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Le Grand-Orgue

 
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 Un Cavaillé-Coll de 1857 l'évolution

Depuis 1504 


L’instrument, pour la période 1504 – 1688, est l’œuvre de Jean de Joyeuse, l’auteur, aussi du splendide orgue de la cathédrale d’Auch. En 1682, relevage par Jean et André Eustache (père et fils), de Marseille. En 1744, intervention de Claude Moucherel.


En 1786 (intervention de Jean Pujol, qui ajoute 4 jeux, et à l’aigu ut sièze et ré), nous savons que l’instrument possède 3 claviers et pédalier (50 touches pour Grand-Orgue et peut-être pour le Positif, dessus de cornet, au do3, pour l’écho, et 24 touches pour le pédalier). Il est donc quasiment, avec ses 33 registres, l’instrument de Jean de Joyeuse (1 et Composition de 1786).


Le glissement vers l’esthétique romantique s’effectue donc dans la période 1786 – 1850. De cette période, les sources manquent. Mais le rapport d’expertise de Cavaillé-Coll en 1850 atteste que l’instrument n’est plus classique à ce moment (2).


En bref, devis de Zeiger en 1842 (non réalisé) ; puis transformations par Frédéric Jungk  (et Abbé Larroque ?), notamment adjonction de jeux de fonds, mais pas encore de voix céleste. Réception et inauguration Jungk (nulle mention de Larroque) en mars 1845.


De 1854 à 1857, Aristide Cavaillé-Coll réalise le grand instrument romantique que l’on connaît.


Puis intervention de Maurice Puget, 1929 – 1930, jeux en extension, expression de Positif rendant inaudible l’expression du Récit, etc. M. Puget entretient l’instrument de 1930 à 1960, puis Daniel Birouste, de 1978 à 1988.


De 1989 à 1993, restauration par Jean Renaud de Nantes, avec pour maître d’œuvre Jean-Pierre Decavèle. Dont retour à l’état de 1857. (Composition actuelle).


Claude Berger (de Clermont l’Hérault) entretient depuis l’instrument. Il a également réalisé certaines tranches de travaux d’importance (remplacement de toutes les équerres du Récit, coffrage des Barker, nettoyage complet de l’instrument… ).

 

L'orgue aujourd'hui

L’orgue qu’a conçu Aristide Cavaillé-Coll comporte 4 claviers et pédalier. Quelques remarques s’imposent immédiatement :

  • Le Récit est, à très peu de choses près, le même que celui de Sainte-Clotilde (Paris), l’orgue dont César Franck fut le titulaire, construit très peu après par le même facteur d’orgues.

Perpignan (1857)  - 12 jeux

Sainte-Clotilde, Paris (1859) - 10 jeux

Flûte harmonique 8

Flûte harmonique 8

Quintaton 8

Bourdon 8

Violoncelle 8

Viole de gambe 8

Voix céleste 8

Voix céleste 8

Flûte octaviante 4

Flûte octaviante 4

Octavin 2

Octavin 2

Basson-Hautbois 8

Basson-Hautbois 8

Voix humaine 8

Voix humaine 8

Trompette 8

Trompette 8

Cor anglais 8

Clairon 4

Viole 4

 

Cornet V

 

Tremblant Tremblant
 

A Perpignan, le hautbois, en rouge, est encore dans la laye des anches (logique de nature, car c’est un jeu d’anches).

A Sainte-Clotilde, nous le retrouvons en noir, laye des fonds : logique musicale, car, quand la boîte est fermée, et que le hautbois se joint à un ensemble de fonds, il disparaît presque parmi les fonds.

Ainsi, il est intéressant de registrer : fonds + hautbois ; avec les autres anches (batterie d’anches complète, en 16 8 4, rouges) préparées, donc « prêtes à l’emploi » mais encore muettes. Il ne restera qu’à enclencher l’appel d’anches pour avoir le grand forte. Cette logique va s’imposer à Sainte-Clotilde, conformément aux principes de registration d’un César Franck (Ex. de registration fonds à tous les claviers, et hautbois : fugue en si mineur, du Prélude, Fugue et Variation).



A Perpignan, il n’y a pas de batterie 16 8 4 (bombarde, trompette, clairon, type : symphonique), mais une simple trompette 8’. Pour un plus grand forte, tirer à la main la trompette est facile. Le recours à l’appel d’anches Récit au pied ne s’impose pas encore.

