarté d'origine.

Après plusieurs projets de restauration avortés et le classement de la partie instrumentale de l'orgue en 1988, celui-ci est à nouveau restauré en 1992 par la Manufacture Renaud de Nantes, dans le but de supprimer les ajouts de Maurice Puget et de revenir à l'ordre de Cavaillé-Coll.


Redonner tout son éclat à cet orgue exceptionnel

Toutefois, cette restauration et la restitution de l'orgue de Cavaillé-Coll sont restées incomplètes. La tuyauterie n'a été que relevée et la mécanique négligée.

De plus, l'orgue a subi les injures du temps, l'encrassement des cierges, l'empoussièrement dû notamment aux importants travaux de restauration des intérieurs de la cathédrale entre 2004 et 2010, la dégradation induite par les variations de température et d'hygrométrie, ainsi que les courants d'air, l'obsolescence de l'installation électrique…

De nombreux incidents ou pannes affectent régulièrement son fonctionnement. L'accorder devient de plus en plus difficile et éphémère.
Le constat d'état que dresse Roland Galtier dans son étude préalable révèle un « état général préoccupant ».

Il justifie des travaux importants. Ils consisteront non seulement en un relevage complet, à savoir un nettoyage total, des contrôles, vérifications, rectifications et réparations. Mais, il s'agira également de restaurer en profondeur la mécanique, négligée lors de la dernière restauration. Des modifications permettront aussi de se rapprocher de l'état originel de l'orgue, notamment de restituer le réservoir Pédale côté #, de redonner à la boîte expressive ses proportions d'origine, de remplacer le jeu des Voix célestes et la machine Barker de Maurice Puget par des copies de ceux de Cavaillé-Coll. Enfin, certaines améliorations tant des aspects sonores que du confort de jeu sont envisagées.

L'opération concernera également la tribune, notamment son garde-corps qui sera également nettoyé, désinsectisé, traité, consolidé et restauré, ses éléments cassés réintégrés. Une étude portera sur la polychromie originelle du buffet.

Sous la maîtrise d'ouvrage de l'Etat, propriétaire, et la maîtrise d'œuvre de Roland Galtier, technicien-conseil pour les orgues auprès du ministère de la culture, les travaux de restauration du grand orgue de la cathédrale de Perpignan seront menés par le facteur d'orgue Laurent Plet, pour un montant de 300 000 euros. Ils débuteront fin mars 2020 et ils devraient s'achever fin 2021. Si la restauration de la tribune nécessitera la présence d'un échafaudage durant trois semaines au cours de l'été 2020, la plupart des travaux ne seront pas visibles car la majeure partie de l'orgue est masquée par sa façade. Les tuyaux démontés pour leur nettoyage seront entreposés dans la salle capitulaire, d'autres transportés à l'atelier du facteur d'orgue.

Parallèlement, le projet de restauration des grands volets d'orgue de la cathédrale de Perpignan, fixés aux murs de la chapelle de Bethléem depuis le milieu du XIXe siècle, envisagera la possibilité de leur repose sur le buffet afin valoriser ses œuvres exceptionnelles en permettant aux visiteurs d'en apprécier la grande qualité et d'en comprendre la fonction originale.

Carine Durand, conservateur des Monuments historiques, DRAC Occitanie, d'après l'étude de Roland Galtier

(1) DRAC Occitanie, Jean-François Peiré

 

 

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