Le hautbois dans la laye des fonds sera acquis à partir de Sainte-Clotilde, annonçant clairement le Récit symphonique (type : St-Etienne de Caen), orgue beaucoup plus tardif.

On note quelques autres nuances entre jeux rouges (laye des anches, que le jeu soit une anche ou non), et jeux noirs (laye des fonds). A Perpignan, l’ensemble gambe céleste est en rouge. Mais c’est un détail.

Le climat sonore, pour ces deux claviers de Récit comparés ici, est quasiment le même.

  • Le Grand-Orgue, ici d’importance, est réparti entre deux claviers, Bombarde et Grand-Orgue.

Dans le plan interne de l’instrument, Grand-Orgue et Bombarde se situent sur le même plancher (1er étage, soit au-dessus de la console). En regardant la façade, Grand-Orgue à gauche ; Bombarde à droite.

On voit qu’au clavier de Grand-Orgue, il n’y a en anches que trompette, clairon, et une clarinette n’entrant pas dans le tutti. C’est court. Car toutes les autres anches sont sur le clavier de Bombarde (2 trompettes… rappel des principes Dom Bedos, ex. le Clicquot de Poitiers ; clairon, bombarde 16, et bien sûr le Grand Cornet, fait pour soutenir ces anches).

On pourrait faire la même remarque concernant la flûte harmonique 8’, jeu mythique que tout orgue romantique doit avoir au Grand-Orgue. Et qu’on a donc ici à la Bombarde.

Ce gros Grand-Orgue en deux claviers ferait volontiers penser à l’orgue de St-Denis (1841).

Pour autant, si sur le papier on peut penser à St-Denis, l’orgue de Perpignan n’a plus de sonorité « archaïque », mais clairement symphonique. Sa couleur est symphonique, même si son clavier de Récit, au risque de se répéter, est plutôt celui des pièces de Franck de 1862.

Il y a néanmoins de beaux restes du 18ème siècle. Le Grand Plein-Jeu (12 rangs), mais aussi le Grand-Jeu (de type fin 18ème, avec sa multiplication d’anches), ne semblent pas gravement à côté si on essaie tel Marchand ou tel Couperin.

De même, il y a un cornet de Récit ; et un cromorne (certes gros, pas facile à « tirer ») au Positif.

En revanche, il n’y a qu’un 2. 2/3 (quinte du Positif). Pas de tierce ou de larigot. Ces jeux ont disparu, inutiles dans l’esthétique de 1857. On les aimerait parfois pour Tournemire ou Messiaen. Mais ils n’ont rien d’indispensable.

L’orgue a un ensemble de fonds exceptionnel. Le tutti peut-être très puissant sans être agressif. Certains jeux sont d’une poésie à couper le souffle : mélange flûte harmonique d’un côté ; céleste de l’autre. Ou encore gambe 8’ du Grand-Orgue. Mais aussi pureté des flûtes 8 et 4 du Récit ; flûtes harmoniques 8 et 4 de Bombarde.

Les flûtes 16 et 8 de pédale sont des jeux ouverts, puissants. Au pédalier, peut-être manque-t-il soubasse et bourdon ?

En conclusion, de Franck à Vierne, Widor ou un certain Messiaen, beaucoup de choses sonnent très bien. Mais, au disque, où il faut être très rigoureux, ce n’est pas un orgue pour Widor (il manque alors le vrai Récit symphonique), ni pour Tournemire ou Messiaen (pas assez de « mutations simples », comme aurait dit Norbert Dufourcq).

(1) Cliché Archives Départementales des Pyrénées Orientales, reproduit p. 66 de : Louis AUSSEIL, Laurent PIE : L’Orgue en Roussillon, Un siècle de recherches, 150 pages, p. 66, éditions du Conseil Général, Archives Départementales.

(2) Louis AUSSEIL – L’Orgue en Catalogne et dans les Pyrénées Orientales, Cahiers et mémoires de l’orgue, Revue L’Orgue n° 133 bis, II, 1970.


(3) Henry ARAGON – L’Orgue de la cathédrale de Perpignan (1504 – 1930) – Sa Restauration – L’Inauguration – Notice historique et archéologique – Ed. Imprimerie de l’Indépendant – 1930.

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